C. — PREUVES TIRÉES DE UORGANBME HUMAIN
VI. Le développenient organique est dans les besoins de toal homme ou de toul peuple jeune. Notre première enfonce est «exclusivement employée à notre accroissement physique. — De même» la première enfance des nations.
L'ège, des peuples , de même que Tàge des hommes , ne se mesure pas aux années. De ce que les Slaves — j'entends la majorité des Slaves -^ af^rurent sur la scène du monde en même temps que les Barbares envahisseurs de Pempire romain^ il ne fondrait pas en conclure qu'ils fussent maintenant aussi ègés que ceux de ces Barbares qui se sont élancés dans le grand courant social et sont dévolus , avec les sièdes, les civilisés d'aujourd'hui.
Les races franque , saxonne et germanique» par exemple, ont foit pliËS que se développer physiquement ; elles ont épuisé leur virtualité pensante, foit acte d'adolescence, de virUité et de maturité. Tandis que la race slave est restée à l'arrière-garde de l'invasion, dans l'ombre du théâtre humanitaire, la main sur la garde de son épée. S(m histoire est toute de guerres qui aboutissent soit à sa servitude, soit à sa domination brutalement maintenues.
Les l^aves sont ^core des enfants qui vagissent au beroeftu. Depuis trois siècles qu'ils se débattent pour en sortir, ib ont laissé guider leurs premiers pas par le Despotisme et se sont engagés , à sa suite , dans des luttes constantes centre les années et les obstacles physiques. Leurs facultés et leurs f(»roes n'ont été employées qu'à leur accroissement matériel; ils ont étendu leur territoire comme l'enfant ses membres. Dans les profondeurs de ce peuple il ne s'est eacore msoîifesté, à aucune épocpie de s(m histoire, un courant de vie morale en harmonie avec celui des autres nations euixq)éennes. L'intelligence russe a été étranglée par les lisières du des^tisme.
M'appuyaot donc sur la loi d'analogie, je soutiens que la race slave doit être prise, d'abord, d'une maladie de croissance ; et que cette crise une fois surmontée, elle entrera en phase d'adolescence et développera rapidement sa virtualité animique sur un organisme parfaitement formé.
VII. Le développement animique, au contraire, est dans les tendances de tout homme et de tout peuple âgés. La phase virile de notre existence est consacrée à notre accroissement intellectuel. — De même pour les nations. -
Tous les peuples < n'accomplissait pas , dans le même temps, leur évolution morale^ Nous avons mis trdze siècles à développer la civilisation chrétienne. Combien de temps emploieront de nouveaux Barbares à développer la civflisation socialiste? Nous sommes devenus vieux rapidement ; les Slaves sont restés longtaaops jeunes^ Ces différences de développement s'observent entre toutes les races qui peuplent la terre.
VIII. Que prouve cela? Que les peuples ne sont riesn* que des instruments ten^)oraires dans l'universel et éternel piouvement ; — que ce mouvement se continue toujours et remplace, quand il le faut ^ un instrument par l'autre; — que, pour des travaux divers, il faut ded instruments différents ; — que, dans l'humanité comme, dans l'individu, tout organe devenu inutile £ous une forme doit en revêtir uqc autre sous peine de devenir nuisible, à l'économie ; — que les naticms font chacune, à leur Unir* < une tâche principale, et puis se transforment pour en. accomplir une secondaire; — que la société domine le. gouvernement , que le mouvement humanitaire prime le : mouvement national et le détruit, quand celui-ci ne s'hartt monise pas sur lui ; — que la révolution sociale est d^ordre
oïlgairique, étemd , taudis qœ la révolution politique est d'influence passagère, d'intrigues et de décrions; -— qu'on n'arrête jamais l'essMir de la première.
Or, le besoin de la révolution sociale est maintenant dans Taetion. Nous^ autres, peuples vieux, nous avons assez émis d'idées , nous avons assez fait Manchîr nos cheveux dans les travaux de l'intelligence. Maintenant, nous touchons à l'enfance des vieillards, — la mauvaise, la triste enfance. — Nous sommes en démence, en stérile bavardage, en secousses d'agonie. Nous ne pouvons plus rien procréer, riea feire ; nous avons dit tout ce que nous avions à dire. Nous nous décomposons; et l'instabilité de nos gouvernements, la dissolution de notre hiérarchie sociale sont parfaitement en rapport avec notre état organique. ' M'appuyant donc sur la loi d'analogie , je soutiens que nous allons tomber en décrépitude et devenir inutiles à l'espèce ; — et que les peuples jeunes et agissants, véritables révolutionnaires socialistes; mettront un terme à nos stériles agitations politiques. Le moment de l'action clinique est venu ; il importe que les sociétés du dix-neuvième siècle subissent l'invasion pour que l'Humanité soit sauvée. Le socialisme , mal comprimé par des restaurations sanglantes, a disparu de la surface des populations et gronde maintenant dans leurs entriailles et dans leurs têtes. Sur le Caucase, Prométhée, sédulaire martyr, a brisé les chaînes de son bras droit f
IX. Chez l'eilfant, le développemei^ physique se fait de la circonférence au centre; le cœur est le dernier or^ gane qui se forme. De même, quand une nouvelle société doit sa constituer, elle n'arrive que peu à peu sur la scène, forçant d'abord les frontières des contrées qu'elle envahit, «mnontant, l'une après l'autre, lesréastances qui se présentent à elle. Elle ne parvient au œntre de sa conquête.
son eceur ne bat enfin que lorsque sa puissance est t et ses aspirations sociales révélées. La capitale d'une nation , c'est le sceau qu'elle appose sur son travail de croissance.
Quand ime société va succomber, il est nécessaire que celle qui lui succède ne se substitue que lentement à eUe, du dehors au dedans. Supposez, en effet, dans cette vieille société-«i, une révolution intégrale s'implantant subitement au centre? Imaginez, par exemple, une révolution dont le mot d'ordre serait : Suppression de f aubaine de la propriété et de l'intérêt du capital, maîtresse aiqourd'hui de Paris! — Qu'arriverait-il î
Ce que nous pouvons lire dans l'histoire, ce qui s'observe dans la nature. Les provinces étoufiforaient Paris ; Paris lui-même étoufferait le gouvemem^it initiateur de cette révolution. C'est-à-dire que le coeur succomberait sous les efforts des membres ; ou bien encore, que la bourgeoisie française étranglerait la dictature révolutionnaire de Paris. Cela s'est vu trois fois d^uis cinquante ans ; cela se verra tant que la majorité des intérêts bourgeois ne sera pas définitivement dissoute.
U se produit alors dans la société ce qui se produirait chez l'homme s'il était possible qu^un cœur d'enfant se trouvât au centre d'un corps dont tous les autres organes seraient constitués depuis longtemps : -^ Les membres seraient d'un géant , et le cœur d'un enfant ; un semblaUe monstre ne saurait vivre.
D'où résulte, comme application à l'état actuel de PEurope, qu'une nouvelle société devant se former dans rOccident , ce n'est pas du centre du monde civilisé que se lèvera la Révolution; — mais qu'elle viendra du dehors, et que, cheminant lent^nent de la circonférence au centre, elle assujettira les pays en décadence par zones d'invasions successives.
Ainsi les positions, les ressources , les aspirations, les craintes, les intérêts, les besoins, les mobiles et les éléments sociaux en un mot auront le t^nps de s'accommoder insensiblement au mouvement révolutionnaire et de se présenter, pour ainâ dire, tour à tour, au nouvel engrenage.
Or, le seul peuple étranger qui puisse envahir et révolutionner, c'est la Russie.
X. Dans l'homme , (^mme dans la société , le cœur est aussi l'organe qui meurt après tous les autres. Et avant de mourir, le cœur envoie du sang dans toutes les directions, par bonds désespérés, comme un état-major qui protège sa retraite toutes balles aux vents.
Ainsi du cœur de la civilisation occidentale, de sa moitié gauche et de sa moitié droite, de Londres et de Paris : leur agonie marquera la dernière heure de l'Occident- L'ehtendez-vous sonner? Déjà les deux Babylones se débattent contre l'étreinte suprême ; déjà convulsées par un commerce et une concurrence homicides, par une course haletante à la propriété , aux places , à la vie et au pain de chaque jour, elles centuplent les battements de leurs artères immenses sans parvenir à galvaniser le cadavre vert de l'Occident. « Tant que le malade a la gangrène, il engendre la vermine, » dit P.-J. Proudhon. — La vie ne se tire pas de la pourriture non plus que de la décrépitude ; elle ne renaît de la mort qu'après un temps forcé d'incubation cadavérique. Nous lisons dans la Genèse que c'est pendent le sommeil d'Adam qu'une de ses côtes lui fut habilement tirée, et qu^ainsi fut créé le premier couple humain. Nous pouvons lire dans le hvre de la nature que la vie et la mort forment un couple aussi , et que l'une ne se forme que pendant l'assoupksement de l'autre.
Tout se i*épare pendant le sommeil. Heureux ceux qui dormentt Heureux les morts t !