‹ Hourrah!: ou la révolution par les CosaquesChapitre 43 sur 56 · VISION VIL · texte numérisé non relu

VISION VIL

Buine!

« Tout à coup un effroyable éclat de tonnerre frappe mon oreille assoupie. Je me lève chancelant. »

Schiller.

En ce moment j'entendis tm grand bruit semblable au fracas de mille roues d'engrenage; le ciel devint rouge comme un lac de sang, et la terre noire ooimixie uue .sphère d'ébèae.

Et ma frayeur fut si grande que ma main se serra convulsivement sur la pluaoe ardente ^qu'elle la courba en dmix.

Alors l'AngQ : <t Malheur à ceux qui ont pi^ovoqué ma colère, car rien ne saurait en suspendre le cours. Quand les Civilisés m'apporteraient des montagnes d'or et de diamants, et des greniers de parfums *et de fruits ; — pour me corrompre !

» Quand ils r^iniraieDt tous les princes de la science, tous les renards de leur diplomatie , tous leurs foudres de guerre , tous leurs grands-^prétres, toutes les puissances de la terre; — pour m'implorer !

» Quand ils déposeraient à mes pieds les vierges de Géorgie, et les Andalouses pleines de feux , et les courtisanes de Pans , habiles daius l'art des voluptés faciles ; — pour m'attendrir I

» Mon bras ne se relèverait pas !

» Entends donc sans frissonner la trompe des mortels et les éclats d'airain du cor de la Destruction. Car ma voix remplira l'espace. Je suis l'Ange exterminateur ! »

VISION Vin.

I/armée «1'1iit»sIoii.

« D*oii viennent ces familles fugitive?... Qui sont ces peuples sortis des quatre coins de la terre?... Le fléau de V^en les C9nduit. »

Chàteaubeiand.

Un rayon de lumi^ sortit alors du doigt de l'Ange. Et ce rayon se dirigea vers le Nord en s'élargissant comme un éventail de sapUr ;

Et je suivis le prisme impalpable qui miroitait dans l'air ainsi qu'un regard du soleil dans lequel se jouent des paillettes de poussière, des gouttes d'eau et des ailes d'inisectes.

Et voici : je vis des flammes courir sur les neiges, pomme des feux-follets ;

Et les maigres coursiers de l'Ukraine brouter le lichen

et la mousse amers, et la menthe poivrée qui croit du bord des étangs.

£t ces coursiers ne cessaient de hennir ; ils frappaient la terre de leurs sabots; le soufre et le sang sortaient de leurs naseaux : ils portaient leurs tètes aux vents du Midi.

Et je vis, dans une plaine immense, sur les bords du golfe de Finlande, une grande multitude d'hommes.

Leurs statures étaient colossales; leurs tètes, osseuses; leurs yeux, verts et gris; leurs peaux luisantes et leurs barbes incultes, comme des tiges de chiendent brûlé.

Et ils arrivaient dans cette plaine de tous les pays qu'habite la grande race des Slaves, comtne des cours d'eau qui se rendent à la mer.

Il en venait du Midi et du Nord , du Couchant et de l'Aurore. Il en venait d'Asie; il en venait d'Europe. Les uns avaient quitté les fertiles plaines de la Pologne, la Syrmie riante; et les autres, les déserts de là Tartarie; Ceux-ci étaient descendus des sommets orgudlleux de l'Olympe et du Rhodope ; ceux-là , des flancs du Caucase et de l'Himalaya riches en métaux.

D'autres avaient grandi, buVant chaque matin la neige des Krapacks brûlée par le soleil levant.

Us accouraient de la Bohème^ de la Hongrie, de la Yala-^ ladiie, du littoral de l'Hellespont et d^ beaux rivages du Danube. Us étaient descendus des bords glacés de la Bal-^ tique, de la Sibérie désolée, du Groenland et de la Laponie qu'on ne connaît pas.

L'on remarquait parmi eux le Eamschatdale stupide ; le Samoyède, à la chair olivâtre; le Mongol et le Tartare, à la face écrasée; le Géorgien au beau profil, le Hongrois à la taiUe déliée, le Polonais plein de bravoure, le maigre Cosaque , l'Albanais riche , l'Arménien bronzé et le Russe flegmatique.

Si6

Non ! pai$ même BXtL jours d'Attila ou de Oengis , on ne vit la terre couverte par tant de vagues bumaines !...

GmsHÂ portaient des peaux (te bètes à peine suffisantes pour les garai^r du froid ; eeux-là étaient couverts des costumes les plus somptueux de la Civilisation et affectaient, d&ns leurs manières, l'élégaiK» des ^andes villes.

Tous perlaient des langues diverses, les idiomes les plus sauvages et leA dialec^;es les plus recbercèés. Us ne s'enteodai^t que lorsqu'ils criaient : Gukuib l GiKfSTAifTi- NOPLE I Pahis 1 1

Après eux Us avaient entralaé femmes» enlaats, prêtres, animaux, tentes : tout ce qui est nécessaire aux migf^a^tioâs lointaines.

Et toute cette foule campait au miKeu de la plame immense. Le bruit dea voii; n'étarl. interrompu que parte roulement des tambours, les fanfares beHiqueuses et les salves d^artiUerie.

Les hommes se gorgeaieal de viandes^ salées , d'écorces de pins et de châties ; de genièvre, d'orge et d'avoine fermentes.

Et Fivresse les rendait fonas. £A ils sautaient sur le dos des coursiers, les ÊEisanl bondir par les stefipes eomme des chevreuils blessés à la tâte.

Les fenunes et les enfants, couverts d'étoffes voyantes, criai^t : « Courons ai^ pays du soleil que nous ont promis aos devins l »

Les prêtres arrachaient les croix de la terre et les aiguisaient sur les pierres des tombeaux*

Et les vieillards tombaient à genoux aux pieds des doefo, les suppliant de ne pas les bosser a« milieu èes dései*ts, et promettant de supporter tes fatigues de la route.

Je vis encore des arsenaux pleins (te poudre, des fusils des glaives, des lances et des boulets de canon :

Gamme des (Bufe à^^ u^e fpujçmiHèrç !

Il y avait dans cette armée de quoii;^>eujder le monde. A Sai^!f-jpét^sjH)urg était «on état-majoç.

VtSlON IX.

Atttl».

«Quand, s'ftpprétant p^ur un carnage qu'il voit s'approcher, l'aigle allonge ses serres dans les deux, aussitôt les aiglons accourent à son appel... Tu eft notée sei^njA, père, 4 tzar» nous te suions partout,^ et, s'il le fstut, dans le tombeau i » Lermoutôff.

Et voici : du milieu dç ces hommes sauvages ; il s'en leva un, pevétu des jn^sigriNes du commande^ient*

Aussitôt ijes clairons sonnèrent aux chafl]{)s, hurlant :

« Le lion est monté hors de son hallier, et le destructeur des nations est parti ; il est sorti de soû lieu pour réduire le pays en désolation. »

On étendit un drap d'écairlate sur le plus haut des four- ' gons. Et le chef des nations y monta , faisant signe qu'il voulait parler.

Alors, les autres hommes se turent , comme se tait Fesclave devant le maître qu'il redoute.

Et cet homme s'écria :

« Slayes ! 49^1» la renommée s'est étendue par le monde ! race ancienne e( noble qyi n'as pgs enoore accompli tes destinées ! race propre à la guçrre et aux fatigues ! En ayant ! En avant ! I

» Elle est venue, Theure que uous attendions depuis des

siècles dans le silence de nos ressentiments! Entendezvous crier les aigles?

» Ceux qui nous appelaient barbares ont couvert le monde de leurs souillures. Et le monde s'est lassé de les subir!

» La Providence nous a choisis pour frapper les peuples, pour les renverser et les broyer sous nos pieds , comme le fléau disperse et brise le froment sur Faire.

» Un rayon d'en haut me guide. Je suis le roi des rois. Grand pour détruire, je jure de ne pas me laisser gagner par le sommeil , et d'étendre ma lai^e main pour punir ceux qui me bravent.

» Je serai cruel et sans pitié ; je passerai sur les Civilisés comme un torrent furieux ; avec l'épée, je les frapperai , et je les gouvernerai par le fer.

» Je vous donnerai leurs bois pour y paître vos cavales et leurs guérets pour y parquer vos bestiaux. Je récompenserai tous ceux qui me servent loyalement. Chacun de vous aura sa place au soleil, et sur sa table, des vins généreux.

» Je vous donna^i leurs femmes et leurs filles afin que vous les rendiez fécondes. Par nous, leurs sdences et leurs arts seront recréés ; entre nos mains, leurs machines renverseront Dieu l

» Je suis le roi des armées. Je méprise la vie des hommes qui ne me secondent point. Je ne suis qu'un mortel, mais je suis plus fort que Dieu , car je fais trembler la terre en la frappant de mon pied. — Entendez !

» Voyez I les Civilisés invoquent le Dieu de leurs pères ; ils jeûnent, prient et baisent la cendre des chemins

» Et le Dieu de leurs pères ne les exauce pas !

» Ils ressemblent à ces femmes , vieilles déjà , mais dévorées de désirs, et qui n'ont plus assez de charmes pour réveiller les sens de leurs anciens amants.

» Qu*il revête sa vieille armure, PEtemel de leurs armées! Qu'il amène contre nous ses troupes î Ou plutôt, qu'il me défie moi-même en un combat singulier !

» Et voici : jeramasserai les hommes comme des pierres. Et je les rassemblerai comme un rocher. Et je précipiterai ce rocher sur les vallées, et je suspendrai le cours des fleuves.

» Et j'établirai mes fils et mes généraux que j'ai bénis sur tous les trônes des rois de l'Europe ; et ils se reposeront entre les mamelles des princesses ;

» Et je me ferai bâtir un palais comme les mortels n'en virent jamais, plus spacieux que le Whallallah, plus splendide que le Paradis !

» L'aigle se fatiguera pour en faire le tour^ et la plus fine de mes courtisanes n'en saura jamais tous les secrets;

» Car je ferai venir pour l'élever les plus habiles artisans de toutes les nations; et ils n'y travailleront qu'une année ;

» Au bout de ce temps, l'édifice de ma gloire s'élèvera contre le ciel , et je renverrai les ouvriers dans leur pays, les mains pleines.

» Et je ne «ouffrirai pas de pouvoir rival ni dans les Cieux ni sur la Terre ;

» — Car tout empire divisé est un empiré mort. —

y> C'est pourquoi j'abaisserai les prêtres et les docteurs et les princes, et leur ferai tenir mes étriers ;

« Et il n'y aura pas une créature vivante qui ne subisse ma loi ;

D C'est pourquoi aussi je m'appuierai sur les masses d'hommes que j'aurai conduites à la conquête, ne les traitant pas en déshérités, mais répandant sur eiix l'instruction et le bien-être ;

» Afin qu'ils soient bien réellement mes frèreç d'armes

et mes en&ats, afin, qu'ils ma gardeut des çon^plût,s des grwds;

» Car ru^égalité est mère des I)43cordes. Et là où on élève dfô» statues à beai^coup de Dieux, on les renverse un jour sans, respect comme des images vaines. »

Des h^rraJto formida^^les acQU^Uii:eBt ces paiioles.

Et les arbres et les pierres en furent ébranlés.

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