X. J'applique ces notions à l'Europe actuelle. L'Occi
dent est cette partie lentement désorganisée par le principe niorbide. Les richesses sociales y sont injustement distribuées. En échange d'un travail qui outrepasse leurs forces, les classes travailleuses ne reçoivent plus cpxe des aumônes insuflOsantes pour soutaiir leur vie. — Gknnme les plus petits des vaisseaux et des n^fe meurent faute de sang dans les organes en voie de destruction, de même, hélas ! les rangs dits inférieurs de la société sont décimés sans répit par la faim, la maladie et la mort. Entre ces écueils, les populations ouvrières se traînent avec peine , h&ves, chétives, dépérissant dès la naissance, harassées jusqu'à la fin. L'Occident est la caverne des grands maux ; la mort y tréne : les vdeurs que la Loi protège et ceux que la Loi punit s'y livrent des combats acharnés.
Mais autour de ce foyer de gangrène et de pestilence se pressent des peuples au sang chaUd, aux reins puissants ; peuples capables de détruire parce qu'ils sont forts, capables de fonder parce qu'ils sont croyants, capables enfin de^ comprendre des vérités nouvdles parce qu'ils n'ont pas l'esprit corrompu par les préjugés. Ainsi, tout autour des tissus menacés de mort, nous avons vu se pressw les vaisseaux et les nerfs de formation nouvelle.
Sur ce théâtre de lutte sociale, les forces composantes et décomposantes sont donc aussi rapprochées que pos- . sible ; c'est bien le cas analogue à celui que nous observions tout-à-l'heure sur le corps de l'homme. La vie et la mort sont aux prises ; de ces deux éternelles adversaires laquelle l'emportera? — Le flot des peuples qui, de l'extrême Orient, s'élève, ch^chant son niveau pour déborder, s'étendra-t-il sur nous? Balaiera-t-il cette mare croupissante de jouissances et de misères que nous appelons pompeusement la Civilisation? La jeune souche humaine étendra-t-elle partout ses rameaux verts, et des races pleines de sève et de f^x)ndité prendront-elles la place des
races vieillies? — Ou bien, la putréfaction occidentjile entrainera-t^elle tout à la Mort?
Et dans oe dernier cas encore, le problème écrit en noir se dresserait toujoui's devant nous dans sa terreur sauvage. Une société n^est qu'un mode temporaire d'union entre les hommes, elle n'est pas l'humanité; le citoyen peut périr, mais l'homme reste. A nioins que l'Europe ne disparût dans un déluge, il faudrait toujours qu'elle fût repeuplée et que des migrations d'hommes vinssent à elle de l'autre côté des mers lointaines. Or, tout ce qui piourl'ait nous revenir des autres continents leur a été envoyé par nous, hommes et idées; l'Amérique et TOcéanie ne nous paraissent si jeunes que parce que leur teiritoire est immense et vierge. Les mondes prétendus nouveaux sont beaucoup plus vieux que notre monde. Non, l'Europe n'a pas besoin des autres continents pour renaître; elle regorge d'hommes ei de ressources; elle porte en elle-même dès forces asse^ grandes pour suffire à sa régénération, si ces forces étaient bien employées. Le& autres continents ont bien assez de travail sur place pour ne pas déborder au loin ; ils ont à développer chez eux les principes de notre civilisation.
XI. La Mort n'est pias une puissance inutile; elle renouvelle au contraire tout ce qui est devenu trop vieux. La Vie naît de la Mort. Pour qu'une chose paraisse sûr la terre, il faut qu'une autre ait disparu. Car le nombre des êtres est limité et rien ne se tire du néant. Car toute consommation amène une dépense proportionnelle: Car toute dépense est mère de travail. •
La terre doit supporter le labour, la gelée, les pluies et les chaleurs avant de se couvrir de moissons. Pour germer, la graine se vide. Un grand nombre d'insectes périssent en procréant. L'homme lui-même s'affaiblit peu à. peu
et meurt en détail à mesure qu'il se reproduit. La natimi dont la langue et les idées se généralisait et altèrent au milieu des autres est destinée à se dissoudre bientôt dans le mouvement eUmographiijpifi. — ^ Ainsi de la France actuelte.
Telle est la loi de la Révolution^ Sa puissance ne s'arrête devant rien dans la nature. Son bras passe sur les nations vieillies, et dd plus jeunes cpi'elles les enterrent au son des instruments guerriers.
Certes, il est péni3)le aux hommes de se sentir mourir et de ne pouvoir prolonger leur vieiUesse ni à prix d'or ni à prix de courage; il est afiUgemit pour des enfonts de porter le deuil de leurs pères ; il ert humiliant pour notre orgueil de voir des cités opulentes si'écroaler comme des murs lézardés.
Mais quoi ! sommes-nous seuls sur la terre? Ne vivonsnous pas des autres êtres comme les autres Atres vivent de nous? Les transformations ne sont-elles pas utiles ei fatales? Et si elles nous détruisent sous une forme, ne nous reproduisent-elles pas sous une autre?
XII. Plus l'homme se rapproche du tarme de sa vie, plus il se montre effrayé de l'idée de mort, plus il aime à s'aveugler sur la nature du mal qui l'entx^lhe au tombeau.
L'^fant ne sait pas qu'on peut mourit*. L'homme, dans la force de l'àge^ se raidit contre le danger. Le vieillmtl, au contraire, suj^rte avec impatience qu'on lui parie des maladies qui ont enlevé ses al^ix.
Ainsi la France vieillie, ne se sentant plus assez de forces pour repousser l'invasion qui la m^iace, se refuse à voir la puissance du géant du Nord reconnue par le moùde entier.
Et si quelqu'un s'avise de la tirer de son sommeil par
wie prédictîoii lugubre, etie rit tristcmenl, comme une démeate ocK^énaire ; dile gesticule, chantcmne des refrains patriotiques et raconte à satiété les glorieuses cam-* pagnes de la République^Empire.
A ces signes on reconnaît un peuple épuisé. Il faut qu'il nous reste bien peu de vigueur pour que nous ne sachions plus que ^doter depuid cinèpiante ans. Nous n'avoiïis plus à montrer à nos ennemis qu'un ràtdier édehté par la cor^ ruption. £t nous croyons leur feire peur !
Ne nous préparons pas, pour chaque jour de notre vie, des désillusions amères en assignant pour but à la révo^ lution n(»ivelle un changement de nûnistère ou des réformes de détail. Temps perdu que tout cela 1 £t quant à la République Universelle et Sociale, tous tant que nous sommes, depuis l'octogénaire jusqu'au nouveaunaé, nous ne saluerons pas sa bien-venue. Avant qu'dUe ait pris racine sur la terre, la pelte du fossoyeur nous aura recouverts trois fois, et trots fois nous aurons i^paru dans l'humanité pour travailler à sa conquête.
Que de temps s'écoulera avant qu'aient disparu les éléments trop anciens de la Civilisation ocddentale et les éléments trop jeunes de la Barbarie cosaque ! Que d'années de combats et d'émeutes, pour que le nouvel ordre ethnographique devienne fécond en résultats sociaux I
Introduisez une greffe sous l'écorce d'un arbrisseau des haies ; la virginité de la nature et la science de l'homme lutteront longtemps avant de se marier ; les fruits les plus savoureux de l'arbre ne seront recueillis que par les enfonts de celui qui l'aura planté.
Ainsi dans la Société, car les principes sont des greffes que le génie de la Révolution dépose dans les races afin qu'elles les développent.
Entre la civiHsaftion de Justinien et celle de Charte-
magne, il se passa trois siècles. Et ces trois siècles furent reippiis des cris et des soupirs des peuples absorbés dans les jouissances de la reproduction, jusqu'à ce que rechange fût opéré entre Tidée latine et la •force germaine. ' La Civilisation chrétienne a subi de longues épreuves avant d'écraser le Paganisme, Qui pourrait dire que de souffrances sont réservées au Socialisme avant qu'il ait triomphé de la Civilisation ?
Xill. Avoir établi que l'Humanité n'est pas anéanti^ par la Mort, que tout décès a pour conséquence obligée et immédiate une naissance, c'est avoir dit implicitement qu'une société n'est pas anéantie noa plus parce qu'elle est en décadence, et que toute décadence a pour résultat immédiat et fetal une invasion.
Qu'est-ce en effet que la Décadence? la veille de la Mort. Et qu'est-ce que l'Invasion? la veille de la Naissance. — Ce qui est vrai de la Mort et de la Naissance est donc également vrai de la Décadence et de Flnvasion.
Une invasion n'est pas plus un anéantissement qu'une révolution quelconque. Si elle efface momentanément le nom d'un peuple, elle tient un autre nom tout prêt pour le remplacer ; si elle nie la tradition, elle affirme l'utopie ; si elle ne perfectionne pas, elle découvre ; si elle enterre le passé, elle exhume l'avenir. Elle tapisse de chanrs vivaces les os des squelettes; dans les couvertures des vieux codes, elle introduit de nouveaux feuillets. — Si nous la considérons dans le temps et dans l'espace, moins étroitement que nous n'avons coutume de le faire, FInvasion n'est qu'un échange, comme la Mort.
XIV. Dans tous les mouvements généraux des peuples, i\ s'établit une circulation complète, et ppr ^uiJe un cou-
rant doublé. Une moitié du courant se dirige de Textérieur à Vintérîeur, c'est celui des peuples qui arrivent en scène; rautre y répond de l'intérieur à l'extérieur, c'est celui des peuples qui y sont déjà. Mais ces deux courants semi-circulaires se combinent et s'harmonisent ; Invasion et Pénétration sont synonymes.
Les cours d'hcMnmes, — c'est-à-dire les cours de sang — se côtoient, se heurtent, se mêlent, et puis descendent ^[is^ùQble le grand lit àe la vie. — Comme les cours d'eau qui se hâtent ensemble vers l'Océan I — Les premières ^trevues des hommes ressemblent beaucoup aux premières entrevues des chiens. Il font rage les uns contre les autres ; au loin jaillissent et le sang, et la bave, riche écume ! Puis tout cela se confond malgré tous les obstacles. Et la mer^ la mer humaine, altérée, infime, la mer boit tout ! Et la mer est intarissable !
Ce qui, succède immédiatement à l'invasion, c^ n'est pas un peuple c<»pplètement formé, c'est tout au plus un fœtus de nation, germe fécond sur lequel une nouvelle existence va développer toutes ses phases d'évolution successives.
Aucun peuple ne disparait dans une invasion ; tous, au contraire, reparaissent plus brillants. L'un prête la force, l'autre rend la science. L'un est d'action, et l'autre de conseil. Et de même que les enfants et les vieillards se recherchent, de mènif que la greffe du vieil arbre cultivé se mêle à la sève du sauvageon, de même les nations jeunes et les nations vieillies se complètent les unes par les autres, extrayant de la Tradition et de l'Utopie la virtiwlité de l'intelligence humaine. Sur quelque milieu que vous opériez, quels que soient les éléments que vous trouviez ou mettiez' en présence, il faut toujours que les extrême^ se dégagent et se touchent. Le tout résulte de l'engrèneiment (^ diversités^.
XV. Sur Qds société^ travaillées d'uo mal organique incurable par les procédés ordinaires, faut-il hésiter à appeler Tlnvasion? Je réponds par une ooosultation àà* rurgicale; c'est mon ancten métier.
Un homme est atteint d'une aflértion dironique qui l'eDiraine rapidement ; il a le teint plombé, les pommettes saillantes, le corps d'une maigreur Uvide. Les remèdes employés jusque^à n'ont pas eu la puissance de oonjnrer le mal : ce n'est plus qu'au prix d'une opération pénible qu'on peut sauver celte existence en péril*
Eh bien ! hésiterez-vons à conseiller cette opération de salut? Laisseres-vous le patient s^éteindre suivant Part pour lui épargner quelques secondes de douleur et ména^ ^er les affectueux préjugés de ceux qui Tentourent? Cette indifférente sensiblerie sera-t-elle du courage et du sang* froid? Y aura-t-il conscience à rester neutre en face d'un agonisant? Le médecin qui tiendrait cette conduite n^abuserait-il pas de la confiance accordée? ne mentirait^l pas à ses convictions?
Je cro» avoir suflSsamment démontré que la CivAisation européenne est dans un état aussi désespéré que ce malade ; je suis convaincu que la plupart des politiques et philosophes qui raisonnent matières sociales ont la même persuasion que moi, et je les accuse hautement de ne pas oser dire ce qu'ils osent penser. Cest mal calculer que de mentir. Et c'est un sacrilège de tromper les mourants !
XVI, Et maintenant qt^e j'ai aiq[>elé sur nos sooiélés rinvasion et la Itoi^K bésUer^j^ à c(m}i»rer eonUre dles 1^ grands fléaux désorganisateurs? Non, certes.
Si les constitutions humaines n'étalait pas aussi épuisées par l'évolution des formes sociales jusqu'ici parotm*
nies, si les contagions et les virus les plis terribles n'avaient pas pénétré jusqu'à la plus fine moelle de nos os, les maladies ne seraient guère pour nous que des phases critiques et salutaires ; il n'y aurait pas même de maladies, à proprement parler.
Wn. vous, médecins, chroniqueurs et bibliophiles de toute ignorauice, qui, dans la nuit des temps, vous efiforcez de distinguer Touvrier infernal des mains duquel sortit la botte de Pandore ! r^rdez autour de vous, sous vos pieds, snr vos tètes; 6tez vos lunettes, 6 myopes! sortez de votre puits, astrdogues piteux f Et voyez béant, hurleur, inassouvi Tabin^ Fablme des sodétés iniques qui souffirent le mal et le répercutent à l'infini ! Le genre humain .s'est mis à la merd d'une fièvre, d'une peste ou d'une maladie syphilitique ; notre race peut être retran* chée d'un coup, par le caprice de la Parque cruelle, parce que nous-mêmes avons apporté notre tête entre les bran* ches de ses ciseaux.
Qu'on jette une pierre dans une mare de fange, de fange et de sang I Et le flot maudit poussera le flot maudit, et d'un rivage à l'autre mii^ra, triomphante, l'effroyable tempête ! Or la première pierre jetée dans la mare soci^, voyez-vous, ce fut la première borne que la main de la convoitise enfonça dans le sein de la terre déchirée. Oh ! malheur, malheur à eehii qui grava sur cette borne les initiales de son nom de brigand ! Et trois fois malheur surtout à ceux qui ne la r^uisirent pas en poussière !
Btjsur cette société, réceptacle effroyable de tous les maux les plus lentement torturants, je n'oserai pas appeler les Choléras, Pestes, Famines et Fièvres malignes, cortège sombre de la Mortalité qui détruit des nations en un instant. Oh ! je les appellerai ! Il faut que le fer rougi soit porté dans la plaie fongueuse ; car le feu purifie. Et dusse-
je succomber dans la terrible épreuve, je préfère la cautérisation à la lente agonie.
X.¥lll« On a s^né des comptoirs, des poignards et du poison : on recueillera des disettes, du sang et des cadavres noirs. L'année qui vient sera plus désolée que ne fut celle^i. — Le Vésuve inondera de ses laves Fltalie soulevée; la Péninsule Ibéricpie retentir^ d« fracas des guerres civiles de Cadix au cap Finistère. — Le ciel refusera ses pluies à la terre desséchée ; des maladies incon-^ nues jusqu'alors ravagenmt les cultures ; les fruits pendront v^ds aux branches des arbres pendant les chaleurs d'un automne torride. On criera : maudit soit le Seigneur qui a créé le filiit de la vigne! Les juments gracieuses et les blanches génisses resteront stériles. -^ Les hommes safeis de désespoir courront aux mers immenses , aux fleuves rapides, aux puits profonds, pour y chercher leur fin. — Par les rues des capitales se croiseront la Guerre civile et la Guerre nationale," le sabre au poing. La détresse bâillante s'étendra sur le monde comme sur une couche voluptueuse et le serrera dans ses Iwras crispés. — Les douleurs de Tenfantement ne seront plus supportables. Le croup moissonnera les petits enfonts. La Mort n'épargnera plus que les vieillards I ,
XëX. Elle viendra aussi la Trahison au front chauve, aux yeux vitreux, aux doigts froids, trébuchant sur ses pieds fourchus, l'Italienne au tj^nt plombé qui tue par le poison parce qu'elle ne sait plus donner un coup de slîylet. a Une victoire s'achète comnie autre chose, écrit eo fort boa français P.-J. Proudhon ^ pourvu qu'on y ntette te prix. $
— ; Arrêtez, dites-vous, il est défmdu de p«jrjurer la France, le pays du vivaœ honneur I — : Eh î puisse donc, moi, fermer les yeux sur les tripotages civUs et militaires
qm pRi^rèrent le siège de Paris et les traités de Vienne ? £t ce siège et ces traités, comment les nommer autrement que des trahis(»is?
' Oh! combien sont plus dégénérés encore les Français d'aujourd'hui ! Ces gens4à vendraient, oui l leurs femmes, leurs filles et leurs mères, slls trouvaient des sanateups de pucelages de seconde ixmin. Le Français d'aujourd'hui I Cela a pour principes que Fhomme s'acclimate facitement dans les pays où il devient gras ; que là où est l'écu, là est la patrie; <)U6 les roubles sont aussi bien frappés que les Nc^léàns, seuls souvenirs que la France garde , avec amour, de son grand captif de Sainte^Hél^ie. D^où je con^ ch£S que le suprême patriotisme, dans quelque t^sips, ser^ de p(^séder beaucoup de roi:d)les !
' Cela s'est vu en 4844-45. Cela se verra bien phis encore aujourd'hui. Il ne manque pas de Marmont, de Villemain, de Louis, de Talleyrànd pour se vautrer devant les bottes de quelque nouvel AJexandre.^IHeu merei^ les esprit^ forts ne sont pas rares sur la classique t^re de Ft'ance I — Peuple a vkndre au dénier ^ichérisseur» co-^ saque ou numide, qui se présentera !
SstKîe que des i^inistres aussi habiles que MM. Fould et Baroche n'ont pas dans l'épine dorsale toute la souplesse requise pour quelque salut que ce soit? Est-ce que, depuis tantôt un demirsi^le, les femmes aimables de Paris n'ont pas eu tout le temps d'apprendre à préciser leurs ma^ noauyires coquettes? Est-ce qu'il ne traîne, pas encore bien assez de croix d'honneur po\ir que la jeunesse.dorée puisse en décorer toutes les queues des coursiere de l'Ukraine? Est-ce que les boutiquiers et^ les-petites daines du quartier de la Bourse ne spéculent pas déjà sur la pro^ chaîne saison des Cosaques?
3UL^ Guillaume de Tyr écrit sur les croisades: « La
^ sitoUon où se trouvait l'Europe était on ne pçut ptoa » favorable aux croisades. Toutes cboses aUaient dans un 9 tel désordre qu'il semblait que le monde penchât vers » son déclin et que la seconde venue du Fils de l'Homme » dût être prochaine. De terribles épidémies, la famine n et toutes les calamités, suites des guerres continudies 9 entre les seigneurs féodaux, poussaient les gens à ae^ » €q>ter en foule l'asile que leur ofiBrait l'étendard de la D croix contre la misère et l'oppression. »
C'est qu'^ effet, un mal ne vient jamais seul ; guerre et fléaux se commandent comme fièvres et cancers nm» gQUrs. Et de même que la fièvre fait supporter la douleur, de même la guerre distrait jusqu'à certain point du Choléra. Il y aura bien des millénaires avant peu : Quelque nouveau Guillaume de Tyr décrira leurs terreurs ; mot je lesannoDoe.
X3U. Je suis comme le médecin observateur en face d^un malade chez lequel toute réaction vitale est épuisée. Ce médecin est obligé de tirer parti aussi économiquement que possible du peu de forces qu*il trouve encore dans cette constitution affaiblie. Moi, je m'interroge sur le len- (temain d'une société dont tous les ressorts sont détendus, tous les appuis ébranlés, toutes les institutions disjointes. Et je ne vois de salut pour eHe que dans l'excès même de ses^maux, dans la fermentation qui succède aux gangrènes putrides. -*- Gardez-tocs d'arrêter le trayau de dëcov- PosmoN, ccmsenie Proudhon.
^UUl. Pisrsonne i^aime la guerre que ces misérables * histrions, les derniers des esclaves, qui portent du rouge autour du cou et une lame de fër au côté afin d'aller à la chasse à l'homme. Car la guerre ne profite à personne, eux exceptés. La guerre nuit au peuple vainqueur comme
«o peuple vainou, parce qu'en épuisant la nation, elle renftNTce le despotisme. — La guerre d'Orient est une bonne fortune pour M. Bonaparte, Empereur de la victoire,
Gq)endant, encore aujourd'hui, la guerre est dans la iatalité des temps ; die est un de ces rendez-vous forcés que les peuples se donnent et auxqu^ ils viennent, de tous les côtés de l'borizf»!, comme des amants transis. Il ei3i sera de même tant que les hommes ne pourront se rencontrer que sur les champs du Carnage et que leurs coursiers piafferont dans le sang; tant qu'ils parleront mille langages diyera, tant que les rois étoufferont les voix )iumaines avep le tonnerre des canons.
Les sociétés modernes, reposant sur le trépied bancal de l'Autorité, de l'Epargne et de l'Usure, ne pouvait avoir à ccmserver que des biens injustement acquia. Et d'autre part, la forme politique étant re:^pression du fonds social, il en résulte que tout contrat basé sur la propriété doit être d^endu par le Despotisme. Or De^tisme suppose Guerre; Guerre ne se fait pas sans Armées; Armées ne vivent pas de l'haleine brûlante de la Gloire et de l'air du
temps Je passerais en revue toutes les iniquités so^
ciales si je faisais le tour de l'infernal cecole en les énunmérant.
Hâas ! le temps n'est point encore oùles hommes iront à la rencontre leç uns des autres^ poitrines découvertes et bras ouvert? ; a^jo^rd'bui, ils se couvrent avec la peinte 4es glaives e( l'acier brillmt des cuirasses.
XXIII. Donc, à la guerre comme à la guerre I S'il est possible, acooutumons nos yeux à la vue du sang H nos oreiHes peureuses aux clameurs rauqnes des clairons. Résignons-nous encore à voir des hommes écbarpés, des villes filmantes, des pontons qui s'enfoncent sous le poids des prisonniers, des bombardements, des blocus, des fommes
violées et des femîlles en deuil. Avant tout, il faut que les élânents sociaux s'équilibrent et que Thun^nité vive. Et puisque nos institutions ne permettent pas au Progrès àé s'accomplir par une évolution ménagée, que nos institutions soient brbées 1 — Que l'Epée, qui ne brille que dans le sang, tranche les mains avares des siècles précédents! — Que la Gueire, la vieille sourde en culottes de peau, frappe à coups redoublés parmi les hommes; qu'elle jouisse de son reste, comme \» fille ardente qu'on poursuit après qu'elle a fui le toit paternel. '
Après tout, % là guerre, comme dit J. de Bfaistre, la » guerre n'est pas un aussi grand mal qu'on le croit ; du » moins c'est un de ces maux qui produisent des com- ^ pensations. D'abord, lorsque l'àme humaine a perdu son » ressort pair la mollesse, l'incrédulité et les vices gangré^ » neux qui suivent l'excès de la Civilisation, elle ne peut r> être retrempée que dans le sang. .Serait-41 possible que » Tefibsion du sang humain n'eût pas une grande cause >^ et de grands e£fets? Qu'on y réfléchisse : l'histoire et là » fable, les découvertes de la physiologie moderne et les » traditions antiques se réunissent pour fournir des maté- » riaux à ces méditations. »
XXIV. Etrange susceptibilité nerveuse! Les civilisés traitent de barbares les Indiens qui se brûlent sur les bûdiers; ils maudfasent le fanatisme, la superstition, l'ignorànce, et leurs cheveux se dressent sous leurs perruques à l'idée des sacrifices humains ! Esclaves à bottes vernies, mais que se fait-il donc autre chose en Orient que dés hécatombes humaines? A quelle haute raison obéissez-^vous quand vous. versez votre sang pour les querelles de vos maîtres? Et n'ètes-vous pas plus coupables nulle Ms en vous égorgeant ainsi, vous, savants, frisés et policés, que ne le sont des hommes primitifs?
Hélda j bêlas ! 1 défenseurs du dogme du Progrès absolu, qu'a donc fait l'Humanité depuis- six mille ans qu'elle va j^osopbant et roulant sa triste existence à travers les numdes? Rien que de reculer pour mieux sauter, rien que de chaqger de flanc, rien que de tpumer la difficulté. Et ces riens-là sont tout. C^r en cbangeant de flanc, on en* tretient son sommeil ; en reculant, on garde son équilibre ; et à force de tourner autour des difficultés, on flnit par passer devant. Condorcet nous a fait un mal incalculable avec son ridicule terme de Progrès. Il n'y a rien au fond de cette noUon-là, je le répète encore, rien que ceci :
MAINTIEN d'équilibre ^
XXV. C'est toujours une horrible nécessité que la guerre. Mais nous n'en sommes plus à ces époques d'ignorance où les hommes, divisés par des dominations rivales et permanentes, passaient leur vie en batailles qui ne profitaient qu'à leurs maîtres. La Civilisation nous fournit les moyens de rendre les guerres moins cruelles et moins longues par la stratégie moderne, l'artillerie, les voies
(i) « %uiel est le but des transformations qui constituent la vie ?
» Reculons-nous ? Avançons- nous ? Ou ne bougeons-nous pas ?
■» Nous ne reculons pas, pouvons-nous affirmer, si nous novs observons >» pendant la période d'accroissement.
» Nous n'avançons pas, si nous nous considérons pendant celle de décrois- » sance.
>» Nous ne restons pas immobiles ; nous varions chaque jour, et dans le » fonds et dans la forme : l'immobilUé aérait la mort.
M Que faisons-nous donc? '
» Nous nous conservons. N'est-ce pas assez? Ne faut-il pas du travail, des » efforts et des douleurs pour équilibrer de nouveaux besoins par de nouvelles » forces, pour résoudre cette équation sans laquelle la vie ne serait pas î
» La société est comme nous : elle ne rétrograde pas, elle ne progresse pas, » elle ne reste pas immobile non plus.
» Elle se conserve; et pour se conserver, elle s'agit0 et se révolutionne » utilement. » • .
Ernest CosuaD^RaT. -^Deia révolution ckms f^omme et dans la êociété.
ferrées el la navigation à vapeur ; souvent même die nous permet de les éviter par des négociations diplomatiques. Il ne nous faut plus dix ans pour faire le âége des viHes, et nom ne sommes plus les hommes d'armes de hauts sek^ gneUiv» artisans de rapines, oonmie Pelaient les serfs dit* moy^-tigs. La guerre terrestre, qui n^était que boucherie, s'est faite art. Les batailles navales sont rechutes à des luttes d^bordage ; des équipages entiers i^ périssent plu^ subm«*gé8 par FOoéan. Les hommes ne s'étranglent plus oorps à Gorps^ ne s'arraeheirt plus cheveux et ongles, ne se mordent j^us à pleines chairs, comme des bètes fé-roces ; il y a plus d'adresse et moins de brutale rage à s'atteindre avec une balle qu'à se mutiler à coups de hache. Maintenant on se choque par grandes masses, on cherche à mettre de son côté les avantages du terrain, la rapidité des marches et les fautes de Fentiemi. Une action se décide en quelques heures; le nombre et l'habileté des dispositions prises font le succès./ Il se répand plus d'encre que de sang.
XXVI. Il a fallu plus de trois siècles à l'invasion barbare pour faire rentrer dans leur lit ses flots débordés, pour marier la science latine à la vigueur germaine, pour arriver enfin de l'empire de Bysanoe, qui résumait tous les éléments d'une décadence, à cehii de Charlemagne, qui renfermait tous les germes d'une création.
Croit-on que l'ordre qui suivra l'invasion prochaine demandera d'aussi longs combats pour être établi? Groit>on que l'Humanité du xix** siècle souffrira longtenq)S de toutes les dominaticHis successives qui descendront du Nord? 11 n'en sera pas de l'Occident civiKsé comme de l'Empire Romain; sa chute sera bigi plus prompte; la résistance qu'il opposera à l'Invasioù ne sera pas pr(q)ortionnellement plus longue que ses révolutions; unepre-
niièfe lutte Fépuisera, et ses intérêts menaoés s'agenoutlktoni devant le preméer despotisme qui lettr pronœt^ de les oonserver.
Députe longues années l'Occident n'entreprend plus de guerres de conquêtes. Nous n'en sommes plus aux temps où les Normands débarquaient sur toutes les plages leurs grands pirates blonds-, où l'heureuse issue d'une seule bataille remettait aux mains du bâtard Guillaume les Ites grandes de la Bretagne; où Charlemagne de France et Barberousse d'Allemagne posaient sur leurs têtes souveraines la couronne de fer ; où le soleil se levait et se couchait sur les grands domaines du superbe moine de Saint- Just. Les campagnes si justement célèbres de la République et de l'Empire des Français ne furent même, à proprement parler, qu'une glorieuse retraite devant la Barbarie naissante. Napoléon !•', c'est Bélisaire *.