IX. Je le démontre par deux exemples
J'ai sous les yeux un poumon ravagé par la phthisie. Cet organe est le théâtre d'une lutte acharnée entre les forces décomposantes et les forces recomposantes. La caverne où siège le mal est en petit un cadavre qu'occupe la Mort ; les tissus ambiants sont en petit un fœtus où la vie rassemUe ses ressources pour forcer la mort à lever le siège. Dans cet atelier transformateur, à mesure que le principe môr-
bide détruit un filet nerveux, une veinule ou une artéride à Fintérieur de la caverne, le principe vital en crée d^autres tout autour d^elle ; à mesure qu^entre les vaisseaux et les nerfs atteints s'entassent des tissus putréfiés, des tissus neufs se forment entre les nerfs et les vaissœux de formation nouvelle. A mesure enfin que le vieux poumon se détruit j le neuf s'efforce de se substituer à lui.
Voici maintenant une bouillie cadavérique exhumée. Je n'y distingue plus rien qu'une agitation vermineusè, un foyer emJ:M*asé de transformation dans lequel mille créatures éphémères travaillent à élever un monde. Dans ce détritus informe la Vie réside en souveraine. Mais voyez tout autour la sombre Mort rassembler s^ agents de destruction; le ver immonde qui vit de la terre nouvelle, l'oiseau qui dévore Tinsecte naissant et le bœuf comfortable qui recherche entre toutes les autres les herbes qui sortent du sol. La terre, l'abrégé du monde, c'est l'insatiable Cy bêle qui n'enfante que pour dévorer. Les anciens savaient mieux cela que nous. Heureux les anciens s'ils avaient institu^de royales académies pour reconnaître toute la droiture de leur esprit !
Dans ces deux exemples de transformations aussi intégrales que nous puissions les imaginer, nous voyons que la Vie et la Mort luttent d'aussi près que possible, haletantes, essoufflées, embrassées l'une par l'autre comme un lutteur par un autre lutteur. Gela nous prouve que l'essence de la vie est la même sUr terre et sous terre, que ces deux modes d'être de l'homme sont reproduits Tun par l'autre trait pour trait , relief pour vide. Ne nous effrayons donc plus des mots, et la Mort n'étant en définitive qu'une autre forme d'existence, ne la redoutons pas , surtout lorsque nous souffrons tout ce qu'on peut souffrir.