XX.V. J'exfdiquerai ces mots
Manè. — Les hommes d'Occident sont divisés dans le travail de leurs mains et dans le travail de leurs tètes. Us sont vieux ; leurs jours sont comptés.
Thécel. — Avant que le coq gaulois ait chanté trois couplets de la célèbre Marseillaise, ils auront abandonné leurs drapeaux, jeté leurs fusils dans les fossés ; ils se seront débandés comme des passereaux. Et les cantinières, relevant leurs cotillons par dessus les épaules, leur crieront : regardez, regardez comment sont faits les hommes I — Sabaoth ! Sabaoth ! !
Phares. — Leurs propriétés seront saccagées parce qu'elles ont été acquises par la rapine. Leurs femmes seront violées parce qu'ils les ont marchandées comme des >. prostituées. Les biens et les baisers et le luxe du Midi seront prodigués aux jeunes Cosaques, les beaux Slaves aux armes brillantes !
Makè, Thêcm., Phares. G'est-à-dire, en langue civilisée : Décadsnce, Trahison, ËNVAHissEiaBiT de L'OccroENT. — MORT DU MONDE. — C'est-à-dire, en langue socialiste: Transformation, Rénovation, Révolution, Conservation, Progrès , Résurrection de l'Humanité. — VIE NOU- VELLE.
XXVI. Ecoutez ! Le cor chante un pamphlet sanglant. Le glaive étincelant du Nord va passer à travers 1^ nations ; il fera couler leur sang comme l'eau des f<»itaines.
Les raees seront confondue dans un cbaos sans fin et dans des guerres sans trêve.
Jusqu'à ce que rHumanité soit régénérée par im pria^ pisine douloureux, une eopulation à perdre haleine et des jouissances sans frân ; — depuis l'heure de l'Etoile du berger jusqufà celle de l'Aurore aux doigts halûles. — Gloiite à toi, Mylitta I
Slaves, mes frères, du fond des grandes villes d'Occident, je tends lès bras vers vous. Que votrb rè6iib auhtb ! Délivrez-nous du mal ;' — je veux dire, de l'Immobilisme et de la Civilisation du Monopole !
AINSI SOIT-ILII
Aux époques de destruction et de dôk^ jamais
prophète n'a manqué.
Les prophètes étaient des hommes jeunes, obscurs et souffrants qui dierehaient la volupté dans la douleur, l'orgueil dans la contradiction, pour qui c'était un horriUe travail d'écrire, et qui ne le faisaient qu'au prix de leur santé, la fièvre aux mains, la rage au cœur.
Ils semblaient, dans la vie, comme des étrangers ; ils se respectaient trop pour travailler ou mendier comme le vulgaire. Leur pain leur venait, morceau par morceau, de l'avarice de leurs parents ou de la méchante curiosité du public, n leur en fallait peu, car leur estomac s'était rétréci dans les angoisses, et souvent l'agonie de la faim leur eût semblé douce.
Ils n'étaient pas savants, mais ils étaient droits et confondaient les docteurs. Ils manquaient de mémoire, mais ils avaient la prescience. Par les temps d'orages, ils sentaient l'électricité traverser leurs corps frêles ; devant l'Univers tremblant, ils prenaient conscience de la faiblesse de leurs personnes et de la force de leur volonté.
Le peuple, le gros da peuple, les dédaignait d'abord et détournait la tète sur leur passage. Puis, un instant, il Imr prêtait Toreille comme à des fous plaisants. Enfin, rendu forieux par les princes des prêtres, les savants et les soldats, le peuple lapidait les prophètes, iôs crucifiait et les jetait dans les fosses avec des bètes aflfomées. fit quand les prophètes étaient morts, le peuple ouvrait les yeux et les pleurait.
Les gens de leur pays ne les croyaient pas. Us les avaient vu si petits et4si bibles, qu'ils ne pouvaient s'imaginer qu'ils fussent devenus grands et forts. Us leur portaient envie, cette envie sourde et muette des ignorants qui ne savent pas lire dans les âges futurs.
Les rois en avaient peur, car la responsabilité des malheurs qu'ils prédisent retombe sur les tètes couronnées. Les rois les consultaient souvent; mais épuisés bientôt par la Fatalité plus forte, ils ne pouvaient échapper aux poursuites de leur destinée.
Et tout ce que les Prophètes ont annoncé; le Temps Ta fait
Le travail fiévreux, les joies amères, les souffrances inspirées du prophète, je les connais. De toutes les gloires humaines, celle-là seule me tenterait qu'ils ont eue en partage. — A chacun son sort dans cette vie.
Il faut que je sois calonmié et poursuivi afin que, l'aiguillon m'entre dans les chairs. Car je suis paresseux de nature. Et la tranquillité me rendrait plus paresseux encore.
11 faut que l'Envie, l'araignée du sdr, passe et rq>asse sa toile d'oubli sur tout ce que je fais pour un long temps. Car je suis affectueux de nature. Et le succès me rondrait plus affectueux encore.
Il faut que partout l'asile paisible me soit rofusé. Car je
je suis sédentaire de sîature. Et le temps n'est pas au repos.
Il îaxLt que je Imsse beaucoup de mes pensées à exprimer, afin que, parmi les lioimnes, plusieurs soient portés à étudier Tavenir, à tourna leurs yeux attristés vers te jeune soleil qin re^leiidit de lumièdre.et de joie.
La nuit , des rêves et des visions descendent sur moi, génies caressants 1 Je leur fais bon accueiL
Tantdt c'est une étoile qui me dit avec sa voix enchantée : a YoÈs , mais vois donc comme je suis élevée dans le ciel! Pour moi rien n'est haut, rien n'est étemd. Les hommes me semblait comme des moucherons et leurs villes comme des fourmilières. Les plus longs, les phis brillai^ de vos siècles, que sont^41s pour moi? des fractions àe secondes dans le tenqMs étemel !
« L'alouette vaniteuse ne monte guère qu'au niveau dee pics de ^ce ; et moi, je me tiens par-delà les régions obérées. L^alouette est grise et je suis plus éclatante que le brillant le plus pur. L'alouette est lasse au bout de quelques instants , elle retombe à 4erro pour reposer son afle ; et moi je scintille toujours , et toujours je suis jeune, et je ne ck)ii&ais pas la fetl^e.
a Quitte un instant la terre, misérable grabat de poudre et dé sable. Monte ici ; je t'étendrai sur ma couche magnifîque, et jusqu'au fcmd de tes yeux éteints, je regarderai avec mesl)eaux yeux. Viens, je te ferai perdre le souvenir <ks peUtes affidres de Um temps. Et de l'aube des siècles jusqu'à leur dédin, tu dormiras bercé dans des sphères d'harmonie.
a Ahim, tu «{^prendras à jc^er la partie d'aju^ le tout, et à ne pas faire autant de cas de la vie des insectes. »
Tantôt c'est un éclair, plus rapide que lé délire , qui me
jette en passant ces brèves paroles : « Je fuis, je fos ; je traverse Tespace et la foudre m'annonce. L'espace n'est lien pour moi, et j'«& prends connaissance en rillanBnant. Je viens de bien loin, de Fatdi^ des mondes , dont vous, mortels, ne soupçonnez même pas l^xistenoe.
« Les plus spacieux , les pliû fertiles des univers , que sont-ils pour moi? des grains de sable dans des océans sans bornes! Et votre terre, qu'est-elle? le plus imperceptible de ces grains de sable !
a L'homme bavard est fier de ses locomotives parce qu'elles peuvent faire quinze lieues à f heure, parce qu'dles secouent dans les airs de petits panaches de fumée, parce qu'elles traînent après elles des faUots rouges, parce qu'elles hurlent et sifflent comoûe des chouettes surprises par le jour. L'homme appelle cette forcée une force iiiiernale.
«citais moi, ^ je parcours quinze univers à la seconde; moi, j'étouflFe, dans leurs embrasements, des contrées entières ; moi , je suis plus rouge que les feux de l'enfer ; moi, j'ébranle le firmament de ma voix sidérante. J'ai été conçue dans les premiers transports d'amour des mondes.
« Vole, vole vers moi 1 je te ferai glisser, plein d'e&oi, sur ma traînée de soufre. Et d'un bout de l'univers jusqu'à l'autre bout, je te mcmtrerai tant de merv^les, que les guerres, les révolutions et les intrigues des hommes te paraîtront comme des jeux de petits enfants. »
« Ainsi tu apprendras à juger la partie d'après le tout, et tu assisteras sans t'épaouvoir aux luttes des insectes. »
Souvent, dans la nuit sombre, j'allume le dgarro de papel, aufeu vivace. Et. je m'écrie : feu que j'aspire brûlant, puisses4u circuler dans mes veines et rendre ma parole semblable à un incendie ! O ma pensée, ma pensée I parviaidras-tu jamais à te détacher, brillantet sur le fond terne de la civilisation?
Hélas! dans l'immensité, dans le temps éternel, je ne
suis rien de plus que ce cigare de papier. Le feu de mon àme consumera mon corps; mes chairs deviendront cendres, et ma pensée, fiimée. Qu4mporte? Eclairs, Foudres, Etoiles^ Âmes des mondes, Esprits des éléments , je suis à vous pour aussi longtemps que le permettront mes forces, pour aussi loin que pourra s'étendre ma vue.
Faites que, d'une main, je soulève un coin du voile qui cache l'avenir, et que , de l'autre , j'amène à contempler ce grand spectacle l'Humanité tremblante, impatiente cependant de connaître ses destinées.! t