‹ Houston-Stewart Chamberlain: le plus récent philosophe du pangermanisme mystiqueChapitre 12 sur 36 · L'Essai sur V inégalité des races humaines · texte numérisé non relu

L'Essai sur V inégalité des races humaines

L'évidente influence de Boulainvilliers sur la pensée de Gobineau s'est complétée aux approches de 1850 par celle de la science historique allemande alors pénétrée de hegehanisme, c'est-à-dire, par quelques côtés, de germanisme théorique. Il avouera plus tard à Tocqueville, avoir été longtemps un hégélien convaincu ; hégélien de gauche, il est vrai, puisqu'il subissait surtout l'influence de Ludwig Feuerbach, mais, par la fréquentation de cette école philosophique, il n'en avait pas moins vu passer sous ses yeux la plupart des arguments pseudohistoriques qui, depuis un siècle déjà, préparaient aux ambitions du pangermanisme contemporain les titres mystiques dont il a fait par la suite un si copieux usage. A la prétention féodaliste que lui avaient dictée ses appétits de noblesse, il apprenait insensiblement à superposer les brutales théories, d'origine frédériçienne, que l'Allemagne allait de plus en plus accepter de la Prusse et qu'un siècle d'évolution rousseauiste sans contrepoids éloignait chaque jour davantage de la men- ' talité française au contraire. De là, le schéma de l'Aryen ou Germain, conquérant et organisateur par excellence, tel qu'il apparaît dans V Essai sur les races humaines et dans l'œuvre ultérieure de Gobineau. Son ami Prokesch- Osten pourra lui écrire dans son français peu correct en 1856 : « Vous ensemencez la terre de l'avenir, mais vous n'avez pas la vocation de Vâge d*or de nourrir vos lec-

teurs de douces illusions, vous, les fils du siècle de fer sur sa pente rouillée. Vous donnez ce qui est le moins consolant, la vérité ! »

Rappelons en peu de mots quels sont, dans la philosophie gobinienne de l'histoire, les traits de l'Aryen ou du Germain, créé pour dominer le monde, le civiUser et disparaître prématurément delà surface du globe par l'infection de la mésalliance, par le mélange conjugal imprévoyant avec les races inférieures. Dans VEssai, l'Aryen apparaît surtout comme doué d'énergie réfléchie et d'intelligence énergique, comme largement pourvu du sens de l'utile, mais dans une acception de ce mot beaucoup plus large, plus élevée, plus courageuse et plus idéale qu'il n'arrive chez les nations jaunes, également pourvues de ce dernier trait de caractère. Avec la persévérance qui le rend capable d'écarter à la longue tous les obstacles de sa route, avec l'instinct fort développé de l'ordre, il associe un goût prononcé pour la liberté la plus extrême en ses manifestations. Plus tard, le très fantaisiste Traité des écritures cunéiformes peindra le soldat aryen de Cyrus comme l'antipode, au point dé vue moral, des Assyriens sémitisés dont ce conquérant venait de renverser l'empire et montrera- ce guerrier blanc d'épiderme et non basané ; vigoureux et non pas souple ; hardi, téméraire, brutal même, mais non pas cruel ; fier, dominateur et non pas vain ; professant l'horreur du mensonge que l'Orient sémitique cultive au contraire avec raffinement. Tout ceci, on s'en aperçoit bientôt, est à peu près le portrait de l'Anglo-Saxon contemporain tel que le dessinait l'anglomanie doctrinaire en France depuis Voltaire et Montesquieu, continués par M™e de Staël, Royer-Colard, Alexis de Tocqueville.

Les docunients qui ont été mis au jour depuis notre travail fondamental sur Gobineau nous fournissent quelques vers dictés par sa Muse féconde à l'auteur d'Amadis et qui préciseront encore à notre profit ce t5^e de l'Aryen- Germain blanc, allié de Dieu par privilège de naissance. Nous empruntons ces vers à une esquisse poétique que

6a LE PANQERMANISME MYSTIQUE :

le poète laissa d^ns ses cartons et qui a pour titre le Paradis de Béowulf. On y voit passer en tumulte, conïme dans les Martyrs de Chateaubriand :

ToHte la gent mérovingienne Déployant sa vigueur ancienne, Foule sublime aux blonds cheveux Jetés sur de larges, épaules.

Blanche comme la neige aux pôles, Etincelante en ses yeux bleus,,.

Dans ces guerriers tannés, rougeâtres, Point de jouvenceaux ni de pâtres, Point de gens pacifiques, point De rêveurs ni d'enfants douceâtres; Rien que lutteurs opiniâtres.,.

Ils me dirent: n^Tu sais peut-être a Que le ciel est aux violents, eic,,,^

A ces Germains conçus, de la sorte, 'Gobineau refuse le sentiment artistique, au moins à titre originel et spon^ tané : c'est là une des plus curieuses fantaisies de son imagination paradoxale et une si entière antithèse de Taryanisme schopenhauerien et wagnérien que nous nous y arrêterons un instant. Si, dit-il, dans un Essai sur V inégalité des rac^s, on admet avec les Grecs antiques et les juges les plus compétents en cette matière que l'exaltation et l'enthousiasme sont la vie du génie et des arts, bien plus, que ce génie, lorsqu'il est complet confine à la folie, ce ne sera dans aucun sentiment organisateur et sage de notre nature que nous irons en chercher l'origine : en d'autres termes, ce ne sera pas à l'élément blanc, aryen, que nous nous adresserons pour en expliquer dans l'humanité la naissance. Dès lors se présente cette conclusion toute rigoureuse, que la source dont les arts ont jailli est cachée dans le sang des noirs. C'est, dira-t-on, une bien belle couronne à poser sur la tête difforme du nèçre? Mais ce n'est pas précisément ce front fuyant qui la reçoit dans la philosophie gobinienne de l'histoire, car le noir,

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réduit à ses propres forces, ne peut rien dans le domaine du beau, pas plus que ne peUvéftt d'ailleurs le blanc allié de Dieu et le jaune aux tendances terre à terre. « Le géilie de Târt est également étranger aux trois grands types » à l'état pur. Il surgit de leur hymen et se manifeste alors avec une intensité variable, avec une physionomie différente chez l'individu selon la constitution de son sang. Un blanc, bercé par l'air charmant de il Matrimonio secreto « Pria que spunii in ciel' VAurora », ne ressent pas les jouissances physiques et violeiites d'un Bambara hypnotisé par le rythme monotone de ses tambourins barbares ; mais leur plaisir est de mêiUe ordre. Lé noir possède seulement à uu plus haut degré l'excitabilité sensuelle sans laquelle il n'y a pas d'art possible : il lui matique en revanche les aptitudes psychiques qui ont rendu l'Européen capable d'àfïinèr peu à peu sa jouissance esthétique.

Aussi la puissance dfes arts sut la masse seta-t-elle toujours eU raison directe de la quantité de sang noir qui circule obscurément dans ses veines. Cette puissance fut maxima che2 les Assyriens et les Égyptiens : elle subsiste chez leurs descendants orientaux en qui elle se manifeste par des éruptioUs «volcaniques» par de «prodigieux enthousiasmes » devant les représentations figurées : de là, les prohibitions de Moïse et de Mahomet qui interdirent pareillemeUt les images à leurs sectateUrs. Et, si l'on sort du cercle sémitique, on constate Une analogue irritabiUté esthétique, mais avec une intensité toujours décroissante chez les HindoUs postérieurs à Bouddha, chez les Grecs classiques, lés ItaUens du quattrocçnto, les Espagnols, les Français modernes. Après quoi, « tirant une ligne », Gobineau n'admet plus rieH ett matière d'art que « des inspirations indirectes et de produits d'Uile imitation savante !» De la sorte toutes les nations septentrionales dé l'Europe sfe troUvetit exclues de la production du beau et Richard Wagner dut irematqUer peU ou très mal comptendre cette théorie gobiilienne pour faire si lai*ge accueil àl'auteur de V Essai sur V inégalité des races-, Un quart

de siècle après la rédaction de ce livre. Comment justifier en effet par de telles convictions ethniques le rôle moral de la musique germanique, la mission régénératrice de Tart de Bayreuth, les grandioses destinées du théâtre wagnérien de l'avenir.

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