‹ Hourrah!: ou la révolution par les CosaquesChapitre 15 sur 56 · XIII. Avez-vous des yeux seulement pour faire Fa · texte numérisé non relu

XIII. Avez-vous des yeux seulement pour faire Fa

mour, ou encore pour lire et pour voir? Lisez donc Thistoire, et voyez ce qui se passe chaque jour. Et vous apprendrez que tous les pouvoirs aboutissent au despotisme et qu'ils y atteignent, malgré tons les bâtons que les peu> plés leur lancent à travers les jambes, pour peu que Dieu lear prête vie. Vouloir paralyser un pouvoir par une Gonstilùtion, c'est, comme l'a dît M. de Parrieu, le principal philosophe du GantaU enchaîner, avec un fil de soie, les membres d'un géant.

- Quelles qu'aient été leurs Origines, les nations et les drconstances au milieu desquelles! ils se sont exercés, dans la paix ou dans la guerre, per fas et nefas, gladio et furcà, tous les gouvemem^ts ont recherché l'autorité absolue sans laquelle ils ne sont pas libres. Car il y a liberté et liberté. Et la liberté d'un roi ne s'achète que par l'escla-vage de tous.

L'histoire est la relation d'éternels coups d'état. Tout pouvoir prend naissance dans le suffrage universel, et meurt en l'étouffant. L'Eglise chrétienne primitive, les premiers rois, les premiers consuls, les premiers empereurs, le premier Bonaparte sortent de l'acclamation populaire. Et puis!.....-. La communauté chrétienne aboutit au pafHsme d'Alexandre VI; les rois à la longue chevelure, qu'on élevait sur le bouclier, ont pour descendants l«s Louis XI, XIV et XV qui personnifient l'Etat ; le premier consul Bonaparte dissout le parlement rump et rêve l'universel empire. Enfin celui-ci, troisième du nom, le dernier et le plus hcmteux des filous de haute- volée, jure, conjure et parjure tout pour arriver à une dynastie ridicule. — Les Républiques des peuples souverains nomment des Constituantes; les constituantes se tranforment en Législatives ; les législatives en Conventions ; les Conventions en Comités de salut public ou en Comités consultatife. La„ pyramide se rétrécit toujours ainsi jusqu'à ce que

vienne se percher à son sommet le premier GromweU, Robespierre ou Bonaparte venu ; car Uautorité se trouve mal à Taise quand elle repose sur tant de tètes.

Ces aspirations à la Dictature, au Despotisme, elles sont dans le langage politique de toutes les nattons. C'est la formule romaine: caveant consuks! C'est la fsoneuse loi suprémie du Salut puUic 1 C'est maintenant, en Espagne, la Junta de Sainte / Ce qui veut toiqours dire : il faut caréer une force énergique , concentrer les pouvoirs , rétablir V Ordre menacé, feire renaître la confiance parmi les commerçants voleurs; — il faut briser constitutions et rè^ements, renverser les autorités rivales, confisquer les libertés, niveler les intelligences, enchaîner les bras, et faire entendre la voix d'un seul sur le monde silencieux. ^— Xant que le Jfonopole r^era sur les sociétés, les sociétés défendront le Monopole par la ilf onocratie. — Est-ce clair?

U n'est pas d'homme plus avide de liberté individuelle qu'un despote; pour la conquérir il se fera anarchiste, plus anarchiste, à coup sûr, qu'un rrrévolutkHinaire d'Ocdent. Le plus terrible et le plus puissant révolutionnaire des temps modernes, à mon sens, c'est Nicolas, empereur de toutes les Russies. Laissons-lui donc faire le travail de Destruction; veillons seulement à ce qu'il n'en retire pas seul tous les avantages, quand le moment de la Répartition sera venu : làseutement serait le mal. Vous qui voulez une Dictature, comme instrument de vos justes revendications, prolétaires déshérités , mes frères 1 croyez-moi : jamais vous ne serez plus chaudement servis que par le tigre couronné du Nord. Car V intérêt de son ambition l'enchaîne à Vintérét de votre misère. Et l'iNTtBÊT, seul au monde, ne trahit jamais.

XIV. Le meilleur des gouvernements ne vaut rien. Mais le moins mauvais de tous est, à coup sûr, l'Absolu-

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(îsme, Fabsolatisme sibérien. Je demande aux bourgeois^ hommes d'ordre et de chauvinisme, à quoi leur servent leurs gouveroemente constitutionnels préférés? Peuventib maintenir VOrdre contre la Rérolution, et la France ecmire la Russie? — Si les Russes sont à la discrétion du tzar, p^^sonnes et biens, au moins peuvent4]s être certains que le tzar comprimera les révolutions intérieures et protégera, contre Tennemi, Thonneur de leurs armés. S'ils contribuent de leur sang et de leurs ressources pour une armée, au moins ont-^ils une véritable armée, une machine qui foDctioi^ie et ne réfléchit pas. S'ils ont la guerre, c^est la vraie guerre, la guerre do Barbares; s'ils ont Tordre^ c'est Vordre de Varsovie.

En vérité, les Civilisés sont les plus exigeants dés gouvernés. Ils ne veulent fournir à leurs gouvernants ni impôts, ni «Mats, ni secours s^ieux ; ils les rident respon^ sables, sur leurs tètes, de tout le mal qui peut arriver. Et ils ne leur laissent pas môme la liberté de conserver leurs tètes comme ils l'entendent I Si l'on rendait exacte justice à chacun, on trouverait, Hen sàr, que les gouvernés sont aussi coiqpables que les gouvernants des insurrections sociales.

Ou soyez anarchistes sans réserve; ou bien, si vous voulez d'un gouvernement, laissez4ui toutes facilités d'agir. Ne contrôlez pas ses décrets, ne l'entravez pas dans sa marche; livrez-vous à lui pieds et poings liés. Allez à la guerre, s'il vous appelle à la guerre; ne faites pas de révolutions, parce que la révolution lui déplaît. Lisez l'histoire avec deâ yeux purs et vertueux; ne parlez pas, n'écrivez pas, parce c[ue le silence lui est dier. Mais, pour Dieu I malheureux bourgeois, ne changez pas tous les jours de domestiqués, ne tr^ignez pas ainsi des pieds; abaissezvous,.humiliez-vous, taisei>-vous, faites les morts l... Votre miséraUe existence est à ce prix I !

Si les hommes veulent rester en état de guerre, il leur faut la Force; qa'ont-ils besoin de la Liberté? Et la guerre . est encore sur nous I Et pour soutenir la Guerre, la Force doit être aussi forte que possible ! Je demande quelle pe- Uce de sûreté, quelle armée de conquête opérèrent jamais bien sans un chef? Je demande quelle église peut se conserver sans un pape? Je demande si la division de Tauto^ rite n'est pas la mort de Tautorité? Je demande st le général Cavaignac se trompait quand il disait qu'un pouvoir qui se laisse discuter est un pouvoir mort ? Je demande si J. de Maistre, le forcené papimane, eût pu dire mieux que Taustère général républicain. Je demande si L. Bonaparte n'a pas mieux réussi sans le dire? Je demande si les conseils de guerre doivent discuter comme les congrès de la paix, et s'il n'y faut pas une voix prédominante ? Je demande si le meilleur plan de campagne peut réusiâr quand il n'est pas exécuté disciplinairement? Je demande ce qui causa la diute de Napoléon et la guerre des généraux d'Alexandre? Je demande enfin si l'armée qui doute de son général/ si Farmée dans lac[uelle le conmiandement est divisé, n'est pas défaite à Tavance? — Que la terrible alliance d'Occident réfléchisse un peu sur tout cela !

XV. Aujourd'hui, l'Autorité seule pouvant tirer parti des forces sociales , soit pour la paix soit pour la guerre, soit pour la réaction soit pour la révolution, il me tarde de voir à l'oeuvre l'autocratie russe, la plus forte et la dernière expression de Tautorité humaine; celle qui réunit tous les bras dans son bras et toutes les volontés dans sa tête ; celle qui est libre dans ses actes, large dans sa conscience^ secrète, impénétrable^ une.

Plus le Despotisme est absolu, d'origine incontestable, de date ancienne et de luxe imposant, et plus il fait. Foin de ces despotismes transis qui mangent plus que les autres

et me produisent rien I Au moins si vous payez pour vous feîre servir, luMaames d*Occident, choisisseE donc bien vos vafets; I» leur laissez pas prendre avec vous des alhires de maîtres. Q est temps que <;hacun soit remis à sa place, et q[ue les monarques se contentent de la leur : ils Tont voulue!...

Pour détruire tout ce qui est de trop sur la terre, le Despotisme sera choisi parce qu4l a fait preuve de son génie destructeur; — pour fonder tout ce qui manque, le despotisme sera choisi encore parce qu41 est assis lui-même et présente une base stable à tout édifice nouveau ; — pour travailler enfin, le despotisme sera choisi parce qu'il est le seul travailleur libre, aujourd'hui, de son temps et de ses mains... — Parce qu'il est bras, muscle, marteau, cognée, glaive, hache et levier. — Parce qu'il garantit à un homme lib^lé individudle absolue, plénitude d'action, d'égoïsme, d'orgueil, d'amour-^ropre, d'audace, de désir, de concupiscences et de terreur. — Parce qu'il est du sexe masculin. — Parce que l'homme, remis en possession de ses facultés naturelles, atteint toujours un grand but. — Parce que, si petit que soit un homme, et d'esprit et de taille, il paraîtra toujours élevé sur Tescabeau de la puissance suprême.

- letèz à l'eau le premier homme venu, il fera des eflbrts désespérés pour édiapper à la mort, et vous, spectateur, ne pourrez pas dire si c'est un brave du un lâche dans la vie de chaque jour. Placez-moi, sur le trône le plus élevé du monde, le plus triple crétin de la race humaine, et je parie qu'il y fera tout aussi bonne contenance que n'importe qui. Je m'irrite en vérité contre la criante injustice des honmies qui paient si grassement leurs rois, et qui regrettait le petit sou qu'il leur arrive de donner par hasard aux acrobates. Comme si les rois n'étaient pas des mendiants volontaires qui se placent de gaité de cœur sur

la corde tendue du pouvoir, entre la vie ^ la mort, ta gloire et le ridicule, le gàûe et la d^]oeâEice I Gomme 3'il était possible à eux d'être autre ebose — plus ou moiiis^-^ qu'un 6eorg€fi-le-Fou ou un Cbarles-le-Ss^e l -^ Dans Vunivçrs immense, Tbomme est un pauvre histrion qui ne ressort un peu que par la mise en scène ; le mili^ qui nous roule est plusJfort que nous. Encore une fois je letjîs, pour humilier encore, s'il est possible, la superbe stérile des peti^, des bourgeois, plus serviles que des né^es et plus vaniteux que des singes I

Le gouvernement avide d'autorité ne peut satisfaire son ambition qu'en se faisant le fidèle exécuteur dc^ vol(Mité8 du peuple à la tète duquel le sort l'a jeté. Le despote d'une nation ieune est forcé, tout vieux qu'il soit , de s'épuiser d'efforts pour satisfaire sa plébéienne mmtié ; comme un ^ux éreinté, la jeune femme ardente à l'amour, la jeune femme toujours maitresse de l'homme salace.

« Sede à dextris meis » — viens te mettre à ma droite — telle serait, suivant les Livres, l'invitation que le Dieu du ciel aurait adressée à chacun des IXeux*de la terre. Selon moi cependant, c'est une position bien digne de commisération que d'être si près de Dieu et. aussi des hom^ mes, et de recevoir de premi^e main leç. sifflas du parterre et les projectiles du paradis. L'on est c^t mille fols esclave ainsi : de la nécessité des temps, de la force dc9 choses, de la tyrannie de l'opinion, du joug des pré:^ jugés, de la raison d'état, de la Fatalité enfin,.. Car, ds^ns les têtes les plus élevées de la terre, vq^j^ trouverez ce cheveu.

Je me sens une très-médiocre admiration pour le lut-^ teur et le boudier, mai& je ne s^che pas d'hommes mieux taillés pour la tuerie.' Le despote n'est pas non plus le type social que j'admire, mais je ne puis me refusa à rer.

connaître que, daiis notre Europe, lui seul aujourd'hui est inalire de ses actions et capable de conquérir... el que le plus despote et par conséquent le plus agissant des hom* me» forts de l'Europe, c'est Nicolas de HolsteiO'-Gottorp.

EsVk^ ma faute i» les bommes ne font volontiers l'au^ mône qu'à ceux qui ont le Umpet de la leur demander encore au nom de Dieu?

XVI. Le Despotisme russe est le plus incontesté, le plus absolu de tous. Il est maître des biens et de la vie de ses sujets. Tous les Russes sont esclaves ; la Russie est une prison dont la Sibérie est le cachot. — a Le lieutenant des prophètes, le roi des rois qui a le ciel pour marchepied, ne fait pas de sa puissance un exercice plus redoutable. » (Montesquieu.) — Les paysans russes, quand ils parlent de Fabolition du servage, disent : Dieu est trop haut, et le tzar trop loin, — Le despotisme est niveleur de sa nature ; il lui faut un large appui. L'idée fixe de Nicolas est l'abolition du servage ; lui-même a dit qu'il ne mourrait pas content avant d'avoir émancipé ses paysans. Portant, plus loin ses projets d'unification brutale, il s'eflTorce de réunir sous un même joug les mille peuples qui lui sont soumis depuis les glaces du Pêle jusqu'aux plateaux d'Asie. — Le tzarisme n'a pas de limites ; il est spirituel, temporel, judiciaire, législatif, exécutif;... tout enfin: il lève un doigt, tout obéit. C'est de lui qu'on peut dire ce que le président Séguier disait de Napoléon : a il est au-delà de

l'histoire, au-dessus de l'admiration » Ainsi pensent

les Russes ; qu'y faire? ■— « Lui-même est notre roi, ajoutent-ils, comme autrefois les Juifs, et nous n'en avons point d'autre. »

XVII. Voici le quatrième commandement de Dieu ré^ digé diaprés 1^ soins du tzar orthodoxe, autocrate et sotH verain pontife de toutes les Russies :

ft L'autorité de TEmpereur est divine. On lui doit culte, soumission, service, amour, actions de grâces, prières, en un mot ADORATION. lifautTadorer en paroles,, en mgnes, en actions, dans le fond du cœur. II faut respecter les autorités qu'il nomme, parce qu'efles nous viennent de lui. L'empereur est le vicaire de Dieu. »

Pour moi, je ne trouve pas qu'il soit plus absurde d'adorer le Tzar que le Dieu de quelque culte que ce soit. Je fais seulement remarquer quelle puissance donne à un homme une autorité aussi absolue, quelle confiance en luimême il en retire, combien l'obéissance et la crainte qu'il inspire sont faites pour lui donner foi dans son infaillibilité. Croit-on bien aussi que l'habitude des afDaiires difiSciles, le maniement journalier d'immenses intérêts, les relations incessantes avec les r^résentants les plus distingués des diplomaties et des gouvernements, enfin l'extrême amour-propre que tout homme dépepse au service de ses entreprises, quand il se sait observé par le monde entier ; croit-on que tous ces mobiles ne soient pas de nature à faire <]es tzars des hommes d'état remarquables, pour peu qu'ils soient d'une constitution puissante? Or, de toutes les races royales, la famille des Romanoff est encore la moins flétrie.

XVIII. C'est s'aveugler grossièrement sur l'esprit humain que de méconnaître l'incontestable influence qu'exerce sur lui le fait accompli. Cette disposition de notre caractère est grandement favorable au despotisme, car il peut se présenter aux masses avec des forces imposantes, une hiérarchie toute créée et des codes en vigueur. En dépit de toutes les philippiques des Démosthènes de la bourgeoisie, le peuple est terriblement , prosaïquement réaliste. Il est partisan de la Dictature, il se mire dans le Despotisme ; il aime l'homme fort, le bon mâle, et pour dire les choses

par leur nom , le gouvernant qui a des poils ailleurs que dans la main. A tout il préfère la francbise, même dans le mal ; il veut savoir à quoi s'en tenir sur toutes choses , ne tenant paS précisément à comprendre les fictions constitutionnelles, les réserves d'ultimatum et les subtilités métaphysiques des démocrates purs. Un principe, un dogme, un système, cela est fort beau sans doute ; mais cela ne se touche pas, ne se voit pas, n'offre ni prise, ni responsabilité, ni antécédents, ni conséquents. Le'peuple n'aime pas l'élection, parce que les hommes sont jaloux de leurs pareils, -et que Fouvrier qui contribue sans observation à doter M. Bonaparte de vingt-cinq millions, afin d'être mitraillé consciencieusement par lui, verse à regret vingt-cinq francs par jour enti^ les mains calleusei^du brave représentant Greppo (du Rhêne), — un canut! qui veut la liberté et la justice pour tous 1 — * Infamie ! I

Le peuple a faim, voilà la vérité ; et son vrai Dieu, c'est son pain quotidien. A tout gouvernement qui ne le lui donne pas, le peuple crie : Malheur ! Eh ! que voulez-vous, grands faiseurs de discours républicains, dans nossociétés tassées, le pain ne venant à ce pauvre peuple que par regorgement, régurgitation , indigestion des riches, il va de soi qu'il préférera prendre pour maîtres ,• tant qu'il sera dans la nécessité d'en avoir, ceux dont la taWe est le plus chaînée. Apprenez donc, rrrévolulionnaires , à supprimer des sociétés modernes le gouvernement et le servage : — * ou bien attendez-vous à voir le peuple préférer toujours les grandes pompes du Despotisme aux mesquines économies des gouvernements provisoires.

La force séduit le peuple ; la magnificence des spectacles l'attire. Pour Dieu! rrrévolutionnaires , comment voulezvous que les hommes du Midi se passionnent jamais pour l'étroitesse du Protestantisme ou la sèche morale de lé Théophilantbropie? Ah ! vous n'avez jamais vu l'Espagnol à

la funcion de toros, ei les moralistes frrançais vous ont seriné que les Romains de Fempire étaient en décadence par cela seulement qu^ils demandaient du pain et des spectacles. En quoi je trouve que les Romains de Veiuprd avaient grandement raison. Car je ne définis pas, comme les républicains et les solitaires de la Tbébaîde, le sem moral : le jeûne, la continence, le sacrifice et les privations. Est-ce ma faute si , dans Fétat présent des choses^ le Despotisme est encore le système politique qui remplit le mieux le ventre du peuple et parle le plus magnifiquement à ses yeux , et si je suis forcé de récrire pour rendre hommage à la vérité?

XIX. Le tant-mieux, la contenance assurée du méde-cin^ j'allais presque dire'sa bonne santé et sa boime mine, e^xercent une très-grande influence çur le moral du malade. Or rhunaanité actuelle est malade ; personne ne met cela en doute. Aussi, plus Fhomme qui convoitera sa possession se sentira d'or dans la poche, de fer dans la main, et plus de diances il aura pour la posséder.

Ah I j'en rougis pour oe siècle , niais on ne prend plus de baisers qu'au prix de l'or ! Et les moins chères des femmes, les moins mauvaises assurément, ce sont «:KK)re les prostituées. L'Humanité n'est guère que coquette, elle n'est pas encore bonne-^Ue; elle n'en est pas efncore à la prostitution franche dont il lui faudra subir l'odieux attou* chemenit avant d'arriver à l'amour libre et naturel, avant de revivre grande, et pure, et heureuse. Et le Despotisme possédera l'Europe civilisée parce qu'il la marchandera moins cpie le Constitutionnalcsme ou la R^ublique!

XX. Il est dans les halntudés des gens de partb -- de tous les partis — de maudire tes tendanoes matérielles des hommes et de faire appel à leurs aspirations morales. Les

uns, au Dom de Dieu, proposait aux peuples le Despotisme absolu ;^ les autres, au nom du peuple, proclamient pour lui la Répul>Uque. Petite affaire, en yérité I !.. « Car le peuple de œ notre m^ siècle est dev^u d'un pddtivisme désespérant pour les ambitieux. Peu lui importent , au peuple, l^eupbémie du mot République) l'excellence du calmchier rëpt^Ueain , du sens moral, de la yeitu et de la sobriété lacédémoniennes, la déclaration des imprescriptibles droits

de Fhdmme et du citoyen , le culte de l'Ëtre-Suprème

ou la sainteté du droit divin. Autant de ritoumdlesqiH ne le sauvent pas des 45 centimes additionnels et des ordonnances de Juillet. De cela, par exemple, le peuple n'en veut décidément plus. Ce qu'il lui faut, avant tout, c'e^t un gouvernement à b<m marché ; et comme tous les gouvernements sont chers , le peuple finira par se passer de gouvernement. Ce qu'il feqt définitivement au peuple, ce qu'on ne peut plus lui marchander, c'est la Liberté, la Justice, le Bonheur, le Luxe, l'incessante Circulation et l'équitable Mstribution des biens de la terre par la suppression du Privilège et de la Propriété,

XXI. Le peuple est devenu terriblement jouisseur. Cela peut effrayer les Calebs de l'aristocratie légitime, gens qui {H*étendent que les hôuppes nerveuses de la vile multitude

sont d'une texture plus grossière que les leurs Mais

cela est. Le peuple veut le champ, la forêt, la maison commode^ la cave fraîche et le greni^ spacieux, l'aisance, les fêtes, les théâtres, les lemmes vêtues de gaae rose, les joyeux banquets , les voyages sur les grandes mers, et les lacs de cristal, et les montages blanches..... absolument comme un gentilhomme de qualité. — Le peuple se sent assez de force, d'intelligence, d'art et d'aspirations sublimes pour absorber tout ce qu'il y a d'existence dans ce monde étroit. I] veut rompre sa longue abstinence ; il a les

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reins forts ^ et les rouges dé^rs brillent danâ ses yeux ard^te. Vous, avocats de la Bourgeoisie, diseurs à belles robes d'hermine , è beaux rubans et floqctarts, à galantes braguettes, petits-maîtres qui dtnez d'un cure -^ dent et

portez raie derrière la tète, moustache sous le nezl

malheur à vous si vous tentiez mie fois encore de tresser la crinière du Uoi^ et d^ rogper la corne aigu^ de ses ongles ! Car le Lion est sorti de l'antre de sa misère, et il se retournera jusque dans les entrailles de ceux qui voiiulraient lui défendre d'étancher sa soif dans le sang. Ne jetez donc plus s^r les barricades des feuilles de laurier, desilours et des couronnes, car personne n'ira plus les ramasser au milieu deis cadavres. Ne faites f^us de prosop<^)ée$ à Maxi^ milien de Robes{^erre, de proplamations comme M. de Lan^tine, de constitutions et de discours, car personne ne les écoutera plus. N'agitez plus d'oripeaux rouges ou noirs, blancs ou tricolores, de niveaux, de sceptres, de mitres ou de bonnets phrygiens. Car tous ces emblèmes sont symboles d'autorité, et l'individu veut s'appartenir. Moi qui écris ceci, par exemple, je ne reconnais à personne le droit de me commander quoi que ce soit 1 Et tous ceux qui me liront penseront de même ! — L'homme veut jouir, vous dis-je , jouir de lui-même et jouir de sa vie I Et en vérité, en vérité, l'homme jouira! Le Bonheur, c'est la Loi 1 E;t l'Amour, c'est la Vie 1 !

XUI. Le Peuple jouira, oui ! car la jouissance est sainte, La jouissance est du poète, de l'artiste. et de l'artisan ; la jouissance est du travailleur. Et toutes les jouissances sont exquises, et tous les travailleurs artistes quand notre exisrtence n'est pas empoisonnée, quand nos forces ne sont pas en décadence. La jouissance est dans le bien-être, dans la santé, dans la joie, dans la douleur même, quand la maigre Misère et TOpuleiace obèse ne grimacent pas sur le fond

terni des sociétés. Par la jouissance» rfaomine oéntuplwa les forces et les tendances qtii sont en lui. Vous qui ne sa-, vez rien lui fournir que du plomb à ronger, et du fer ! ne vous étonnez donc pas que les nations ne veuHlent phis de révolutions et de destinées provisoires. -*-.ll n'ya plus rî©a à. conserver de ce que la terre supporte! Que cela sdt détruit par Nicolas ou par toute autre omnipotence ^.couremue, .... Pourvu que cela soit détruit !

XXIII. £t moi, je dis au peuple : « Peuple, tu as raison! Il te faut le t^au firoment qui mûrit au soleil glorieux, et puis le vin vermeil, les fruits aux saveurs'fines, les métaux utiles et les. pierres précieuses, les ^livrants parfums, les tentures écarlates, les manteaux de velours et de soie, les femmes aux seins rosés, les coursiers hennissants, et la chasse et les fêtes, et les concerts, et les réjouissances et les spectacles qui versent dans le cœur des flots d^amour et d'harmonie. Il te faut tout cela à profusion pour accomplir ta destinée, pour développer pleinement ta splendide existence. Et tu ne jouis pas même de Tair <}Ui court, du soleil qui répare, et du repos des nuits !

Et si Ton te refuse tout cela. Peuple, prends-le I Prendsle comme tu pourras, par la torche et le glaive, par le Cosaque et par le Braconnier^ Réclame ton bien partout où tu le trouveras. Contre llniquité, tous les moyens sont justes ; contre l'Esclavage temporaire, les droits de l'Individu sont éternels.

XXIV. vous que le Cachot humide remet émaciés à la Misère fiévreuse ; vous que la Misère entraîne ensuite lentement vers la Mort au trône inébranlé, grands courages et grands cœurs dont les noms sont chers à toute âme jeune et de bonne volonté ! Barbes , Martin-Bernard, Blanqui, Daniel Lamazière, André, Chipron, et quelques

-^ lis

autres, derniers des hommes libres!... Ktes, la main sur les plaies de vos corps et les douleurs de vos âmes, dites si la SoufiBraDce et le Sacrifice sont les destinées de l'bomme ici^bas? Vous cpii éties nés pour les grandes joies du coMir et de Tesprit , dites si vos héroïques combats ont eu pour but de nous ccmquérir ^f^ de misères et de peines? Oh !. ne parlez plus au peuple de la^sainteté du Martyre I Car le Mal, s'il est une nécessité dans les temps de Désordre, n'est jamais chose sainte ; il n'est pas dans la nature humaine. Que si vous le souteniez encore, alors prèc^z aux peuples Texcellenoe des pontons et des prisons où les deiq>otes entassent la chair des hommes libres comme la plus vile des substances répandues sur la terre 1

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