‹ Hourrah!: ou la révolution par les CosaquesChapitre 16 sur 56 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

PROBLÈME ANTINOMIQUE ENTRE LA FORCE MATERIELLE ET LA FORCE INTELLECTUELLE. - SOLUTION.

I. J^ai besoin de poser un autre problème antinomique, de bien fixer la valeur de ces deux termes contradictoires, et de rechercher sa solution.

Notre raisonnement, sur toutes choses, part de deux conceptions opposées , celie de l^esprit et celle de la matière. À l'aide de ces deux concq)tions, nous ncms rendons compte de la vie univ^^le , c'est-à-dire de la réaction des êtres les uns sur les autres.

Selon qu'il généralise ou restreint ces deux concepts fondamentaux , l'homme s'explique par eux l'Univers , la Société et lui-même. Il fait Dieu à son image, ses semblables à son image , tout ce qui n'est pas lui , il le ramène à lui par la pensée. De quoi que ce soit il ne juge que par lui-même. Et lui-même il s'est fait double en se reconnaissant un corps et une âme.

Or, si nous analysons à fond ces deux idées contradictoires, l'esprit et la matière, nous nous convaincrons qu'elles ne diffèrent que par l'idée que nous y attachons ;

— que nous avons vaguement conscience de leur parité ;

— mais que nous les maintenons parce que nous en avons besoin comme d'instrument^ dialectiques.

En effet, divisées à Finfini et réduites, pour ainsi dire, à leur plus simple expression, la matière et l'idée se confondent tellement qu'il nous est impossible de dire où commence Tune, où finit Vautre.

Par exemple, les Phrénologistes localisent et matérialisent la pensée jusque dans ses manifestations les plus infinitésimales, tandis que les Psychologues Tuniversalisent, l'idéalisent à l'extrême.

Et cependant, si nous nous figurons, dans l'exercice de la pensée , un honune au génie puissant , ses conceptions seront si nombreuses et si diverses que la plus fine des fibrilles de sa pulpe cérébrale deviendra le siège d'une idée.

Or, la Matière ainsi divisée, jusqu'à ne plus pouvoir être conçue, qu'est-ce? Néant! Et la pensée s'élevant à de telles hauteurs, comparée à cet impalpable atome de matière qui en est le si^e, qu'est-elle? ToutI

Pourquoi dirions-nous donc, avec les matérialistes, que la matière est tout, et la pensée néant?

Et maintenant, si nous considérons l'athlète, l'Hercule- Farnèse , le Gladiateur , l'homme fort placé sous l'impression d'une passion violente, nous arriverons à un résultat tout opposé. Les éléments physiques, le sang, les nerfs, la fibre charnue entrent chez lui dans une révolte si terrible qu'ils occupent toute la scène vitale, et qu'au milieu de ce déchaînement matériel, il est impossible de distinguer la passion qui l'a provoqué. Ici la Pensée est néant; la Matière surexcitée, turgescente est tout.

Pourquoi donc dirions-nous avec les psychologues-idéalistes que la Pensée est tout, et la Matière rien?

Divisées à ce point de ne plus pouvoir tomber som le sens, — expression consacrée au physique et au moral —

la Matière et îa Pensée se confondent jusqu'à ne nous laisset' aucun doute sur la division purement hypothétique et ar;^ bitraire que nous faisons en tf 'elles. Je pense, donc j'existe, dit Descartes naïvement. Je pense , donc la matière peut penser, dit Hobbes, un grand philosophe celui-^là !

Faut-il d'autres preuves que ce dualisme est tout-à-fait arbitraire, et créé par nôtre manie raisonnante?

Nous disons, par exemple, que V atome, ou dernier terme de la matière, est doiié d'une force de cohésion, <ie pesanteur et d'impénétrabilité qui le distingue du rêve, ou dernier terme de la pensée, fugitif, subtil, vaporeux à l'infini.

Or, je le demande, comment constater, d'une part, l'impénétrabilité, la cohésion et la pesanteur du plus petit des atomes que nous puissions imaginer? Gomment le concevoir même plus facilement que la pensée la plus fugitive? Gomment, d'autre part , ne pas donner un corps au rêve? Gomment le séparer des impressions physiques qui l'ont produit et de celles qu'il fera naître?

Qu'est-ce qu'une Force inconnue , première , qui dirige tout : les mondes les plus grands et le plus petit grain de. sable? G' est une pensée. -^ Et d'autre part, qu'est-ce qu'une pensée qui se traduit mathématiquement par des chiffres et des figures? C'est bien une force.

Sans la force visible effective et secondaire du Monde, comment nous serait-il possible de supporter la Force invisible, causaliste et première que nous appelons Dieu? — Et d'autre part , sans cette hypothèse immatérielle et impalpable que nous appelons Dieu * , comment nous ren-

(i) Dieu ne peut être encore pour nous qu'une hypothèse» une inconnue. Dieu n'existe que dans notre pensée, en tertu de notre avidité de découvertes et de nos. impérieux besoins de nouvelles ressources. Dieu , c'est une X — rien de plus — l'X du problème sur lequel l'Humanité travaille depuis six mille ans et dont la solution la presse toujours. Le jour de cette solution mar-

drions-Qous de TUnivers le compte que notre curiosité demande?

Les combinaisons chimiques nîe soninelles pas des amours de la matière? Les opérations inteUectudles ne sont^lles pas des modes de combinaison de nos fibres cérébrales? Pénétration chimique n'est-ce pas Sympathie effective? Pesanteur n'est-ce pas Harmonie? Equilibre n'est-ce point Passion? Combinaison, Sensation et Sentiment ne sont-ce pas des opérations identiques?

Ou plutôt, la scission théorique que nous opérons dans notre être au moyen de la pensée est-elle encore possible quand nous sondons de telles profondeurs et creusons jusqu'aux sources vives le sol fertile de l'existence? La vie, divisible à l'infini quand on disserte sur son essence, quand il s'agit de philosophie spéculative , d'analyse utopique , l'est-elle encore dans ses phénomènes observables et positifs? Non, elle est une, à la fois Idée et Force, Combinaison des deux, Solution d'un problème. Et dans ses fonctions on reconnaît la part des deux puissances motrices.

Intelligences craintives et bornées , nous sommes confrraints de recourir à des hypothèses relatives pour expliquer l'absolu. Plus nous en approchons, plus nous substituons les mots recherchés aux pensées claires, et bientôt les mots eux-mêmes nous font défaut pour exprimer un dualisme que notre pensée ne peut plus suivre. Pour désigner, par exemple, des puissances d'ordre matériel, nous disons : force chimique électrique, de cohésion, de pesanteur, de magnétisme, d^attracticm. Et quand nous voulons parler de puissances d'ordre spirituel, nous disons f force

quera le superbe trionq^he du Peuple-Homsie et la délaite lamentable du Roi • Dieu. Mais quaqd il aura tué son Diou , le Peuple-Heoiue surviyr&441 a eetle inoi't ? Pour ma part, je ne le erois pas , et j'en donnerai mes «aisonss pkis tard. J'affirme seulement que l'Humanité tuera son Dieu , au risque de mourir sur ses dépouilles opimes. — Et roule, Révolution! !

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