‹ Hourrah!: ou la révolution par les CosaquesChapitre 4 sur 56 · IX. Cependant, quoi qu'il en coûte à mon orgueil · texte numérisé non relu

IX. Cependant, quoi qu'il en coûte à mon orgueil

je reviens sur mon idée cosaque. J'y reviens parce qu'elle doit se développer, grandir et passer par-dessus les barrières que lui opposent la force et la haine , le pouvoir et les partis. Py reviens parce qu'il faut qu'elle soit entendue dans le désordre des camps , et discutée par des hommes ivres de vin , ivres de sang. J'y reviens parce qu'elle se rëpan4**a sur le inonde et qu'Ole le fera trembler comme je tremble moi-même.

Cette idée est le tocsin de l'éternelle révolution qui vient à nous sur les ailes des fléaux redoutés. Maintenant ou jamais il faut la hurler par-de8sus les pics de ^ace et les clochers bavards , afin que les avalanches et les battants de bronase la répètent d'échos en échos. Je crois les crises utiles daifô le corps social comme dans le corps humain; j'espère que la fièvre qui est en moi secouera l'humanité de sa torpeur. Il n'y a guère que six ans, j'étais un pauvre petit bourgeois, tnen timide, qu'on élevait pour tusr k rmnde. Pourquoi donc aurais-je été tiré de ceUe sphère obsowe si mes yeux n'étaient pas assez forts pour supporter les grandes luïmères, si ma main n'était pas assez ferme pour arracher les masques et les fouler aux pieds?

« Ecrivez mes paroles sur les poteaux de vos maisons et sur vos portes. » Car je vous annoncerai ce que l'avenir vous réserve. Et je m'assure que ma souffrance n'est pas inutile; — les générations prochaines la comprendront^ — Je m'assure qu'il n'est pas de scandale superflu ; — \à réprobation semée sur ma voie par les hommes d'intérêt et de tradition m'est un gage certain des réhabilitations de l'avenir. — Je m'assure qu'il n'est pas au pouvoir d'une poignée d'envieux d'étouffer une pesisée conçue pour tous ; — ce que les peuples dvihsés et les hommes esclaves condamnent aujourd'hui, l'humanité nouvelle et l'individu, libre J^approuveront plus tard, -r- Les empereurs

et leurs gendarmes ne sont pas immortels, les borner des propriétés s'usent , le fer et le bois des douanes jdisparaissent ; les chefs de partis et leurs prétoriens s'entredévorent. Le soleil déjeûne chaque matin des réputations réclamées que les heures usurières apportent à sa table somptueuse. Et la pensée grandit sur les ruines de la matière I Voilà pourquoi je reviens à ma pensée.

J'y reviens parce qu'elle a semé Teffroi parmi les intérêts iniques, et la division parmi les partis menteurs ; — parce qu'elle a pesé sur la tète de ceux qui se croyaient grands ; — parce qu'elle a relevé de la poudre ceux qui s'y vautraient à l'aise ; — parce qu'elle a obtenu , toute jeune et toute pauvre qu'elle fût, les honneurs de la calomnie, de la rage et de la contrefaçon. J'y reviens parce que personne n'a osé ni la citer entière, ni la combattre sérieusement , tant elle renfermait de mystères redoutables. J'y reviens parce qu'elle est éminemment anarchique, terrifiante, mortelle à toute autorité et à toute intrigue ; — parce que ceux du parti démocratique ont été contraints d'avouer qu'elle porterait. un RUDE coop à la révolution si le peuple des campagnes et des villes de France pouvait me lire et m' entendre*

J'y reviens parce qu'il faut que le peuple me lise dans les campagnes et dans les villes, et qu'il se prononce enfin, en pleine connaissance de cause , sur la révolution que veulent les constitutionnels et républicains formalistes de 1830 et de 4848, révolution que j'appelle, moi, de mon autorité privée, le Mensœige, l'Immobilisme, la Contrerévolution , l'Enrégimentation et le Despotisme sous prétexte de Liberté.

X. Du fond de l'exil, une voix doit s'élever qui crie : Non, tout n'est pas ténèbres au milieu de ces sépulcres sur lesquels nos familles versent des pleurs. Parmi tous ces cœurs épris du passé, il en est un, pour sûr, qui envoie

tout son rouge sang vers les plus lointains avenirs. Parmi tous ces aveugles , il est un homme qui voit clair ; parmi tous ceux qui dorment, n'apprenant rien, n'oubliant rien, je veille de longues nuits.

Ite ce poteau d'exil qu'on a tenté de rendre infâme, je veux Uàre une colonne de marbra et d'or qui resplendisse aux feux du nouveau soleil. Et jusqu'à son sommet je m'élèverai , et je verrai de haut les peuples et les mondes. Aux intelligences généralisatrices, aux âmes aimantes, aux re* gards perçants , aux voix qui vibrent, l'exil est bon ; aux hommes de bonne volonté l'exil est fécond en pensées et en travaux. Il faut que l'exil soit peuplé , il faut qu'il soit dianté. C'est dans l'ejul que naissent les citoyens du Nouveau-Monde» Je le jure,, la main sur l'histoire, sur l'organisation des sociétés naissantes , sur les récits des migration3 des peuples. Je le jure en voyant passer dans l'air la graine ailée, le fil tél^raphique, la fumée noire des grands na-vires. Je le jure par l'indépendance de ma solitude et par les rêves consolateurs qui me transportent au milieu de l'humanité future.

A ceux qui consentent à vivre gras dans la France asservie, je dirai : a n ne vous appartient p^s de blasphémer la proscription t Non , toute la sciôupe n'est pas dans vos bibliothèques et vos académies aux vieilles senteurs; non, tout le bien-être n'est pas dans vos spéculations fiévi^uses ; non, tout art, toute inspiration, toute poésie, toute action, toute beauté, toute littérature, tout procès, tout bonheur, vous ne les avez pas confisqués. Non, toute la découverte et toute la révolution ne sont pas en France. L'humanité, la mère féconde, n'a pas fait de nation immortelle au détriment des autres ; son cœur bat pour tous les enfanta de son amour. L'exil centuple la vie de l'homme en lui donnant l'humanité pour patrie. Les vrais exilés, sur cette terre, ce sont ceux qui ne peuvent sortir de chez eux

qu'avec la permission de leur maître et sur un passeport signé de sa main.

Les proscrits' sont les hommes ilbres de i'£iH*ope endialnée, les seuls; ils sont le ciment des peuples, la moelle àe leurs os, la chaleur de leur sang. Qu'ils ne trahissent donc pas leur mission ; qu'ils étudient sans préjugés, sans relâche et sans haine le rôle de chaque race dans la révolution prochaine; ils sont placés mieux que personne pour juger impartialement des hommes et des choses. Qu'ils ne se résignât plus à végéter dans des pays nouveaux pour eux, sans en vivre la vie, sans en apprendre la langue, sans intérêts, sans joies et sans espoir, froids au milieu d'un monde qui les bat des chaudes vagues de son sang. Qu'ils ne se glorifiât plus de préférer les égoûis da faoboorg Marceau aux eaux d'azur du Léman. Qu'ils ne se refusent plus à se découvrir devant les grandes imagesdeShakspeare et de Nelson. Qu'ils soient de tout, lieu, de tout âge, de toute société ; qu'ils aiment partout ce qui est beau, ce qui est grand ; qu'ils dédaignent partout les mesquines combi-^ naisons de l'intrigue et la voix criarde du chauvinisme. Qu'ils s'élèvent au-dessus de cette vallée de larmes hypocrites , de vins frelatés , d'amours à tant la passe. Qu'ils rapprochent, sur leur ème, les grandes traditions de l'hu* manité de ses grandes tendances ; qu'ils s'élanc^t, infati* gables, d'un passé plein de regrets vers un avenir ^incelant d'espérances. Ainsi la Proscription grandira, s'universalisera , s'affirmera forte, utile, respectée. C'est alors qu'dle sera vue dans les^deux comme une croix saignante, et que chaque goutte de son sang qui tombera sur la terre deviendra semblée de ffietriers et de révélateurs. — Proscrits I osons être Hommes, hommes de toute nation. Et les rois et leurs suj^ ne blasphémeront plus l'Ëmigration ! !

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