XI. Je reviens sur mon idée cosaque parce que, de
puis tantôt un an que, dans FOrient, sont tirés tous les glaives, il ne s'est pas trouvé, dans TOccident tout entier, mi seul homme pour recueillir le sang qui coule, y tremper sa plume, et sur papier de deuil, écrire une prédiction vraie. J'y reviens, parce que je suis las d'entendre vociférer sans cesse : Vive la France! ou Vive l'Angleterre! Vive PEmpire! on Vive la République! Vive le Privilège! ou Vive la Communauté! Je voudrais distinguer, dans les rumeurs des foules, une de ces grandes exclamaticms ; Vive P Humanité! Vive la Liberté! Vive le Travail! Vive l'Anarchie! Vive le Bonheur!
Je reviens sur o^te idée parce qu'il faut des voix jeunes pour annoncer tout ce qui est nouveau , pour vibrer sur les peuples comme la tronq)ette du jugement, pour crier : En avant î En avant ! La Guerre, c'est la Rédemption I Dieu le veut ! le Dieu des criminds , des opprimés, des révoltés, des pauvres, de tous ceux qu'on torture I Le Dieu Satan au corps de soufre, aux ailes de feu, aux' sabots de bronze ! Le Dieu du courage et de l'insurrection qui déchaîne des furies dans les cœurs : notre Dieu ! Plus de conspirations isolées, plus de partis bavards, plus de soôiétés secrètes ! Tout cela n'est rien; ne peut rien. Debout l'Homme, debout le Peuple , debout tout ce qui n'est pas satisfait ! Debout pour le droit, le bien^tre, la vie î Debout î en quelques jours vous serez des millions. En avant ! par grands océans d'hommes, par grandes masses d'airain et de fer, avec grand bruit d'idées I L'argent ne peut plus rien contre un monde qui se soulève. En avant ! d'un pôle à l'autre, tous les peuples, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil ! Et que le globe frémisse sous vos pas I En avant! la Guerre, c'est la Vie; la Guerre au mal, c'est la bonne Guerre!
Déjà le Privilège a semé tai^t de furies derrière lui qu'il y a , en Gallicie, des mères qui font rôtir leurs enfants, qui surveillent le feu , et qui mangent le fruit de leurs
entrailles sous le chdud Bokil de juillet. — Déjà le Despo* tisme a semé tant de morts derrière loi que, dans tout Tempire d'Autriche, Thomme jeune qui ehoisit la Liberté pour amante, se prépare un linceul sanglante -^ D^ lUsure a semé tant de détresses après ^ qu'il y a , dans Fempire français, M millions d'hommes dont la fiainx brisera les dents avant quUls âsent mordre Id boite d'un histrion couronné.
Estr-ce assez? Seres-vous plus patients q«e Job, le sain^ homme qui, de son fumier, jse soidevait pour menacer Dieu? Pour vous soulever attendre^-vovus que chaque usu* rier appuie le talon sur la gorge d'un honnête homme? — que les propriétaires fassent piaffer leurs chevaux dans les rues pavées de cadavres? Âttendrez-vous que vos pauvres filles se prostituent au premier venant? ÂHendrez-^vooB que, dans chaque allée sombre, le Désespoir aiguise un poignard? -^ que toutes les femmes deviennent stériles et que tous les enfants naisseoit raçhitiques? Attendrez-vous que la maigre Fanûne broute des brins d'herbe entre les pavés? En avant!... ou c'est la Mort!
La vieille politique, les vieux partis , les vieux intérêts, l'Autocratie, la Démocratie ne sont plus que des mots. Immobilisme ou Révolution; les sociétés ont à chmsir entre ces deux termes du problème social. Et TlmmobilisDoe, c'est l'Occident, la Civilisation, tout ce qui est déjà, tout ce que nous connaissons , tout ce qui ne nous suffit plus. Tandis que la Révolution, c'est tout ce qui n'est pas civilisé, tout ce qui reste encore à faire, tout ce qui végète, tout ce qui n'a pas accompli sa destinée.
. Entre la grande pépinière d'hommes et le grand ateher de forces qui grondent à l'Est , entre l'immense cimetière de peJuples et de traditions qui râlent à l'Ouest, entre l'Aurore et le Crépuiscule, il faut faire un choix. Plus d'attermoiements, plus d'habileté possibles; il faut entrer dans
la l^uetïccidentaie à la snite de la France ou dans la ligue oriaatale^ à la soi^ de la Russie. J^ai prévu d^mis long^imnps dans tfo^ cerde de feu la fatalité renfermerait les Européens. Boui^eois du Vieux-Monde, constilaitionnels, iP^uUicatns» (Umoerates, blancs,' bleus, tricolores, roses ou roi^es,.¥(Nis êtes bien. pris. Mais Téeu, le vidl éeu, e^est votre honneur à vous. A genoux <lonc devant Napoléon lU!
XII. Je reviens sur mon idée cosaque, parce que toutes nos révolutions seront inutiles tant que nous s^v>ns emprisonnés dans les mêmes frontières et bridés par les mêmes ooaventions légales. L'histoire des cinquante dernières années, par tous nos pays, téoioigne de l'inanité d^un soulèVi^nent qui n'agite qu'une nation. Je conçois que les réfomies obtenues par ces émeutes superfidelles puissent satisfaire ceux qui défkiissent la révolution : Liberté de la presse, fiormatâkm de la garde bourgeoise, suppression des couvents, proclamation d'une constitution, suffrage universel. -Mais que ceux qui demandent l'abolition de la propriété, la suppres^n de l'intérêt , la destruction du ai0n<^e, la liberté delà circulation, l'équité de l'échan^, le rèpie du travail « l'empire des passions et du bonheur ; que c^ix-là cessent de s'épuiser contre le milieu civilisé. Où n'imprime aux cadavres que des secousses forcées : l'Occident est sans â^e.
De pw* l'organisation sodale il est défmdu à la masse bourgeoise de désirer la révolution de l'anarchie, car les intérêts bourgeois suceomberaient avec la civilisation. Et cependant l'issue de toute tentative révolutionnaire dépend de l'attitude de la bourgeoisie. Au contraire, de par leur imperc€y[)tible minorité) il est défendu aux anarchistes d'avoir une influasice décisive sur le résultat des événements révolutionnaires. Et cependant la révolution de
Tanarchie, c'est la révoluticm de la justice, la vraie révo^ lation. Gomment briser le collier d'or qui nous étrangle?
Révolutionnaires anarchistes, disons-le hautement : nous n'avons d'espoir que dans le délire humain ; nous n'avons d'avenir que dans le chaos ; nous n'avons de ressource que dans une guerre générale qui , mêlant toutes les races et brisant tous les rapports établis , retirera des mains des classes dominantes les instruments d'oppression avec lesquels elles violent les libertés acquises au prix du sang. Instaurons la révolution dans les foits, tranûrfusons-la dans les institutions; qu'elle soit inoculée par le glaive dans l'organisme des sociétés, afin qu'on ne jmisse plus la leur ravir! Que la mer humaine monte et dâiordél Quand tous les déshérités seront pris de fomine, la propriété ne sera plus* chose sainte; dans lé fracas des armes, le k^ résonnera plus fort que l'argent ; quand diacun combattra pour sa propre cause, personne n'aura {dus besoin d'être représenté ; au milieu de la confusion des langues, les avocats, les journalistes, les dictateurs de l'opinion perdront leurs discours. Entre ses doigts d'ader, la révolution brise tous les nœuds gordiens ; elle est sans entente avec le Privilège, sans pitié pour l'hypocrisie, sans peur dans les batailles, sans frein dans ses passions, ardente avec ses amants, implacable avec ses enn^ais. Pour Dieu I laissonsla donc faire et chantons ses louanges comme le matelot chante les grands caprices de la mer, sa maîtresse t
A ceux qui sont convaincus de la nécessité de mettre la civilisation à feu et à sang ; — à ceux pour qui tout est perdu, avoir et espérances ;« ^— à ceux que la cupidité des riches met dans l'impossibilité de gagner leur vie ; — • à tous ceux-là, je dis :
Le Désordre, c'est le salut, c'est l'Ordre. Que craignezvous du soulèvem^t de tous les peuples, du déchaînement de tous les instincts, du choc de toutes les doctrines?
Qa'av€z-v(His à redouter des rugissements de la guerre et des clamears des canons altérés de sangt Est-il, en vérité, désordre {dus épouvantable que celui qui vous réduit, vous et vos familles, à un paupérisme sans remède, à une mendicité sans fin? Ëst-il c(»i{usion d'hommes, d'idées et de x)assions qui puisse vous être plus funeste que la morale, la science, les lois et les hiérarchies d'aujourd'hui? Est-il guerre plus cruelle que oelle de la concurrmice oh vous vous avancez sans armes? Ëst-il mort plus atroce que celle par l'inanition qui vous est fatalement réservée? Aux tortures de la feim ne préféret-vous pas les entailles de l'épée? • '
Voyez t Tout est partagé, toutes les places sont prises ; dans ce naonde trop plein vous arrivez comme des étrangers. Dès le ventre de vos mères^ V(ms êtes vaineus ; soyez donc révoltés dès le ventre de vos mères. Ou bten allezvous-en , comme dit Malthus , un homme que les Anglais ont trcHivé choqttani de cruauté.
Je vous dis, moi. qu^il n'y a (fe vie pour vous que dans l'universelle ruine. Et puisque vous n'êtes pas assez nom^ iH'eux dans FEurope occidentale pour que votre désespoir £Bisse brèche, cherdiez en dehors <le l'Europe occidentale. Cherchez et vous trouverez. Vous trouverez au Nord un peuple entièrement déshérité, entièrem^it hmnogène, entièrement fort, entièrement impitoyable, jun peuple de j sol<bts. Vous trouverez les Russes.
Si vous me dites que ce sont des Cosaques, je vous répcmdrai qpé ce sont des hommes. Si vous me dites qu'ils sont ignorants, je vom répondrai qu'il vaut mieux ne rien savoir que d'être docteur ou victime des docteurs^. Si vous me dites qu'ils sont courbés sous le Despotisme, je vous répondrai qu'ils ont besoin de se redresser. Si vous me dates qu'ils sont barbares, je vous répondras qu'ils scmt fios pnès que nous du sôcialkmev et. que la facilité de leur
conrersion nous est prouvée par eelles de toos les peuples mixb. Si Yous me dites que tous scmt esclaves , je vous répondrai que toiis désirent la libo^ ; -^ C[ue tous sont déshérités , je vous répondrai que tous sont iùtéresi^ à la venue de la justice ; «— que tous sont soldats , je vous répondrai que tous sauitont combattre pour leurs droits; ^^ si vous me dites qu'ils nient tout ce qui œûste, je voué répondrai qu-ils sont sur le point d'affirmer tout ce qui existera. Les Cosaques seuls ont «ssez de forces vives et d'intérêts en miijorité pour faire la révolution.
.♦..*0u bien aimez-vous mieux recommencer l'épreuve des gouvernements provisoires, des assemblées délibé^ rentes , du Luxembourg ; les parades à rH6telHle--yille et les sanglantes journées de juin? Alors, pcmrIHeuI ne vous plaignez plus ; prêchez le orédit aux banquœrs et le travail aux profMf iélaires ; remettes voire tété dams la gueule du loop et votro^ bourse. à la probité des vdeurs; jouez à l'émeute avec ceux qui ne veulent pas de révolutions ; élevez des piédestaux à M. L. Blanc qui en a grand besdin, et coures à Constantinople en criant : Vive l'Empereur 1 et vive la France, la bonne patrie qui prend soin de ses enfants bien-amés! Vous dûotez, vous illuminez, vous tirea le canon. Français ! pour la prise de Bomarsund..... donc vous paierez.
Allez donc en Orient! Le drapeau tricolore flotte me toutes les coupoles, et l'on reçoit bien, dans le camp de la civilisation, quiconque offre sa vie pour la défense des privilèges qui le condamnent à mortl Mais altes donet M. de SaintrÂmaud vous comimndera, le boudber de Paris, cdui quia couché vos frères sur les pavés., l'heu-. reux émule de M. Sattisou! Mais allez doncl fils de la EraiMe, étudiants sans cœur, oommfe-voyagéurs sans tête,^ intrigants sans ressources, et vous info]H.unés prolétaires, ^v^igleamiaalsdesjsdtmpagiies! Ailes, vous généraux qui
trompez , et vous soldais qu'on trompe ; abdDdoimez vos travaux et vos foyers ! Allez, bourreaux et victimes, gémissante eolonne de mettrt-^e-fiaim ! Allez 1 £t que,
parmi les morts, votre E^eu relève les siens; qu'il les relève dbvant la postérité I !...
Es^il bien vrai. Soleil! qu'aux plages d'Ori«it, du éclaires de tes lumières vives plus d'un miUM>n d'hbmmes qui se f<mt tuar pour un vain mot, la Patrie! ? Est-il bien vrai que de ce san^ répandu , de ces chairs meurtries , de ces os broyiés , de tout œ mortier d^hommes , le Despotisnie veut élever de nouveaux autels ? Est41 vrai que cette coupe écumante ne puiâse être détournée de nos lèvres?
Oh ! du moins que cette guerre soit la démise ! Qu'elle dure assez kngtemps pour que les peuples se deo^ndent quds intérêts ils servent! qu'elle sdt assez atroce pour plonger le monde dans la skipeur ! Qu'elle soit assez inexor fable pour déc^ter PËurope occidentale 1 Qu'elle tnéne à sa suite toutes les pestes, toutes les famines et totdes les ^oncupisc^ces ! Qu'elle pousse des vaguies de Barbares sur nos capitales dépeuplées ! qu'elle se continue de maison à maison , de fi^lle à fumlle, d'homme à homipe ! Que la Délivrance surgisse de la Servitude! Que le bien s'élève de Fexcès du Mal I que la chaleur et la vie s'exhalent du isang v^rsé ! Oui, la mort par le glaive, la mort par le tzar, -plutôt que la mort par la faim et par la bourgeoisie civilisée ! — Voilà le cri que pousseront btentôt, comme moi, tous ceux qu'embrase le sooi&e de la révolution !
Xill« Quand les bonrgecMS français ont trouvé quelque bon ou mauvais mot qui tradube fid^ment leurs opinions ou leurs peurs, ils en sont fiers comme d'une victoire. Oh! comme ils seraient forts , et sur terre et sur mer, si l'on gagpait des batailles avec des calembourgs ! t- Parce qu'as appeUent le& Russes des Cosaqmi, ils se figurent
avoir renversé la fm^midable puissance de la Russie; — parce quHls m'appellent Cosaquey moi, ils s'iipaginent avoir fait justice de mes prédictions. Quand les paysans et les prolétaires de leur pays courront au devant de l'invasion révolutionnaire, ils les appelleront aussi des Cosaques , et se persuaderont avoir tarasse la Révolution ! — le plus cockney des peuples passés et futurs , nation ibrte en paroles et poitrinaire à Faction, à qui donc p^ises-tu en imposer encore?
Mais, bourgeois de France, avocats nés malins, ils s(Mit chez vous les Cosaques, comme en Russie, par millions et dizaines de millions! Car le Cosaque, c'est l'homme déshérité qui réclame bravement, à la pomte du fer, une place au foyer social; c'est l'ignorant, \e parkigeux, le brigand f le barbare — comme vous dites — en un mot, celui qui a faim ^ cdui qui a soif et à qui vous ne voulez donner ni à boire ni à manger; le Cosaque enfin, c'est le révolutionnaire par la force des choses, pour son intérêt, pour sa vie. Comptez , statisticiens de l'Institut, combien ils sont dans la belle France !
Et toi , peuple rançonné, bétonné, bâillonné, mitraiUé, famélique, quand doûc comprendras-tu que les mots sont des mots et les choses des choses,... et que les mois ne s(Hit pas des choses ? Tes vrais alliés qui sont-ils ? Seraientce par hasard le magnifique empereur de cirque, le redoutable gèlerai à la médaille miraculeuse, le grand seigneur vendéen, le banquier juif, qui s'engraissent des dépouilles de la patrie et prélèvent sur toi l'impôt du sang , le nerf de la guerre sainte? Ne seraient^ce pas plutôt ces giwux des steppes, ces Cosaques esclaves et maigres comme toi -^ moins que toi bien certainement ?
Gh ! réponds, réponds, peuple, il y va de ta vie 1 Et de même qu'en 4845, nos Cosaque aristocrates appuient à la rescousse leurs frères de l'extérieur, ouvre à deux
battants , peuple, les portes des frontières aux Cosaques prolétaires. L'autorité et la S^vitude, TOpulence et la Misère ont les mêmes traits partout , partout il est facile de les reconnaître. Prends sous ton bras, peuple^ l'homme qui souffre comme toi y Français ou étranger ; donne-4ui l'intelligence de la révolution sociale ; en retour il te donnera la force san^ laquelle tu ne la ferais poi. Les' prolétaires cosaques sont nombreux comme les sables des océans ; ils ont la torche en main... Et tu sais, 6 peuple ! que le plomb du fusil ne sufQt plus pour renverser la féodalité deFargeati
Qu'on ne s'y trompe pas. Le glorieux peuple français, le premier des peuples civilisés, est serf ccNumele peuple russe — ni plus ni moins : - — serf par le salaire, serf par la redevance, serf par l'impôt, l'aubaine, la loi, le gouver<nouent; ses fiUes et ses femmes, ses gs»*çons et ses vieillards sont serfs ; il est en tutelle pour la respiration, la nourriture et la vie; la raison d'Etat, le bon plaisir peuvent le faire mourir à volonté d'asphyxie et d'inanition. Soyez fiers, civilisés I Oh ! le superbe droit que votre droit à l'assistance ! les solides garanties que vos constitutionsvérités! l'ingénieuse invention que le sufiErage universel fonctionnant pour le choix d'un maître 1 les profondes réformes que toutes vos réformes politiques! Comme cela remidit l'estomac et meuble la tète ! !
Jç demande, à mon tour, aux pauvres Cosaques de France ce que leur feraient perdre la révolution et le peuple qui pointeraient sur tous ces beaux droits-là les gueules de leurs canons? Je leur demande quels privilèges et quels avantages ils ont à conserver en défendant la Civilisation et la Patrie françaises? Les immobilistes m'accuseront de prêcher au peuple le matérialisme et le mépris de toute morale. . . Connu / / Je leur demanderai ce que prêchaient les Vendéens et les émigrés?
Dans cette seconde moHié du dixHieuyièiiie siècle, le sphynx social nous crie de sa voix la plus terrible : M<yrt de V Homme ou Naisscmœ du Socialisrne; choisissez! Je choisis, moi, la venue du Socialisme, par tous moyens; comme tous les bipèdes à gants jaunes, je cherche la satis* faction de mes besoins. Vive la Révolution , cosaque ou chinoise, monarchique ou républicaine qui me donnera le bonheur' et qui ne m'imposera pas exUraordinairement de cinquante centimes !
XIV. Et voilà cependant pourquoi le citoyen rédacteur en chef du journal t^iïbmme me foisait dernièrement Thonneur de me comparer à Ërostrate et terminait ain^ sa bi^ue phflippiquë contre mot :
' « Nous n'accuserons pas le citoyen Coeurderoy de faire sciemment, volontairement te service des policés impérialistes : il ne nous arrivera jamais de manquer à notre conscience pas plus sur les idées qu'à Tendroit des hommes, même après les plus stupidiBs provocations ; mais nous lui dirons qu'il vient tristement en aide à la calomnie des gouvernements contre les républicains, et qu'il porterait un COUP RUM à la révolution si le peuple de nos campagnes pouvait f entendre ou le lire; nous lui dirons que tout or* gueil personnel est triste et chétif devant les questions redoutables qui nous sollicitent , et quand les nations en deuil attendent Feffort commun au lieu de la jactance isolée.
« Le citoyen Cœurderoy, nous le craignons bien, a voulu jouer un rôle, et comme tout était pris dans la République bu le Socialisme, depuis la Ranque d'échange jusqu'à Tlca- He, le citoyen Cœurderoy a inventé les Cosaques .* »
(1) Je n'ai fait subir d'autre altération au texte du journal Vffomme que d'en souligner les expressions les plus Femarquàblea selon moi.
(L'HoMMB) iiuftiéro du 34 juin 4854, article inlilulé : Un nouvel Erostrate^)
Je me sen^ ^i veine de malice aujourd'hui , cUcyen
Qi. Ribeyn^es, et malgré toutes les iBt>messes de modé^ ration que je m'étais fiaiites à cet aiidrdt, je ne puis résister à la démangeaison de tourmenter un pen cet excellent journal VHœnme. Je k» réponds en deux mots :
1^ Ërostrate était un lôu sublime, et il serait à désirer tpé parmi les vigcMireuix de la r^piublique démocratiqtie, il s'en trouvât un seul qui osât porter, comme lui, la torche sur tout ce que les civilisés adorent. Ërostrate ne fit autre chose que chasser les marchands du temple , ce qiw Jésus fit trois dents ans plus tard, ce que nous ne fêtons pas seuls; — ^ ce qu'il fcmi faire cependant. — Je ne mérite pas d'être comparé à Ërostrate !.
3^ Il y a certathes insinuations <pit, sans faire eotirtr à leurs auteurs les dangeris d'une accusation fi^anche, ont Cependant la même portée ; de cdles*là les citoyens irrér volutionnaires se montrent toujours prodigues : leur poUce officielle est chargée de les expliquer. Que vous êtes ma^ lâdroits, en vérité, citoyen^! Si je faisais le service d'une polîte quelconque, estM^e que je ne iserais pa^ de force à le. erier par dessus ks toits, moi qui ne sais riep cacher? Et puis, s'il me plaisait d'être mouchard, citoyens, à qui donc serais-je tenu de demander permission pour me vendre? A cfui donoàppartiendrait*41dè m^accuser et de méjuger? A ces citoyens vertueux qui font la police des chefs de parti, sahs doute? L'homme n'est-il pas lil^re même de se déshonorer? Et quand il en est venu à ce point dé mépris dehri-même, le ferez^-vous revenir au respect dé sa conscience, dHesHoioi, citoyens y avec vos grands principesr imprescripHbks et vos terribles jurys d'honneur? Sacbea donc, citoyen eoMrédacteur en chef delà Réforme, (^ la seide sa^^^aôgarde de Thonneur, c'est ramour-proïK-e, et
que jamais personne, ni roi ni tribun, n'aclièteun homme fier, parce que cet homme-là ne saurait pas dire lai-mème tout ce qu'il vaut. Au- surplus, et bien que Topinion soit le cadet de mes soucis, je mets au défi et vous, citoyen, et ks autres, de citer un seul acte de ma vie, un seul mot de ma langue, une seule ligne de ma pliime, qui rende votre insinuation vraisemblable. Ah! bien habile serait, à ci^ iayènSf le chef de parti réformateur qui vous guérirait de votre manie d'inquisition I -^ Quant à moi» ne d^^endant ni de vous ni de personne, je n'ai pas à m'inquiéter de l'appréciation que vous pouvez foire de mes actes ou de mes écrits.
3® A vous entendre, citoyens, il se^iblwait qu'un rôie^ dans la société actuelle, oeîa se retient , cela s'escompte, cela se monopolise ; il semblerait qu'il n'y a phis rien à prendre ni dans la République ni dans le Socialisme, que vous savez tout , que vous avez tout découvert... Il n'y a pas beaucoup paru en février, convenez-en. Et je doute que les Cosaques dont vous voulez bien à la fin m'accorder l'nmtifTiox , procèdent aussi gaucl^m^it et aussi timide* ment à la révolutron que les très-illustres démocrates du gouvernement provisoire en 4848. Je suis désespéré d'ailleurs de ne pas savoir chanter leurs louanges d'une voix ptMre et citoyenne.
XV. Toute vérité est bonne à dire, mais difiictle à émettre au milieu des scribes , des pharisiens et des docteurs. Celui-là semble cruel qui dit à un vieillard : tu vas mourir l On l'accuse de sacrilège, &'il le répète.
Mais la notion de respect e^ étaUte^ comme toutes les autres, par les majorités. Mais il y a quelque chose de plus fwrt que l'opinion , c'est la vérité. Mais il y a quelqu'un de {dus fort que tous les hommes, e^est un ho«ime libres Ceux qui flattent les vieillards, en leur promettant Téter*
nité, n^gnorent pas plus que moi que les vieillards meureiDt, mais ils comf^nt qu'ils vivront assez encere pour refaire leurs testaments en leur faveur.
Je prétends qu'il est utile de dire la vérité aux vieillards, comme aux autres hommes. Je prétends qu'il est cbarita^ ble, cpiand ils veulent courir, de leur donner un coup de fieà dans les béquilles, afin qu'ils ne se cassent pas le cou.
Quand on eondaome un assassin à mcHrt, on Ten prévient assez à temps pour qu'il puisse recommander son àme à Dieu. Et l'on n'aurait pas quelque pitié pour une société qui va mourir ) Et l'on ne préviendrait pas la civilisation scélérate quelques instants d'avance pour qu'elle ait le loisir de* faire ses dernières dispositions. C'est prouver le respect qu'on a pour Boi-méme et l'intérêt qu'on porte aux vieillards que de ne pas les tromper à l'heure suprême.
Malheureux ceux qui mentent aux mourants.
XVI. Moi qui crois que rien n'est perdu dans le mouvement universel ; — que l'homme , subissant la destinée commune, reparaît d'âge en ège, sous des formes successivement plus complètes ; moi qui regarde la mort et la révolution comme des moyens de conservation des sociétés, je considère également l'invasion comme un mode de régénération pour les peuples. Et l'histoire témoigne pour moi qu'après cette terrible épreuve, ils renaissent plus beaux, plus libr^, plus puissants et plus heureux. L'existence est un cycle d'or et de fer, d'heurs et de malheurs ; un continuel échange entre les restes de la vérole qui nous prend sur terre et les restes des vers qui nous reprennent dessous.
Pourquoi donc nous obstiner à n'en voir qu'une moitié? Pourquoi n'appeler vie que les monotones journées que nous passcftis au^essus du niveau des mers, qous rasant,
famant» Millant jusqu'à désarticulation, ne parv^iant an fond de nos bottes qu'à la sueur de notre front, tenaitl notre estomac et nos génitoires en équilibre, nous injuriant du matin au soir? £n vérité, pour peu que la vie sousterrestre soit accid^itée, elle sera bemieoup moins fasti^ dieuse que celle-H>i. — La Mort est à la fois le OMnmenoe^ oient d'une existence et la fin d'une autre* Mais elle est toujours la vie. J'en dis autant de l'Invasion. La France est morte, vive l'humanité !
XVII. Ma poitrine est gonflée de malédictions, ma langue est sifflante comme celle du serpent; ma gorge est sèche et mes yeux sanglants. Le sang coule sur les herbes flétries, et je ne puis l'étancher...,. Ce qui est écrit est écrit. .
Qu'elle descende donc l'invasion formidable, et que la moelle frémisse dans le creux de nos os ! Que les flots des mers glacées s' quille des va|ss€»ux
armés en guerre s steppes se transfor-
ment en autant l'épée nue trace droit
son sillon à tra^ Que les capitales va-
cillent sur leurs des prostituées hébé-
tées par le gin ! E*e sa face du voile de
la nuit !
Et moi je verrai les vagues s'élever en montagnes d'écume, et l'orage bondir sur leur dos. Et les vents emporteront des nations entières dans leurs maateaux déchirés. Et ces nations trembleront comme les feuilles saisies du frisson de novembre. La Vengeance , la Menace et la Mort seront suspendues sur l'humanité ; la terre s'inclinera sur son axe. Les corbeaux se tairont
JEt je me réjouirai quand l'éclair de la Destruction sigillera les ténèbres ! Et je collerai mon oreille au sol ébranlé I
Et je recueillerai les râles des OKHiraots! £t je dil^lerai mes nariœs aux veots du nord 4^bargés de poudre.
Car je oe serai pas coupable de tout cela , moi qui crie sans répit aux nations d'Occident : Arrêtez-vous, maudites, sur la pente de l'abîme I Earayez ! Enrayez î î
Voici venir sur vous les mille cohortes de l'invasion : les g^nts aux yeux verts, enfants de la Baltique ; et les Mongols cuivrés par le soleil. Enthousiastes de la mort, avides de pillage et de voluptés, ils arrivent, rapides coiûme leurs cavales^ maigres comme des loups à jei^n.
Rangez-vous par pitié, devant la gueule de leurs canons et le fer de leurs lancés. Car ces bomme$ sont durs comme des diènes verts, tandis que vous êtes c^iés comme le liége qui crie sous l'acier barbar^.
 genovx , cités superbes , filles de la Bourgeoisie ; i| n'est pas une de vos pierres qui repose honnêtement sur l'autre. Rachetez la honte de votre vie en vous préparant à mourir sans peur.
a J'ai vu l'Orient s'entr'ouvrir comme la gueule d'une bête fauve. Au fcmd le Soleil brillait, rouge, sur des armes polies. J'ai cnx voir un lac de sang; j'ai senti, dans mes veines, le froid de la mort. »
XVIII. Je végète dans ce siècle où tout s'écroule, où les hommes ébranlent avec fureur institutions et monuments. Je vois s'élever le matin de vastes projets , des alliances inébranlables, des gouvernements étemels... qui t<nnt»ent le soir. L'avenir prochain est pommelé de nuages blancs et noirs, sombres à voir venir. Bien des nations orgueilleuses de leur splendeur d'aujourd'hui seront, demain, en péril d'existence.
Le terrain est mouvant , les flots des hommes sontliouleux comme les vagues des mers ; ne cherchons à élever rien de stable sur l^ treaiblements de terre et les traînées
de poudre. Les cataclysmes sont plus forts que noifô ; ne nous mettons pas en travers d'eux ; au milieu des micAtitttdes qui grondent, les plus hardis sont les plus sages. Passons le jour, c'est beaucoup déjà ; notre lendemain est loin, bien loin, dans les brumes du Nord.
Moi qui ne puis trouver sur la terre un asile assuré ; moi qui ne recueille plus que des haines ; moi qui vis dans la révolution, qui la souffi'e, qui la pressens ; moi qui ai prédit depuis longtemps ce qui se passe aujourd'hui, je répète aux hommes : a Ne comptez pas sur des jours d'abondance ; ils ne sont pas pour nous. Nous sommes précipités sur la pente d'abtmes sans fond et sans ciel , où nous roulerons tous, hommes et femmes, vierges et débauchés, les uns sur les autres , sans pensée, sans pudeur. La suprême prudence aujourd'hui , c'est la suprême indifférence ; la suprême habileté, le suprême courage, c'est de s'abandonner à la frénésie des tourbillons. Qu'on prenne bravement son parti du déménagement universel 1
Pourquoi donc ne voulons-nous voir de sécurité que parmi la foule imbécile qui se meurtrit les coudes et s'aplatit la cervelle à force de se presser? Un immense déluge
d'hommes va se répandre sur nous Que les femmes
ouvrent leurs jambes pour les recevoir de bonne volonté, si elles ne veulent pas les desserrer de force. Et roule, ô Révolution !
XIX. Dans ces jours de réveil les aigles et les coqs pousseront des cris aigus ; toutes les patries seront en danger, tous les foyers éteints, tous les hommes proscrits..... Et cela jusqu'à ce que les frontières des nations, les limites des propriétés et les cœurs des mortels ne soient plus en opprobre à la terre qui les porte. — Alors les vagabonds et les morts civils d'aujourd'hui revivront réellement parce qu'ils se seront habitués, dès longtemps, à rester en dehors
de toute circonscription de patrie ou de gouvernement. — Alors, proscrits de toutes les révolutions, parmi les milliers de fugitifs qui dtercheront un glte^ nous compterons enfin. Résurrection qui surprendra grandement les bourgeois aux pieds plats! — Alors notre monde boursoufflé d'orgueil crèvera et sera totalement retourné ; il sera plus vieux d'années et plus neuf de façon ; il sera régénéré par la Révolution, l'ouvrière économe qui fait des drapeaux brillants avec des chiffons dédaignés ; il sera plus joyeux qu'il n'est aujourd'hui, notre beau globe verdoyant, dont l'épicier s'est sacré roi !
Rien ne conjurera ce cataclysme ; rien ne démentira mes .prédictions. L'Ocddent se tord sous la blessure de cette plume, de c^te plume de fer : hœret lateri lethalis arundot — Di«i n'est déjà plus qu'un mot. Et cependant la vapeur et l'électricité n'cmt pas encore rempli leur premier jour de création ) Oh! que la Révolution est grande quand on la voit ainsi ; s'élevant de toute sa taille dans l'immense avenir ! 1 1
Lumière des glaives, feu des canons, écume des chevaux hennissants , tambours voilés de crêpes , drapeaux teints de sang, je vous salue! Et vous aussi, anarchie pleine de grâce, juive de trente ans aux cheveux d'or, divinité lascive, je vous salue ! !
L^Ordre civilisé est mort : vive l'Ordre, l'ordre socialiste ! !
XX. Je végète dans ce siècle, le siècle de toutes les monstruosités; — le siècle qui fait mourir les jeunes gens par continence et les vieillards par luxure ; — le siècle où s'évanouissent, sur les sofas, les vieilles douairières, tandis que les pauvres filles passent les nuits sur un travail qui ne leur donne pas le pain des jours ; — le siècle où les octogénaires enterrent les enfants; — le siècle de décadence
où Ton crie: « Vivent les cadavres! £lev<»is des tombeaux I Bénis soient les ossaoaeots, la pierre et les métaux qui n'ont pas d'àme I Ceux qui marchent nous font peuri »
Bourgeois insensés, avares de gros sous et prodigues de paroles légères 1 crachez votre obésité sur vos tisons et ne dépassez pas du bout de votre nea le seuil de vos boutiques : cette fois il y a danger de mort! Cessez de défier la Révolution. Car je vous dis, moi :
a La nature est plus puissante, ptus magnifique quand elle détruit une société d'un seul coup que quand elle élève une ville maison par n:^aison. — Les plus grands enseignements saa% dans les ruines. — Aux civilisations qui s'élèvent, les conquérants; à celles qui s'abaissent, les prophètes. — J'admire les avalanches, j'aime les révolutions. — Je ne m'^verai pas contre un monde qui s'écroule ; je ne consumerai pas le peu de forces qui me restent à prêcher la révolution dans les déserts d'Occident. — Je dirai ce que je vois. — Et que pourrais-je décrire sinon des décombres? Que pourrais-je entrevoir dans un avenir prochain, sinon des peuples en marche ? Que pourrais-je ressentir dans mon cœur, sinon de poignants désespoirs pour le présent, et pour l'avenir, de vagues aspirations de bonheur, comme un éclair dans la nuit, une barque dans l'orage, une première pierre parmi des débris? — J'annonce ce qui se prépare; pour tous les royaumes du monde, je ne me tairai pas.
' Que m'importe la rage que vont soulever mes prédictions dans l'occident et dans TEorope, encore? Le monde est bien plus grand que cela. Ma parole passera dans l'air comme la foudre qui ne grcmde et n'éveille qu'un instant; elle dira : a En avant et patience I La liberté grandit en raison de la Compression ! Après les ténèbres, la Lumière I Après le silence, la Parole ! Après l'iniquité, la Justice I
AfFès les g^érations civilisées, les Générations socialistes f Après la division des langues, Tunivorsel Langage I Âp^ès Babel« la Terre-Proi^ise I Après la concurrence et la baine^ l'accord des intérêts et TAmour! Après les semailles, la Mois&on 1 Après; un bonune, rHufioanité \ Après cette vie, iine autre Vie!!
L'Onent exagère la force ; j^exagér^rai la Liberté. Anar-^ cbie contre Terreur 1 Que chaema fasse toute sa tâche! Que la Déoompositicm marche par le Fer et per la Plume ! à chaque jour »ÉBt sa peine! Aux Cosaques^ le Glaive; à nous, la Pensée ! Démolissoiis jusqu'à la mort I nos enfants feront le reste. ^ ne serons-nous pas nous-mêmes les enfants de nos enfonts? — L'homme revit dans l'humanité.
XX.I. — Une voix intérieure me crie: A l'œuvre, fils de l'homme ! Un monde s'écroule !
Prends une pierre parmi ses décombres et grave ton nom sur cette pierre. Puis ouvre une de tes veines et laisse couler ton sang dans les caractères que tu auras creusés. Et ces caractôres deviendront rouges. Et cette pierre résistera à la pluie, à la sécheresse et à la gelée. Et ton nom sera gardé, parce que tu auras dit vrai !
A l'œuvre, fils de Fhommel Tu vivras {dus longtemps que la Gvilisatîon. La Civilisation passera conmie toutes les formes sociales essayées par l'humanité, tandis que l'homme vit autant que son espèce ; il ne meurt que pour renaître, il ne renaît que pour mourir.
A l'œuvre, fils de l'homme ! Tes jours sont comptés. Ghaqtie heure qui nous arrive amène sa pensée ; chaque heure qui nous fuit l'emporte. Et les pensées passent inutiles si elles ne sont pas fécondées par le travail.
A l'œuvre, fils de l'honune ! à l'Orient l'épée s'avance, accumulant déç monceaux de cadavi^^. Il faut qu'à TOc-
cident, Tldée marche du même pas, s^élevant sur des débris de préjugés. Il a surgi dans TOrient un homme fou de pouvoir : qu'il suivisse dans rOccident- un homme fou de Liberté !
A rœuvre, fils de Fhomme ! Que le problème sodal Soit posé nettement, fièrement ! Que la Prophétie hurle, hurle plus haut que le Canon I Qu'il ne soit tenu compte ni des agonisants, ni (ks invalides, ni des diplomates, ni des propriétaires conservateurs , ni des propriétaires démagogues? Un corbillard et des pleureurs en bonnes tricolores nous débarrasseront de tous ces cholériques au teint jaum ; — quelque abbé Bûchez du Néo-Catholicisme priera TEtemel pour le repos de leurs Âmes. — Avec dix centimes nous en verrons la farce.
A l'œuvre, fils de l'homme ! La Bourgeoisie est un cadavre infect ; les gouvernements de l'Occident sont des masques usés; la Démagogie traîne piteusement, parles chemins d'exil, son squelette rouge. U n'y a que deux forces vivaces en présence : leTzarismeet le Socialisme, l'Absolutisme et la Liberté 1 Le Tzarisme, c'est la Démolition, la Révolution de demain : Le Socialisme, c'est la Reconstruction, la Révolution du jour suivant.
A l'œuvre, fils de l'homme! Fatalement, le Tzar, le vieux bouquin du Nord est le fiancé de la Révolution, la fille aux traits heurtés, noirs de poudre. Mais, à quand la nuit des noces, à quand le paroxysme de la Cimcupiscence? à quand la décollation de l'Holopheme roux de
St.-Pétersbourg ? La vierge ne sera pas déflorée : je le
jure !
A l'œuvre, fils de l'homme ! Encore quelques années de lutte, et de la mêlée formidable tu seras retranché. Nos forces ont un terme ; il n'est pas donné à un seul de résister longtemps aux malédictions de tous. Quoi que nous fassions, nous sommes hommes, et trop sensibles à la calom-
nie, aux larmes e% aux malheurs; pour un mom^t de haine féconde, nous soufirons bien de longs et stériles joujRS de découragement ; le repos ne nous vient qu'avec la mort. La Révolution change souvent de serviteurs.
A ToDUvre, fils de l'homme ! Grandis par la volonté; ^nds ton attraction 1 Qu'imp<H*te si les partis morts t'accusent de nuire à leur cause? Leur cause n'est pas celle de la Révolution^ — Qu'importe la désapprobati<m des civilir ses? Est-ce que ces gens-là ont une opimon ? Est-ce que leur af^NTobation ne suit pas le fait accompli comme l'ombre suit le corps. Demain, ils te voleront ta folie et réclameront la priorité de tes prédictions. Ne t'occupe d<me que de dire {dus vrai qu'eux. — Qu'importe encore que tes parents te reprochent de sacrifier leur quiétude à des pensées plus grandes? Ta famille n'est pas la grande famille de l'avenir ; de même que la France n'est pas l'huii^nité ; de même que la Démocratie n'est pas le bonheur. L'immense lendemain te réserve une réparation éclatante. — Que te font tes contemporains? Ils vivent où ils sont ; tu vis où tu seras.
A l'œuvre, fils de l'homme! Crie : tout ce qui est fait par l'épée est défait par l'épée. — La Révolution aboutit par tous moyens ; tout lui est bon pour s'élever, les ambitions gigantesques des monarques et les vaniteuses susceptibilités des tribuns. — Elle passe sur les rois qui la compriment d'une manière insensée, et sur les peuples qui la font maudire par des excès inutiles. — Les hommes reconnaîtront enfin qu'elle règle leurs destinées ; elle descendra parmi nous.
A l'œuvre, fils de l'homme ! Si la civilisation peut faire souffrir des millions de tes frères par sa force brutale, rends-lui le mal avec usure, et pour eux et pour toi. Et que tes prédictions la fassent trembler d'une sueur glacée!
XXIi. Les glaives sont hors des foarreaox, les lances au poing. Fouetté par l'acier nu, le T^nps, le vieux coureur, bondit et s'élance au galop. Les événements se pressent; les années se tassent: du Nord au Midi les hommes se sont mesurés d'im œil sauvage. -^ Hurrahl
Je n'ai pas le temps de devoir savant. Pendant que je poursuivrais la Science, aux écarts gigantesques, le siècle aurait fait son grand oeuvré et je n'aurais rien prévu. Je ne puis tout dire à la fois. Si la vie m'est prêtée, chacune de mes paroles viendra en son temps. Si grand est le nombre des questions redoutables posées devant les sociétés , que les jours d'un homme ne suffiraient pas à les énumérer. Entre deux révolutions à peine pouvons-nous reprendre haldne. Je ne saurais me fermer les narines et les yeux : je sens, je vois le sang. Le Démon me tord les entrai&es et fait vibçer ma langue contre mes dents. — Hurrah !
(( Une irrésistible puissance me force à dire vite et confusément ce qui doit se passer confusément et vite. Pécris sur les ruines d'un nK)nde ; comment ne seraîs-je pas agité? J'annonce l'universelle anarchie : quel ordre pourrais-je observer? d * — Hurrah î En marche, armées I Courez sur les veines de fer, les veines dé fer de la vieille Europe. Hurlez, chargez, défiez-vous, machines contre machines, esclaves contre esclaves ! Hélas ! hélas î que de familles en deuil ! Que d'hommes mutilés ! Que de larmes ! Que de dents qui grincent ! Que de veuves I Que d'enfants perdus et semés partout î —7 Hurrah î
En partance, navires! suivez les grandes routes, les grandes routes de la mer. L'immense Océan vous traînera sur ses vagues à tous les coins du monde. Hélas! hélas! que de villes en cendres! que de richesses abandonnées suF tous les rivages. — HmTah !
(I) Joun d^eviL par Ernest Cœwrderoy.
Vous, fléaux nos alt^, peste à la peau sordide, choléra décharné , paraissez I Et vous , concupiscences mons*trueuses, crimes inou£s, famines sombres, meurtres d'hommes et meur^es de peiq>les, cherchez des cadavres par les rues ! Lugubres incendies, atroces naufrages, tremblem^its de terre, éléments en fureur, donnez-vous carrière partout I L'espèce humaine doit recevoir à iKmveau le baptême du sang. — Hurra^ !
Dans le fracas d^ armes je jetterai ces lignes. Comme elles me sont venues, on les lira. ^Wes devanceront de peu de temps les événements qu'elles prédisent. On les nommera les éclairs du grand Orage. Ce qui va s'accomplir est écrit. — Hurrah !
XXIII. C'est moi qui écrivis autrefois ces paroles grosses de terreur : « Que les Cosaques viennent ; qu'ils viennent et qu^ils soient bénis I ne sont-ils pas nos frères? » — On appelle cela un Crime; c'était une Prophétie.
Depuis, les Cosaques ont paru, les beaux Slaves à tous crins. Sur les bords de l'Hellespont, les peuples ont entendu le hennissement de leurs cavales maigres ; les trônes d'Occident ont penché, et l'Europe bourgeoise a senti trembler ses comptoirs. — Je le savais.
Avant six mois ceux qui m'appelaient fou me proclameront sage. — Je n'en serai ni plus grand ni plus petit.
XXIV. Assez rêver, prophète! Debout I debout! Déjà l'acier des armes fait resplendir l'Orient ; déjà le soleil est haut dans sa, course bénie; déjà les sillons sont comblés par les morts ; qui donc se lèvera matin si tu restes endormi aux bras de la Paresse?
Assez rêver! Ote tes gants de ta main et écris. Ne prends soin ni de ta toilette ni de tes cheveux ; laisse danser le inonde frivole à l'harmonie de ta voix !
Les Balthazars modernes s'enivrent chaque soir dans de nouveaux banquets; ils appellent cela faire la guerre. JMfôiis la main a reparu, la main sanglante qui traçait, ;3ur les murs des salles de festin, ces trois mots : Manè, Tkècd, Phares!