EXISTER
Noms voilà bien. calés! -^ Je demande si le plus cruel des médecins , des greffiers ou des bourreaux pourrait s'y prendre avec moins de précautions que P.-J. Proudhon pour annoncer à un pauvre diable la sentence qui le condamne à mort?
Et comme si cela ne suffisait pas à l'ilhistre philosophe français, il se prend à chanter, de sa voix la plus méphistophélique, la prière des a^nisants sur le cadavre de sa grande patrie, la prbmièrb ras nntORTELLSs :
« La France, regardez-là de près ; eUe est épuisée, fime. D La vie s'est retirée d'elle; à la place du cœur, c'est le » froid métallique des intérêts ; à la place de la pensée.
D c'est un déchaînement d^opinions qui toutes se contre- » disent et se tienn^it en échec. On dirait déjà la fer- » mentation vermineuse du CADÂYtB. Que parlez-vous de » liberté, d'honneur, de patrie? Là FBAifOB est mo&tbI » Rome, ritalie, la Hongrie, la Polo^iie, le Rhin, age- D nouUlés sur son cercueil, récitent son Db PmoFiJimis ! ! » (Confessions d'un BévohAtionnaire.J
Oh t la superbe, la tripte oraison funèbre que ceile-*là ! Bossuet ne fit pas mieux. Voilà une nation bien dûment enterrée avec tous les honneurs dus au rang qu'elle occupe parûKi les iksortelles! ! Non, jamais, à P.-J. Proudhon, firançoàs el /mno-comtois ! jamais étranger ne porta plus terrible jugement que tous sur votre patrie française. Jamais Anglais insolent^ Allemand métaphysique ou Italien higot ne se montrèrent aussi impitoyables envers la race
ÊLUl BNTmK TOUTES.
-^ Et après cela, comment donc pouvez'-vous prétendre que vêtrt pays doive rajeunir et unifier TEurope, vous physiok)giste? Gomment vous, organicien et anarchiste, vous illusionnez-vous assez pour croire que ce sont les gouvernements précédents qui ont fait le mal, et que le gouvernement actuel pourra le guérir? Ne nous avez-vous psfi prêché, à nous jeunes socialiste , que les gouvernemaits, expression passive des sociétés, étaient par nature réacteurs? Hélas! quand un peuple roule dans Tabime sans fond de la Décrépitude, quand son organisme est vieux et son âme noire, quand ce peuple s'est livré...., il ne saurait renaître que par la Mort 1 La gangrène n'engendre que la vermine; vous l'avez dit vous-même, P.-J. Proudhon M
(1) J'ai racueilli Us aveux des trois Français dont les noms ont le plus de valeur comme obstination gouvernementale , génie philosophique et profondeur littéraire : — Napoléon UI le Taciturne, J.-P. Proudhon «t Baûae. — Bien d'autres se sont rendus coupables du crime êaeriUge d» Use^patrie et par-
IV. Et pour soutenir cet édifice social croulant, vous trouverez en France des hommes d'un rose-tendre, bien portants, chaudement vêtus, décorés, économes, tracassiers par habitude, libéraux par contenance, agitateurs dans le vide ; — patriotes jusqu'au journal, révolutionnaires jusqu'au chib, intrigants, vaniteux, bavards, ergoteurs, avocats, pédants, insupportaUes ; — des hommes qui fuient la poudre, qui tremUent lorsqu'ils griffonnent une constitution ; — des hommes peureux comme des lièvres, quand ils sont abandonnés à leur propre force, et féroces comme des hyènes, quand ils se §entent soutenus par un maître blasé sur le remords; — des hommes qui s'estimeront heureux tant que l'Emeute ne secouera pas les devantures de leurs boutiques, qui se croiront libres tant que la poUce ne fouillera pas leurs comptoirs, et se prétendront indépendants tant qu'on ne les fouettera pas sur la place publique; — des hommes de cette classe souffreteuse, dernier fruit de la copulation du vieillard Monopole avec l'Europe vénale : des hommes de la Bourgeoisie !
Les Bourgeois!... des gens qui jeûnât toute leur vie de peur de mourir de faim une seule fois ; — des gens à qui l'abstinence tient lieu de bonheur, et la continence de volupté; — des gens sceptiques en religion, doctrinaires en politique, suisses et juifis au gain, indifférents à tout le reste ; — fils, pères et époux supportables par respect humain; — des gens rancuniers, sournois, jaspinant sans cesse pour ne jamais rien dire ; — des gens qui étemuent
tageront mon éternelle damnation. Pour peu qu'on m'y contraigne, j'entreprendrai, pour la première fois de ma vie, un recueil de citations au moyen desquelles je démontrerai jusqu'à l'évidence qu'il n'est pas un Français sachant un peu manier la parole ou la plume, qui ne soit convenu de la décadence de la France. Tant l'atmosphère française est sursaturée de l'odeur fade du cadavre ! tant la vérité force l'hommage de tous !
quand ils se sentent touchés par Peau bénite, et qu'on voit cependant agenouillés sur les dalles des églises quand cela leur est commandé ; des gens « plus impurs qu'une femme souillée par ses mois ! »
La Bourgeoisie ! une société tassée, gênée dans ses maisons, dans ses habits, dans ses pensées ; atrophiée dans sa constitution, parcimonieuse dans ses habitudes, économiquement endimanchée, routinière, sans convictions, sans principes fixes, sans honneur ; — société prudente, sage, rangée, comme il faut;^ sans audace, sans esprit de liberté, sans désirs de révolte, sans reispect pour le passé» sans aspirations vers l'avenir ; — société prostituée à la Papauté qu'elle insulte et au Despotisme qu'elle a raccourci jadis ; — société se survivant piteusement , maigre et pauvre, fonctionnaire, commissionnaire, propriétaire grevée ; — société lâche, morcelée et prise de famine : société du radeau de la Méduse !
La Propriété bourgeoise!... la robe en haillons que la Civilisation du xn® siècle serre autour de sa taille affaissée ! Robe déchirée jusqu'au deniier lambeau, parce que chacun en tire un pan pour se couvrir ; et rapiécée jusqu'au dernier lambeau, parce que chacun veut la recoudre! Robe qui sera dédiirée par le premier souffle de la Guerre ou de la Révolution, laissant la Civilisation nue en proie à l'anarchie la plus ^uvantable !
V. L'apogée du Monopole doit se traduire par la plus meurtrière des centralisations. Le Privilège nécessite un Despotisme ; et le Despotisme^ une capitale. Paris subsistera tant que le monde occidental civilisé sera contenu dans ses limites actuelles. Et Paris disparaîtra dans le même temps que le monde occidental civilisé.
Paris! la vieille Lutèce, — la cité métropole des Gaules, qui conserve encore, dans son enceinte avare, les Thermes
de Julien, — la capitale de Clovis et de Robert4^Fôrt, — le plus beau fleuron de la couronne de Phitippe-Auguste,
— le pressoir des révoltes, rouge encore du sang de la Saint-Barthélémy et de la Révolution française, — le siège des oints consacrés où Ton ramena Charles VU et Louis XVI menacés de perdre une couronne, — la ville enviée des Normands qui reconnatt Henri VI d'Angleterre pour son légitime souverain, — le Paris de Louis XiV et de Napo^ léon, — la ville qui fait ou défait tout, qui règle tout : le caractère, la science, la langue et les battements de coeur de trentcHsix millions d'hommes !
Pàkis I qui sanctionne toute gloire comme tout scandale ;
— qui. confisque tout ce q[ue l'industrie, les arts, les lettres et les sciences produisent, du Nord au Midi ; — qui suce le sang des provinces, leur enlève leurs forces vives, leurs jeunes intelligences et leurs aspirations grandioses ; — qui veut tout, absorbe tout, et ne rend rien que des cadavres ama^ris par le désespoir, aujourd'hui celui de Gilbert, et démain celui de Moreau ! — L'abfme toujours béant au milieu de rËiHX)pe dont il attire les hommes ambitieux, oonune la lumière du soir attire les papillons privés de brillantes oouleurs t
Pakis ! aux mille égouts, dont les plus propres sont sous terre; — aux mille orgies, 'dont les moins infâmes ont pour témoin la nuit ; — aux mille i^^éculations suspectes^ aux mille vols honorés, aux mille hypocrisies triomphantes ! — Le glorieux ba2ar où les esclaves blanches sont vendues en plein jour par des mères ou des maris d'emprunt ! — La satine des passions délirantes, le grabat des insomnies désespérées, des suicides, des agonies atroces ! — La couche souillée des amours à £8UEitaisie6 lugubres, à convoitises eflfirénées, à érections déchirantes, qui demandent à chaque heure des formes nouvelles et des ^irs fermes : chairs de femmes ou d'adolescents !
Paris ! c'est tout cela, e^ c'eât bî^ plus encore I C'est la vieille fiUe Ingote et bavarde qui farde ses rides, et cache sa froideur osseuse sous de grandes loques de romans It G'e^ la Bacchante couperosée criant aux autres villes: admires ! imitess-moi I C'est l'ardente Messaline qui rafrs^bit ses lèvres tiu*gescentes dans les bénitiers consacrés, et joint le Dimanche, pour prier, ses mains encore sales du trafic de la semaine I C'est la fenune bouti(|uière, usurière, la femme qui vend, marchande, achète et cal^ cule, la femme qui fait de Vargint! Sur le corps humain, o'ert une lèpre ; sur le continent, un opprobre I Pour les peuples, c'est une continuelle provocation; pour les rois , une convoitise altérante ; pour les invasions , un aimant !
VI. Dans les phases de soufiBranoe sociale, s'exerce, entre, les nations comme entre les hommes , une loi fatale de Justice di$e peine du talion. C'est par cette peine que les haines et les vengeances sont rendues fécondes ; par die, que tout ce qui a dépeuplé et saccagé est dép^plé, Baccagé à sèn tour ; par elle, que tout ce qui a tué par la misère et la con^pression meurt de compression et de^nrï«sôre ; par elle, que tout ce qui a frappé par l'épée périt par Tépée. La Vendée, la Br^agne, l'Alsace, Lyon, Montpellier, le Dauphiné, le Midi minés, dévastés par Paris, réclament à Paris leurs franchises, leurs universités, leurs parlements, les produits de l^irs industries, les fastes de leur gloire. La France et l'Europe ont été sacrifiés pendant un temps à Paris; Paris doit enfin être sacrifié à la France et à l'Europe! Paris s'est moqué du monde entier; aujourd'hui le monde entier ôffle Paris I Partout déjà le Parisien est le plus bafoué des h(»nmes« — Que sera-ce dans cpidques ikids?...
C'ei^ encore en vertu de cette Justice par le Mal, —
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pour mieux dire, de celte Injustice en retour, — que tout ce qui est monstrueux succombe sous plus monstrueux encore. Contre la France, Paris peut être d'un poids énorme; mais il sera trouvé l^er par le Nord envahisseur. Et le Nord saura susciter contre Paris toutes les sissceptibilités provinciales, communales et individuelles de la France elle-même.
Déjà les rois sont ivres de colère; déjà les peuples sont impatients de se venger des humiliations que la France leur a pendant si longtemps infligées! Aux champs du Carnage hennissent déjà les coursiers de l'Ukraine; déjà, sous le soleil d'Orient, resplendissent les casques d'Autriche; déjà la Prusse s'ébranle, et dans Berlin, bientôt, sera sonné le boute-selle de l'Invasion !
Ah ! vous étiez le peuple directeur, initiateur, commanditaire, entrepreneur, propriétaire de la Révolution ! Et quand vous avez eu cette Révolution entre les mains, vous avez prouvé que vous ne saviez être ni républicains , ni socialistes, ni justes, ni libres, ni même forts I Et c'est vous qui prétendez encore traîner les peuples à la remorque, et leur donner des conseib de gazettes quand ils serrent dans leurs bras le fusil des révoltés I Mais, pour Dieu, souvenez-vous donc que l'histoire ne se répète pas, et que tout ce qui a fait preuve d'impuissance est impitoyablement moissonné par la faux du Temps I Vous n'avez pas su être Républicains , vous deviendrez Cosaques I — Car les extrêmes se touchent, et les solutions jaillissent à leurs points de contact.
VII. La pensée de l'homme est faible. Elle se fatigue à mesurer les temps et les espaces ; le long des larges routes de l'éternité, elle enfonce des jalons pour se reposer et se retrouver. L'esprit borné de l'homme a donc trouvé le mot à^ apogée pour désigner le moment et le siège de la
Civilisation qui se détache le mieux, dans le présent, sur le fond uniforme et lointain des temps et des milieux. L'apogée n'est, à proprement parler, qu'une création de la passée, une ligne , un mot , un guide-éne pour notre raisonnement paresseux.
L'apogée , c'est le moment où une civilisation brille le plus ; ce n'est pas celui où elle est le plus solide : tout ce qui reluit n'est pas or. On se trompe certainement toutes les fois qu'on prend le mot d^apogée dans un autre sens que celui de reUef. En effet
Si l'on veut désigner par ce mot le' moment de la plus grande puissance d'une naticm , on se trompe : on oublie que c'est dans le temps môme de leur plus brillante splendeur que les nations sont le phis près de leur ruine. — Veut-on dire que c'est le moment de leur plus grand bonheur? on se trompe : on oublie que c'est alors même que le Privil^e enfante le plus d'opulence qu'il enfante aussi le plus de misère. — Ëntend-on par le mot à^ apogée le moment où les peuples conçoivent les plus grandes espérances? on se trompe encore ; car les peuples , comme les hommes, arrivés au haut de l'échelle de la vie, redescendent plus vite qu'ils ne sont montés. — Voudrait-on prétendre que ce fût le moment de leur gloire la plus éclatante"? on se tromperait toujours : on oublierait volontairement qu'il y a eu, dans la- vie des peuples , des époques plus glorieuses que celle-là, on déchirerait sans respect les traditions nationales. — Fait-on du mot apogée le synonyme de fin? on se trompe : un peuple ne meurt pas parce qu'il se transforme. — En fait-on le synonyme de commencement? on se trompe encore : un peuple ne peut pas renier son origine. — Détache-t-on l'apogée de tous rapports dans le temps et dans l'espace? on se trompe toujours : l'apogée a ses racines dans le Passé et ses efflorescences dans l'Avenir.
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Le mot d!apogée, c'est Faveu de rknpuissance humaine ; c'est rirréfutable preuve de notre fatt)lesse au milieu de la force universelle ; c'est la fin de non-reoevoir au moyen de laquelle nous trompons constadxnent notre vaniteuse eoriosité ; c'est la tenture de pourpre et d'or, c'est le voile de fleurs que nous étalons coo^plaisamment sur le mur d'impasse de notre vie mortelle. Vapogée deParis^ VilbêS^ tratùm de la France, le nec plu9 ultra de la Civilisation, autant de mots pompeux pour lesquels bi^Ei des honnêtes gens se font hacher menu, pauvre chair à canon I
VIII. Eh ! pour Dieu, pour ton Dieu quel quHl soit , et que t'importe à toi , pauvre manœuvre^ cpie Paris soit la plus richei des capitales? Que te revioiMl de ses brillants festins. Homme v^ui libre sur la terre et réduit maifile^ nant à mendier les plus pèoiUes travaux?
Homme déshérité, mon firère en Cbrist et en Révolution f Quand tu passes devant une statue de marbre aux seins luisants... disHoooi, t'agmoutlleflKtu devant elIe?baiBes^tu ses pieds froids? couronnesr-tu de fleurs sa tète dore ? essaies^ tu de l'animer? veux^tu mourir près d'elle ou vivre , par ^le, d'extase, comme le royal artiste Pygmsdion? — Ou bien aiico're, frère! quand l'ami préféré tombe, pour le droit, sur nos trônes de barricades , te couches-tu suf son corps chaud? Cherches-tu à le désaltérer avec le sd de tes larmes, à le réveiller par le bruit de tes sanglots , à le rappeler enfin , plem de souffirances , dans ce misérable monde des vivants?
Non, mon frère, non ! Car tu vois que les divines formes de la statue^s'éraiUent et se lézardent. Car tu sais que les cadavres deviennent froids bientAt, et qu'on s'épuiserait à les étreindre sans leur faire rouvrir les yeux f Non , mon frère, non I Tu accordes à la statue qui s'écroule, au cadavre qui se putréfie, les éloges mérités par l'artiste cpii
vivifia Tune, par Fàioe qui dirigea l'autre. Et tu passes, laissaoi un soupir à la fraîche brise des matins, la brise d'esp(»r et d'amour qui court , en automne , sur les fleurs qui penchent et prend soin de leurs graines abandonnées ! Et tu passes, raon frère, et tu dis : ce n'est pas même honorer les morts que de rester agenouillé sur la mousse humide, mais c'est les aimer que de verser, pour la cause qu'ils amendaient, jusqu'à la dernière goutte de son sang ! Voilà ce que tu dis, mon frère , et une voix s^élève en toi qiii ene : La cause que tous les hommes défuideiit, c'est le Bonheur !
Bomme déshérité, mon frère en Qnrisl et en Révolution ! Laisse donc la chair des eadavres et le marbre des statues pour ce qu'ils valent : p(mr un peu de pierre et un peu de poussière I Laisse Paris pour ce qu'il > : un amas de décombres, un foyer de corruption ! Et de tes morts ^orieux, de ceux qui tombèrent en Juin 48 ou sous les drapeaux de la R^ublique romaine, ne divinise que les grands desseins. Et de ce Paris ne recueille, frère, que les aspirations subUmes. Le Paris aetuel, c'est l'escabeau que foule l'épicier sous son pied plat, ce II n'y a plus d'énergie à Paris. Un poignard est une curiosité que Ton pend à un clou doré, et que l'on pare d'une jolie gaine. Femmes, idées, sentiments, tout se ressemble ; il n'y a ^us de passions parce qu'il n'y a plus d'individualités. Les çangs, les esprits , les fortunes ont été nivelés , et nous avons tous pris l'halHt noir , comme pour nous mettre ea deuil de la France morte. )» (Balzac.)
Hommes dont les reins sont forts ! Laissez pleurer les feounes ! Qu'elles répandent , pieuses , des linceuls, sur les cadavres et des (èuiUes de roses sur les tombeaux I Qu'elles suspendent des couronnes d'imm(»*telles aux branches noires des cyprès ! Mais vous^ ne passez point votre temps à parer les morts. Cessez d'embellir Pari$ ; cessez d'élever
iU
au ciel des palais et des temples que le eiel ne veut plus abriter ; ne taillez plus^ dans la pierre et le marbre, des arcs de triomphe, des feuilles d'acanthe et de laurier ; ne faites plus gémir le fer sous le poids des locomotives filmantes. Surtout n'appelez pas les peuples à v^r, sous quelques mois , admirer la Sodome moderne ; qu'elle ne soit pas exposée aux regards de leur c<mcupiscence I
Ne voyez-vous pas, ouvriers et artistes, que le soleil est las d'éclairer tant d'opulence et tant de misère? Ne voyezvous pas que le souffle de la Corruption s'est élevé par les airs, dans les nuits de débauche , et qu'il a noirci le char d'argent de la Lune épouvantée? Ne voyez-vous pas que cette ville a rendu son dernier soupir, et que le luxe, les représentations théâtrales et les réjouissances ne conviennent pas dans 'les chambres mortuaires? — Les jours de Gloire et de Fête sont passés I. . .
Le^ Dragon des Enfers s'est levé de sa couche de feu ; il a secoué sur notre monde sa chevelure incandescente, et les villes les plus lointaines ont été ravagées par sa colère. La Famine, la Guerre et les grands Fléaux se sont abattus sUr divers points de l'Europe. Aujourd'hui, le Monstre altéré de sang déploie ses ailes, il gagne les sommets éthérés, il plane sur la ville aux sinistres orgies. Mille cris
d'angoisse s'élèvent — Les jours de Destruction sont
venus!..,
IX. Je l'avouo, il est pénible pour un artiste de pénétrer dans ce labyrinthe de mesquines turpitudes qu'on appelle les mœurs de la bourgeoisie contemporaine. J'ai eu ce courage afin de pouvoir me rendre compte des tendances générales des sociétés d'Occident. Aujourd'hui, par le fait, la Bourgeoisie , c'est l'Europe : triste à penser^ humiliant à dire!
Que reste-t-il, en effets de la noblesse et des mœurs
féaMés? Qoelqaes cletôb qui tdmbent en raines » si Tindastrie ne lés transforme pas en usines ; quelques blîBsons ce»l Ibis efifeicés, eent fo^ repeints par les révoluticHis ; à peine qudques gouttes ée sang qui n'ait pas été mêlé à celai des racés inqpures^ Les représentants des plus illustres femilles patroDesKt les entreprises de chaotage les plus scandaleuses; le qisavtler St.^îermam reste désert ; l'aristocratie française n'eiBrt» pèus guère qu'un mannequin sur lequel les an^itieux jett^t de temps à autre une robe de soie blanche afin d'excité le taiflreaiu populaire.
Et quelle influence exerce le^ prolétaria* sur les événements politiques et sociaux du siècle? Aucune durable. Le prolétariat n'a pas d'existence propre ; il n'est guère que le rebut des autres classes de la population ; il n'est homogène que négativement, par la misère. Forcément, les ouvriers gravitent autour des intérêts bourgeois ; l'ambition de toute teùr vie est de parvenir à l'aisance. Or, l'aisance d'un homme aujourd'hui cause la gène de dix autres. J'ai déjà dit que, dans ce monde-d, il nous fallait mourir ou faire mourir î
Quant à ceux des prolétaires qui , comprenant la Révolution, se sont voués à sa défense, ils sont divisés par mille opinions qui diffèrent. La Liberté individuelle n'est qu'à son aurore ; l'homme est étouffé sots le parti. Le Prolétariat n'a pas encore de prograimne ; il est é^lement effrayé de l'Anarchie de l'Avenir, dont il ne comprend pas la nécessité, et de l'Ordre du Présent, qu'il sait être la tyrannie.
La Bourse est le Temple et te Veau d'or, le Di^ du dixneuvième siècle ! Le Boutiquier qous a fait passer sous son aune!!
X. Que l'homme n'espère pas nessuseiter tes morts! Ne comptez pas sur les nations civilisées pour r^énérer l'Humanité ! Ni la guerre ni la révolution ne sortiront de leur
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sein. Elles savent trop bien que tout chang^neni d'équilibre les conduirait à une mort certaine. Et qu'on examine leur attitude depuis 4815 : on les verra toujours s'eflforçant d'éviter la guerre et de comprimer l'émeute.
Tant que la question sociale n'avait pas été posée dans des termes inéluctables, les nations ne guerroyaient-elles pas sans cesse? Ne les voyait-on pas courir aux armes pour un morceau de terre contesté, pour une prééminence méconnue, pour un intérêt monarchique lésé, pour une insuite faite au drapeau? Alors, les deux rives du Rhin et de la Manche, les deux versants des Alpes et des Pyrénées résonnaient de chants.de défi, de triomphe,. de veng^nce et de rage.
Gomment se fait-il qu'en moins d'im demi-siècle, tous ces chants nationaux aient cessé, que toutes ces haines se soient adoucies , que toutes ces épées soient rentrées aux fourreaux, que toutes les langues et tous les intérêts privil^és soient confondus? Comme se fait-il qu'on ne trouve plus guère de patriotes purs que parmi ces vieillards mutilés qui peuplent les hôtels des Invalides , ou parmi ces révolutionnaires de la tradition qui rêvent la délivrance de l'Europe par la France armée , sanglante , terroriste et malheureuse comme en 98 ? Pourquoi les despotes se meurent-ils d'ennui sur les trônes, et les chefs démagogues dans l'exil? Que* sont devenus les vieux enthousiasmes, les enrôlements volontaires , les levées en masse qui faisaient trembler les rivages des Océans? Pourquoi, lorsque une guerfe universelle menace notre existence, nos généraux et nos soldats regrettent- ils ainsi leur existence oiseuse? Pourquoi n'ont-ils plus souci ni d'avancement ni de gloire? Pourquoi courent-ils au feu de l'ennemi, comme les écoliers au collège? Pourquoi la diplomatie, à la vue courte, trône-t-elle en souveraine sur des glaives brisés et des canons muets ?. . .
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Serait-ce que tous les peuples et tous les goûvertiements de TËurope occidentale fussent atteints, d^uis cinquante ans, d^une couardise encfômique? Serait-ce qu^ils ne ressentissent plus aussi vivement Finjure? Se contenteraientils d'essuyer avec des rognures d^ultimatums les crachats qui les souillent? Quoi ! sur la France, par exemple, auraient passé quatre gouvernements aussi divers[.que possible d'origine et de tendances, y compris le chevaleresque Charles X et la vigoureuse République ; — quoi I des centaines de ministres se seraient remplacés aux affaires , y compris le capitaine Thiers et le tribun Ledru ; — et tous ces gouvernements et tous ces hommes , faisant vidence à leurs instincts les plus impérieux, se seraient entendus *pour conserver la paix à tout prix, au prix même d'interventions ruineuses et lâches contre les opprimés de l'Europe! Et Louis-Philippe seul serait responsable des expéditions d'Ancône et d'Anvers, de l'indemnité Pritchard et du bombardement de Beyruth ! Et la honte du siège de Rome ne reviendrait qu'au général Cavaignac et à Louis Bonaparte !
Cela ne doit pas être, cela ne serait pas juste. Les principes organiques qui régissent les civilisations ont cela de particulier que tous les hommes et toutes les classes sont tenus de s'y conformer, soit pour leur bonheur , soit pour leur malheur, jusqu'à ce qu'une puissance supérieure, révolution,*guerre ou cataclysme, détruise d'un seul coup les conséquences que ces principes ont accumulées pendant des siècles. Quoi qu'en ait chacun de nops, il lui faut donc vivre selon les exigences de la dernière et de la plus misérable des phases sociales enfantées par le Monopole, Et les gouvernants d'aujourd^hui ne peuvent représenter en Occident que des intérêts Bourgeois, c'est-à-dire craintifs jusqu'à l'évanouissement, quand il s'agit de guerre. La Bourgeoisie finirait par rendre peureux même Louis Bonaparte !
XI. Ce n^est bien certaii^ment ni le fer, ni la poudre, ni la torche qui manquent aujourd'hui. Ce n'est pas non plus rôme de la Révolte, que chaque déshérité renferme ardente en lui. Mais c'eét le pain du jour et celui du lendemain, sans lequel toute révolution est impossible. Littéralement, tout homme est enchaîné à un maître, et de son opinion dépend sa vie. L'asservissement de la pensée à l'industrie et à la propriété privilégiées est devenu général; la' solidarité dans l'iirjustice s'est étendue sur tous les* hommes et paralyse leurs mouvements, comme le ferail une maladie de langueur. — Les sociétés aont telles que les milieux l'exigent.
Et cela partout. — Depuis un demi-siècle, les intérêts de toutes les bourgeoisies soni les mêmes. Grâce à eux se conserve à travers les péripéties les plus difficiles, la paix artificielle proclamée par les traités de Vienne. L'industrie, les découvertes, les chemins de fer, les lignes télégraphiques, la navigation à vapeur, le commerce, exploités par- le privilège, ont relié les intérêts bourgeois d'une contrée à l'autre, d'un continent à l'autre continent. Dans toutes les branches de l'activité humaine, les fils de la Bourgeoisie ont tracé, comme le chiendent et les herbes mauvaises, pratiquant, trafiquant, exploitant le travail social, l'étou&nt, comme le gui qui étrangle le ch^e dans ses embrassements mortels. Ils occupent le monde par la plus tenace des associations, celle du vol. Les découvertes du Travail n'ont encore servi qu'à FOiBiveté. Il n'y a place que pour les jMurgeois au soleil de la Civilisation !
Ces braves gens-là ! ils reposaient si heureux à l'ombre de leur vigne volée î ils digéraient si tranquillement au milieu de leurs ouvriers mourant de faim ! leurs affaires allaient si bien depuis que ces misérables portogrewoc étaient rentrés définitivement dans l'ordure ! il était si touchant le tableau de Içur famille patriarcale I ! En vérité, ce Nicolas
est devenu Ken fou qu'il se permette de troubler leur pastoral bonheur !
XIJ. Oui I Qu'une guerre ou une insurrection surviennent.... Et voilà tous ces prospères intérêts compromis , toutes ces existences béates dérangées , toutes ces familles rebondies en soufifrance de fringale, tous ces honnêtes filous menacés dans leurs opérations paisibles , toutes ces brillantes boutiques fermées ; et les réclames dorées font place à ces mots sinistres ; armes livrées I que tracent des mains noircies par la poudre I
- L'homme ne se suicide point par dévouement, mais par désespoir d'Egoïsme. N'exigez donc pas des classes bourgeoises le martyre de Régulus ou la soif de conquêtes d'Attila. Ne leur demandez pas d'être belliqu^ses ou révolutionnaires quand aucun mouvement social ne peut avoir lieu sans mettre leurs intérêts en danger.
En danger de mort ! Car la propriété ne peut pas être divisée davantage sans destruction de son principe , sans ruine de tous les propriétaires. Aussi la Bourgeoisie résistera-t-elle jusqu'à la mort à tout changement d'organisation sociale. La plus légère modification n^ lui sera arrachée que par la force *,
(1) £n parlant de rinvasion et d« la. Restauraiion de Louis XVIII, M. Loui» Blanc écrit dans son Histoire de dix ans : « Qu'importait k la Haute Bourgeoisie la position subalterne de notre pays? Pour les gagneurs d'argent, la perte était asées oeuverte par le préfit... La cirate «le l'Eaipire et VaYénenent fie Lo«is XVUI étMent dans l'inlérét et^fti été le fiûl de la Bourgeoisie. »
S'il en était besoin, ce passage du litre 4e Ml Louis Blanc viendrait eoniîr- Mer mon «pinion sur le patriotisme et la fierté pr^;ires aux bowgeois.' Gs qtie H. L. Blanc écrit sur 18i5 est encore bien plus yhu maiale na a t que l'aubaine atout e&vahi en surfeee et en fÉ'ofondeur. Et ce qu'il dit de la Haute Bourgeoiete est parCaitemeut applicaà^le à la Bourgeoisie tout eatiàt^ Je demande, em. effet, à M. Louis Blanc ou commence la haute bourgeeiiie, «ù fiait la pe^ Ute ? Je Im demande si tous les hommes bourgeois, à quelque nation qu'ils appartiennent , quelque honê diable» qu'ils soient de caractère, quelque for-^
Or, chez elle la bourgeoisie est maîtresse ; il n'est qu'une puissance au monde capable de lui Jaire violence. Et cette puissance est extérieure à elle. Et cette puissance est la Russie. La Bourgeoisie redoute les Cosaques au moins autant que la Révolution.
L'Ordre, la bonne Harmonie, la Paix avec des rameaux d'olivier, la douce Concorde, la blonde Fraterpité qui tend à l'espèce humaine ses deux joues rebondies , telles sont les divinités chères à la boutique. Le Congrès de la Paix, tel est son Wallallah ; c'est là qu'elle réalisera le bonheur pour tous les hommes ep maiatenant le parasitisme du commerce et le libre intérêt de la valeur fictive. Oui! la Paix et le Bien-Etre entre les bourgeoisies d'Europe, mais la Guerre et la Faim entre les diflFérentes classes de la société. La Bourgeoisie le sait, mais elle ment, parce que ce mensonge est profitable à ses intérêts.
Croit-on bien que ce soit l'expansion d'une irrésistible sympathie qui pousse dans les bras les uns des autres les bourgeois de France et d'Angleterre toutes les fois que les intérêts de leur commerce sont compromis par un événement européen? Non, certes, mais l'effroi qui s'empare d'eux quand ils voient leurs ballots de coton restés sans placement ; des millions de prolétaires affamés, menaçants; la Fortune chancelante sur sa roue rapide; la Faim, la Désolation, la Révolution et la Mort frappant du poing sur
lune qu'ils aient acquise, ne rentrent pas dans cette juste définition que lui* même, M. Louis Blanc, a donnée de la Bourgeoisie : «Par Bourgeoisie j'entends l'ensemble des citoyens qui, possédant des instruments de travail eu un capital^ travaillent avec des ressources à eux propres et ne dépendent d'autrui que dans une certaine mesure. »
Moi, je soutiens que, sans exception, tous les hommes qui traçaillent avec la rente, le capital et le diplôme universitaire sont des oisifs et des accaparews^ et qu'ils s'opposeront, par tous moyens, aux révolutions et aux guerres qui auraient pour but de les dépouiller de leurs privilèges au profit "de l'humanité* Petits QU gr^^s, les voleurs sont cons^vateurs quand mèine.
leurs comptoirs. Là peur, là peur, vousdis-je, voilà le lien d'association entre les bourgeois de nos jours I
Dès la fin du dernier siècle, cet esprit cyniquement mercantile de la Bourgeoise avait été deviné par Timpressionnable Jèan-Jacques : « Il n'y a plus aujourd'hui, écriir vait-il, de Français, d'Allemands, d'Espagnols, d'Anglais » même, quoi qu'on en dise ; iln'y a que des Européens. » Tous ont les mêmes goûts, les mêmes moeurs, parce » qu'aucun n'a reçu de forme nationale par une éducation B particulière. Tous, dans les mêmes circonstances, feront » les mêmes choses ; tous se diront désintéressés et seront » fripons; tous parleront du bien public et ne penseront » qu'à eux-mêmes ; tous vanteront la médiocrité et vou- » dront être des Crésus. Ils n'ont d'ambition que pour le » luxe ; ils n'ont de passion que celle de l'or. Sûrs d'avoir » avec lui tout ce qui les tente, tous se vendront au pre- » mier qui voudra les payer. Que leur importe à quel x> maître ils obéissent, de quel état ils suivent les lois? » Pourvu qu'ils trouvent de l'argent à voler et des femmes » à corrompre, ils sont partout dans leur pays. »
...Tel est l'organisme des sociétés civilisées; tel est l'esprit de la Bourgeoisie ; tels sont les intérêts qui la détournent de la guerre et que tout gouvernement doit respecter s'il ne veut pas se mettre en hostilité avec la nation. Car le gouvernement est tyranniquement gouverné par l'opinion. Et que voulez-vous que fasse un empereur contre tous? Qu'il obéisse! Que voudriez-vous que fît un Dictateur républicain ? Rien de plus, qu'un beau discours peutêtre? — Verba volant. —
Xllf . Il est facile aux oppositions de dire : Jetons vingt mUle hommes sur le Rhin; que l'uniforme de nos soldats brille au somimet des Alpes et le drapeau tricolore au faite des capitales. Il est facile d'écrire un traité sur l'artillerie
et de goDger à délivrer la Pologne ; on y a çeosé d^ui3 Louis XV jusqu'au 45 laai 4848. M. VicU>r Hugo y peose encore. — M. Louis Manc avait écrit de maguiâques palahr€& sur Tinitiative de la France ejt Féinancipation des peuples par nos armes; M. Louis Blaœ souitenait que les gouvernements sont capables de tout kke et que le mot impossible devait éUre effacé dn dictionaaire français. Et depuis, ML. Louis Blanc a été gouvernement lui-même, et il n'a pas pu davantage que 1^ autres. — M. Marrast aussi avait dit sur la tombe d'Armand Garrel : « Ce n'est plus à la France d'étf« sage avec l'Europe, c'est à l'Europe d'être sage avec la France; » Et depuis, M. Armand Marrast a été gouvernement, et la France s'est montrée, vis-à-vis de l'Europe, sage comme devant — M. Ledru-Rollin, qui déclama é. aignemeat contre la politique couarde de Louis- Philippe et de Napoléon III , était aussi cep^da(nt de ce gouvernement provisoire qui se contenta de répandre quelques fleurs de rbétoiique sur les agonies des nations les plus courageuses. M» Bonaparte enfin, le débris le mieux conservé d'un héroïque empire, M. Bonaparte est maître absolu de la France ; il a £ait un superbe livre de stratégie. Sera-t-il moins boui^eois en pratique x|ue ses pré- (lécesseurs? Jusqu'ici , il ne semble guère. Et s'il tente de L'être moins, qui le soutiendra? qui lui fournira des levées d'hommes et des oontribotions d'argent? Sa première campagne ne sera-t-elle pas son Waterloo? son prochain et dernier exil, quelque Sainte^Hélène glacée de la Laponîe russe?...
Pourquoi toutes ces protestations belliqueuses, sincères sans doute, de la part de l'opposition, n'ont-elles pasebouti quand les oppositions sont devenues pouvoirs? Parce que les gouvernements neifsont^ je le répète ^ que Texpressiûn des sociétés, et que les sociétés civilisées répugnent à la guerre. Je rappelle^ à qui il importe de le savmr, que la
bourgeoisie fràoçaiae a tué Napoléon-le-Grand. Ohî malhtoi^use la France qui a pour elle le dévouemeat des ave-
' cats et des agents de ehange! Bien tièdes sont les ardeurs dont la Bourse suffît à marquer le degré I
Que les trodiUonnaires républicadMs fassent des appels à la Bourgeoisie en taveur de ta tinerre et de la Révolution I Qu'Us prêchent le Dévouement à l'Intérêt, et rAmour à la Gonoorrence! Qu'ils tentent l'éducation des sourds! Qu'ils croient tri(»npher de la Nécessité par la P&(^àgamde ! Qu'ils espèrent détacher de leur bien-être les classes obèses en invoquant leur commisération pour les prolétaires nus ! Qu'ils se refusent à voil* que la carte d'Europe est à refaire et l'organisme social à détruire ! Qu'ils cherchent à étayer Fédifice en ruines de la Civilisation! Qu'ils ne veuillent pas comprendre que ce ne sont pas les idées qui manquent , mais l'Humanité nouvdle dans le sein de laquelle ces idées pourront germer 1 Qu'ils ne veuillent pas avouer que c'est le moment de la Force , et que l'Idée a fait tout ce qu'elle pouvait faire ! Qu'ils tremblent à la pensée de la Révolution qu'ils appellent ! Qu'ils craignent d'en accepter les négations terribles , d'en définir l'esprit, d'en prévoir la portée I Que d'avance ils se* disputent les fonctions de cette République française démocratique et sociale que nous ne verrons pas et qui n'aura plus de fonctionnaires î Qu'ils se croient encore aux bons temps des oppositions constitutionnelles, des émeutes de faubourgs, des programmes de comités électoraux , des révolutions de trois jours , des réformes lentes et progressives qui ne font que changer le mode de l'oppression ! Qu'ils soient plus conservateurs et plus peureux encore que les bourgeois dont ils sont desoendus ! Qu'ils ne sentent point le sol tremble^ sous leurs pieds comme à la veille des grands déluge^
^d'eau, de sang et d'hommes armés ! 1 .- . Gela ne nous surprend pas , cela iie devrait surprendre aucun de ceux qui
ont observé les gouvernements républicains dans leur existence éphémère et tremblante. Nous qui ne voyons de Révolution sociale , universelle et vraie que dans l'abolition de la Propriété, du Gouvernement et de Flntérèt , que dans l'absolue liberté de la Pensée , de TAmour, du Travail et de la Raison , que dans Tuniverselle anarchie en un mot... nous ne croyons pas cette révolution possible par les nations civilisées, parce-que nous ne croyons pas qu'on puisse ressusciter les morts dans la forme qu'ils avaient dans leur existence précédente.
XIV. Je résume rapidement les causes de l'impuissance des nations civilisées.
1® Quelques mois de guerre sérieuse feraient mourir de faim la masse des petits propriétaires, commerçants, entrepreneurs, fonctionnaires, intermédiaires, commissionnaires et concessionnaires qui vivent au jour le jour d'épargnes, de privations et d'emprunts. Il serait impossible à ces gens-là d'aller en guerre, tandis que, derrière eux, leurs femmes et leurs enfants mourraient de faim. Et cependant, cette classe d'hommes et ceux qui en dépendent forment la presque totalité des nations civilisées.
2** La propriété, les richesses générales, le capital et les emplois ont été tellement divisés par le mouvement écon(Hnique, qu'il est impossible qu'ils le soient davantage sans que l'Inanition , la Ruine et la Banqueroute sévissent sur l'Occident, saisissant corps à corps chaque homme isolé.
3^ Le commerce et l'administration ont été convertis en deux labyrinthes d'opérations ténébreuses où les plus habiles s'égarent sans que personne leur t^ide la main.
4® Les nations civilisées sont scindées par des intérêts, des gouvernements et des partis antagonistes, par un dé** '
bordement de doctrines et de systèmes inconnu jusqu^ci ; par reffervescence de mille ambitions, le délire de toutes les cupidités, de toutes les intrigues, de toutes les vanités; par les maladies qui sévissent sans pitié sur elles, les afTai* blissant chaque jour davantage.
5® Elles sont menacées de disette, de grèves formidables, de questions terribles, d'anarchie et de terrorisme ; elles sont agitées, tremblantes, incertaines du lendemain, toujours partagées entre la crainte d'un 10 août ou d'un 18 brumaire.
6** A l'intérieur, le crédit est fictif, injustement établi, à la merci d^un bruit de guerre ou d'une conspiration ; à l'extérieur, les politiques sont hésitantes, les alliances douteuses, les gouvernements paralysés par la peur des révolutions et des problèmes sociaux. U y a des milliers d'existences dont le lendemain n'est pas garanti contre la mort.
La fin des nations d'Occident est tellement imminente, leur décadence est si effroyable, leurs agitations si inutiles et si fréquentes, la liberté de l'individu et la solidarité des intérêts sont si peu respectées par elles que, partout, elles ont remis le soin de les conserver à des pouvoirs qu'elles méprisent, et qu'elles subissent enfin l'autorité absolue contre laquelle elles avaient tenté maintes révoltes. Il semble que ces peuples, en mourant, veuillent rassembler toutes leurs résistances en un faisceau. Cela d'ailleurs est providentiel, afin que la cognée révolutionnaire puisse abattre toutes ces résistances d'un seul coup, quand elle sera maniée par une force audacieuse et étrangère à nos intérêts factices.
La majorité des intérêts actuels, qu'on en soit bien certain, est coalisée contre la Révolution. Les quatorze seizièmes de nos populations, soit comme détenants, soit comme fonctionnaires, tiennait pour la conservation de la
gène et de l'épargne. Quant aux d^ix seiiièmes qui restât, ils sont composés de prolétaires ignorants et malheureux que la Faim courbe sur le Travail, qui ne suivront la révolution qu'entraînés un instant par des émeutes stériles, et qui la déserteront bientôt, réduits par la famine , lorsque les riches auront fait vide de toutes ressources et de tous travaux auteur d'eux. Encore une fois , dans les termes où elle est posée ai^our-^ d'hui, ia Révdution ne peut pas sortir des sociétés civilisées.
Ceux qui la servent avec connaissance de cadse se réduisent à une poignée imperceptible, et leurs voix se perdent au milieu du vacarme infernal de l'indt^strielle cohue. D'ailleurs, ils n^ont pas de programme, ne peuvent pas en avoir et sont incapables de s'unir dans une action commune. Car, ainsi que je l'ai déjà dit, il faut que la Démocratie socialiste soit désunie, afin que chacun s'affirme par réflexion dans ses opinions propres, afin que Findépendmice de l'individu s'élève sur ia ruine de tout gouvwnement et de tout parti.
Ainsi, tandis que nos intérêts présents ne permettent pas qu'un nouvel ordre social soit établi, les intérêts futurs de l'Humanité le demandait impérieusement. Car l'accroissement continuel de k population et des besoins nécessite sans cesse de n(»ivelles ressources. Comme qu'elles fessent, qu'elles avancent ou qu'elles reculait , les natîc»is d'Occid^it sont condamnées irrévocablement à mourir.
XV. La monarchie, l'aristocratie, le tiers-état, les délégations, commissions et parlements de tous degrés, toutes les castes dominantes, tous les modes de représentation, héréditaires ou électife, <mt perdu, en France, prestige, puissance et richesses. La Démocratie est encore moins possible chez nous que toute airf-re forme gouver-
nementale, ainsi qu'il est surabondamment prouvé par la pc^oière et la seconde républiques , ainsi que par l'union vraiment louchante du parti dén^xraiiqtie.
Les FraiDçais subi»%nt encore le g(»ivemem6nt parce qu'ils n'ont ni le courage, ni la dignité, ni la science, ni la ji^tice, ni la volette aéeessaîres pour s'en débarrasser ; parce que leur iatérèt les contraint à s'y soumettre. Biais ils na le soutiennent pas, ils ne l'encouragtent pas; il^ n'ont pas même la force de le haïr ! Monarchie absolue ou constitutionnelle, République ou Empire, ils prodament tout, mais ils n'acclament rien. Pourvu (jue le gouvernement ne les fouette pas trop souvent et trop publiquement surtout, pourvu qu'il leur conserve la vie et la propriété sauves, ils se déclarent satisfaits. Peu leur importe la main qui communique l'impulsion à la machine adminis* trative ; en ce temps-ci,, la machine est devenue plus importante que l'ouvrier I
La Nation et le Pouvoir sont juxtaposés, mais ne conservent plus de rapports qu'au moyen du percepteur et du gendarme. Les gouvernants sont arrivés à la plus vile des mendicités, et les gouvernés à la plus dejetée des humiliations. Il n'y a pas moyen de faire un pas de plus / dans cette mare de fange. Les grandes luttes internationales ont été ramenées à leur valeur réelle : ce ne sont plus que de petites querelles entre les cabinets; les hommes ont bien autre chose à faire que de mourir pour des rois. Les gouvernants s'en vont en guerre pour leur compte, sans que la nation s'en montre le moins du monde préoccupée. Chacun chez soi, chacun pour soi : les diplomates constitutionnels ont eu grand tort de divulguer au peuple ce principe des doctrinaires, car le peuple en a fait son profit. « Nous ne voulons plus de guerre, dit P.-J. ProudlwMi ; il n'y a plus que le prêtre qui fraternise avec le soldat. »
XVI. L'empire actuel est un empireTtn extremis. Au S Décembre 4854 , le diable eût demandé la France en mariage, que la France bourgeoise se serait donnée au diable. Gomme Helvétius rirait s'il était encore de ce monde !
On a fait paraître, sur la scène gouvernementale, je ne sais quelle défroque de vieux théâtre, quel fonds de taverne de grand genre, quelle société de sergents et de bohémiens en goguette. Et cela sert d'empire aux Français de la Décadence !
Gela mange bien, boit mieux, se marie, remplit son ventre et ses poches. Et cela trinque à la santé des contribuables de France I
Cela n'a ni traces dans le passé, ni considération dans lé présent, ni chances d'avenir» Gela fait hausser les épaules à Léopold de Belgique et à Florestan de Monaco ! Soulouque n'y prend point garde I
Le Sennachérib au nez long qui veille sur la France s'entoure d'une cohue d'aristocrates de rencontre, de prétoriens couverts de sang, de sénateurs humides de honte, de fonctionnaires à jeun et de prêtres obèses, comme faisaient les Augustulesl
Cela ne s'est révélé que par de ténébreux coups de main, par un despotisme policier, par des exploits de bourreau. Cela a été humilié, méprisé, avant comme après son avènement au pouvoir I
Gela n'est ni de droit divin ni de droit populaire. Gela est toujours contestable, contesté, menacé, provisoire, plaqué, déprécié, insulté. Gela est imposé par la force et tombera le jour où la force lui fera défaut I
Cela ne déclare la guerre que contraint et fouetté jusqu'aux os. Cela succombe misérablement sous le poids d'un nom trop lourd 1 1
XVII. Ces paroles vont se réaliser que rinsplration prophétique arrachait à Fourier dès 1808 :
« Nations infortunées I vous touchez à la grande meta-
)) nK)rphose qui semble s'annoncer par une commotion
» universelle. C'est vraiment aujourd'hui que le présent
» est gros de l'avenir et que l'excès des souffrances doit
)) amen^ la crise du salut. A voir la continuité et l'énor-
» mité des secousses politiques, on dirait que la nature
» fait effort pour secouer mi fardeau qui l'oppresse. Les
» guerres, les révolutions embrasent incessamment tous
» les points du globe ; les orages à peine conjurés renais-
» sent de leurs cendres, de même que les tètes de l'hydre
» se multipliaient en tombant sous les coups d'Hercule.
» La paix n'est plus qu'un leurre, qu'un songe de
» quelques instants ; l'industrie est devenue le supplice
» des peuples depuis qu'une lie de pirates entrave les
» communications, décourage les cultures des deux conti-
» nents et transforme lem*s' ateliers en pépinières de
» mendiants. L'esprit mercantile a ouvert de nouvelles
» routes au crime ; à chaque guerre, il étend ses déchire-
» ments sur les deux hémisphères et porte jusqu'au sein
» des régions sauvages la cupidité scandaleuse de la Civi-
» lisation. Nos vaisseaux n'embrassent le monde civilisé
» que pour associer les Barbares et sauvages à nos vices
» et à nos fureurs. Oui, la Civilisation devient plus odieuse
» aux approches de sa chute ; la terre n'offre plus qu'un
» affreux chaos politique ; elle appelle le bras d'un autre
» Hercule pour la purger des monstruosités sociales qui la
» déshonorent I »
Comme les bourgeois phalanstériens auraient peur du bonhomme Fourier, s'ils savaient le lire 1 1
XVIII. L'attitude pacifique jusqu'à la lâcheté des nations occidentales ne tient pas à un gouvernement, à un
événement r à unhonune. IndividueUement , les hommes d'aujourd'hui sont dussi ehdtouilleax sur le point d'honneur que ceux d'autrefois : leurs dueb en sont la preuve. D'ailleurs, la Colère et la Vengeance S(m% des passions vivaees dans notre coeur; dks ne s'éteindront qu'avec noire race. Cette attitude ne tient pas davantage à ce que les rapports des peiq)les sont sauvegardés par des conventtc^ justes : l'équilibre europé^i n'équilibre rien.
Mais eUe tient aux rapports organiques établis par nos institutions ^itre les diverses classes de la société. Nous traversons une période éc^momique ambiguë , difficile. Le vieux Monopole est aux prises avec l'Égalité naissmite; l'un est dans la législation, l'autre dans les tendances ; l'un a parcouru toute son évolution, l'antre n'a pas encore commencé la sienne. D'où résulte que des institutions qui n'étaient destinées qu'à faire le bonheur de quelques-uns sont tiraillées par tons et ne peuvent faire le bonheur de tous. D'où résultent, pour les classes qui vivent sur ces institutions en décadence, de grands désespoirs, d'extrêmes privations , l'imminence toujours renouvelée de la ruine et de la disette I
Les bourgeois crient : la Paix! la Paixl ! Et il n'y a point de paix. Le grand projet de Henri IV, de Sully et de Bernardin de St. -Pierre est tombé dans les mains fourchues des marchands , marchands de coton et marchands de papier, Richard Cobden et Emile de Girardin ! — Les bourgeois sont fiers de ce que le français est répandu partout, de ce qu'il est reconnu langue officielle de la diplomatie. Et ils ne savent pas que lorsque la langue d'une nation se répand parmi les autres, c'est un signe certain que bientôt le sang de cette nation sera tiré de ses veines pour être transfusé dans celles de l'Humanité. — Les bourgeois celèrent les grandeurs de la sacro-sainte civilisation du Monopole. Et ils ne s'aperçoivent pas que cette dvilisation
exclut de son cercle étroit plus des deux tiers des hommes, lesquels ont le droit et le dé^ de vivre.
Oh I que les vieillards sont entêtés ! £t comme ils se croient j^ins de vie quand , ayant revêtu leurs habits de fête, ils chauffent le^rs maigres jambes au coin du feu I Malheureusement, forfanterie n'est pas force; excitation n'est pas santé ! — II faut mourir |
XIX. L'Occident représenté par la France, son modèle et son boulevard , l'Occident est un cadavre. Et tous les cadavres subissent, dans le sein de la mort, une révolution palingénésique. L'Occident bourgeois doit passer par cette transformation. Ni la terreur blanche , ni la terreur rouge ne peuvent la lui épargner.
Les vieillard^s meurent, les cadavres verdissent, malgré tous les soins qu'on en prend. Les germes se développent et les enfants grandissent , bien que leis femmes enceintes commettent des imprudences et qu'on étoufte les nouveaur nés dans des maillots»
J'ai disséqué le cadàyre ; j'étudierai le fœtus.