‹ Hourrah!: ou la révolution par les CosaquesChapitre 7 sur 56 · A, — PREUVES TIRÉES DE LA FATALITÉ · texte numérisé non relu

A, — PREUVES TIRÉES DE LA FATALITÉ

I. Tout se renouvelle dans la nature. — La vie ne s* entretient que par une série de transformations. — L'évolution sociale est une révolution continue. — La révolution, c'est la conservation.

La société actuelle est atteinte d'un mal organique dont elle ne peut être délivrée que par une révolution intégrale.

La Civilisation ne suffit plus aux besoins de l'humanité, à ses aspirations, à ses ressources ; elle se rétrécit et vieillit chaque jour, tandis que chaque jour l'espèce s'accroit et rajeunit. Le cadre n'est plus en rapport avec le tableau.

De deux choses l'une : Ou la Civilisation va succomber ; — ou bien va disparaître la race humaine qui souffre par elle la Misère, la Faim, l'Esclavage, — et aussi l'Opulence.

Mais la société civilisée étant essentiellement temporaire, d'origine et de conventions humaines, de destinées accora-

plies; tandiis que la société humaine est indéfiniment durable» d'origine virtuellement ét^nelle, et de destinée inaoootnplies pour la plupart ; — il en résulte que la Civilisation doit disparaître et non pas rHumanité.

Uethnographie d'Europe doit être changée aussi. --^.li y a une trq) grande disproporti(Hi entre les peuples qui habitent Torient et Voecident de celte partie du monde. La Russie ne peut pas rester toujours ccmisse à présent» au nnlieu de scm cort^e de nations, isolée des sciences et de la vie int^ectueUe du Midi. De leur côté, les nations de l'Occident ne peuvent plus v^ter ainsi sur ellesmêmes parce qu'elles sont épuisées de sang et de vigueur, et que leurs crois^nents sont inféconds.

Cette division contre nature des peuples permet que des doitûnatiims absolues et unilatérales les écras^]it; matérielles comme celle de la Russie, commerciales comme celle de TAngleterre, ou intellectuelles comme celle de la France. Et jamais il ne sera dans Tordre qu'une nation absorbe les autres, de quelque façon que ce soit. D'ailleurs elle ne peut acquérir sur elles cette supériorité relative qu'à la condition de leur devenir inférieure sous beaucoup d'autres rapports. Le développement exagéré d'une spécialité entraîne le défaut d'équilibre et la maladie dans l'homme et dans l'humanité.

L'ethnographie d'Europe doit être changée. — Les nations du Nord n'ont pas assez d'initiative et d'instruction pour réalisa leurs tendances vers l^alité, la Liberté e^ le Bonheur. Et cependant , leurs notions morales ne leur permettent déjà plus de vivre dans l'esclavage , comme elles ont pu le faire jusqu'à présent. — Quant aux nations du Midi, elles n'ont plus ni assez de terrains libres ni assez de ressources inemployées pour continuer de vivre sur le principe du monc^e, comme peut le faire l'Amérique, par exemple. Quand les émigrations sont nombreuses d'un

continent à l'autre, o'est un signe certain de décadence du continent qui les fournit. Il en est des nations comme des hommes et des arbres ; elles commencent à dédiner dès qu'elles se reproduisent, envoyant des rejets dans toutes les directions. Tous ceux qui devaient échapper au prochain cataclysme européen se sont sauvés vers de nouveaux mondes. De là , ils pourront voir les flammes de rincendie qui nous dévoré ; là ils concourront activement à de nouvelles combinaisons ethnographiques , tandis que nous assisterons, passifs, à celles qui bouleverseront l'Europe. Ils se sont réfugiés dans Tarche; nous subirons le déluge.

En ce qui regarde FEurope occidentale, Torganisme civilisé y domine incontestablement. Il a pour lui la majorité des intérêts, le sceau du temps, les gouvernements, les années, et à défaut de la justice, Thabitude^ le préjugé, l'opinion. Il se défendra jusqu'à la mort avec l'implacabiHté du désespoir. C'est un rêve que d'espérer le vaincre par la persuasion , l'enthousiasme et l'appel à la justice. Qu'on en prenne son parti : Contre la Force civilisée il faut une Force supérieure î î

II. Je cherche quelque part cette force supérieure, instrument de révolution palingénésique, doai la nécessité m'est démontrée. Je cherche une forcb , dis-je, car I'idée ne fait que sa tâche. Et si l'idée propose, la force dispose ; — que cette force s'appelle IKeu , Tzar, nation aavahissante ou multitude insurgée.

Il est vrai, sûr, incontestable, comme parole d'Evangile, que le monde officiel civilisé n'a ni le courage, ni la force, ni le temps, ni la volonté nécessaires pour se détruire luimême. Le suicide n'est ni dans les désirs, ni dans les facultés des vieillards ; l'idée d'une transformation, la vue de la jeunesse les effraient.

H e^t nm moins vrai que le monde révolutionnaire civilisé ne renferme non plus en lui ni la majorité, ni T union, ni r^ctivité, ni lespHncipes, ni Tenthousiasme» ni Tinfluence indispensables pour modifier le milieu qui Tentoure, soit par la Force, soit par la Conviction.

Il €^ également sûr qde le monde national civilisé n'existe plus. DeLiverpool à Marseille et de Gènes à Nantes, la patrie, c'est le marché. Tous les peuples d'Occident sont serrés en unseul faisceau, autour de leurs intérêts matériels ; tous invoquent la paix , tous prient pour la conservation de ce qui existe. Le nom de la nation ne çert plus gq^re que de pavillon à la marchandise.

Le monde civilisé national et révolutionnaire, la sainte-' alliance des peuples n'^ûste pas encore. Avant qu'on tentât de la réaliser, elle serait écrasée sous les forces des despotes , toujours prêtes et toujours unies , depuis Abel , dans le credo propriétaire. Quel serait d'ailleurs le lien, le nerf de cette confédération? Comment pourrait-elle nattre et se maintenir aujourd'lmi que tout intérêt et tout événement humain n'aboutissent que par l'argent?

D'où je conclus :

4 ^ Que la Force révolutionnaire n'est pas à rOccident, — l^al ou extra-légal ;

2** Qu'il ne sera tenté, parmi nous, aucune intervention vraiment efficace en faveur de la justice et de la liberté :

— ni par une monarchie civilisée , encore qu'elle soit libérale comme celle de l'Angleterre; — ni par une nation civilisée, encore qu'elle soit patriote comme la Suisse;

— ni par un parti civilisé, encore qu'il soit républicain, vigoureux et redouté comme le parti mazzinien ; — ni par une émeute civilisée, encore qu'elle soit heureuse comme celle d'Espagne ;

3** Que ni la Guerre ni la Révolution véritablement so-

ciales ne sortiront des entrailles d'une dviUsation àotit la moindre ^eute met l'existence en danger ;

4® Qu'il faut chercher ailleurs l'initiative de la force révolutionnaire.

' III. Mais avant de recherdier cette force révolutionnaire extérieure à FCk5cident, j'observe qu'il était providentiel, pour la révdution, que les mondes civilisés o/^tcâ?/^ national et soi--dÊsant révoîutionnaire perstetassent dans leurs voies respectives.

Il fallait qu'il Mt démontré que toute guerre ou toute révolution accomplie par l'initiative d'une force civilisée quelconque ne peut aboutir qu'à l'un des résîiltats obtenus précédemment : à une modification uniquement politique, à des réformes illusoires, à un autre point du cercle vicieux constitutionnel, à une intrigue, à une mystification. Nos majorités manquent d'idées et de bonne foi , et nos minorités , de forces. EUes sont en présence, aboyant , se menaçant du regard, se montrant le poing, piétinant dans une impasse de fange, de sang, de misère, de banqueroute et de paupérisme, où tout dépérit.

Il importait que les gouvernements officiels durassent assez longtemps pour prouver que l'autorité est inutile et nuisible.

Il était d'absolue nécessité que les nations actuelles subsistassent assez longtemps encore pour qu'il fût compris, même par les plus simples , qu'elles sont faussement délimitées, et qu'il faut, à l'avenir, grouper les hommes d'après de nouveaux principes.

Il était indispensable enfin que la minorité révolutionnaire se divisât encore, se divisât toujours, se divisât jusqu'à rinfîni jusqu'à l'unité individuelle.

En effet , il n'y a de liberté réelle et durable que celle qui prend l'individu pour point de départ. Et puis, la mi-

Dorité révolutionnaire représente l'idée. Or il (aut que ridée soit fractionnée, morcelée ; II faut que la soluti(m du proldèmede Tavenir se trouve par lambeaux chez plusieurs

révélateurs afin que leurs révélations soient discutées,

approfondies, connues, revues, perfectionnées partons..; ^fin qae soient nettement posés les deux, termes antinomiques du problème socialethnograpbicpie : Vidée, (pii vient d'Oceîdént, accomplissant toute sa tâche de division; et la Force; qui vient d'Orient , accomplissant toute sa tôche

de concentration

En un mot , afin que la Révolution *se dégage de cette pression contradictoire, et que l'Humanité s'élance d'un bond terrible par dessus le présent.

Page 1