‹ Houston-Stewart Chamberlain: le plus récent philosophe du pangermanisme mystiqueChapitre 23 sur 36 · I. — La monolâtrie judaïque · texte numérisé non relu

I. — La monolâtrie judaïque

Ce fut, vers le milieu du xix® siècle, une conviction bien arrêtée dans l'esprit de tout historien des religions que la capacité religieuse toute spéciale dont le peuple juif aurait été doué par les décrets de îa Providence. Aux yeux d'un Ewald ou d'un Renan, le Sémite se présentait comme l'être religieux par excellence : la constitution du monothéisme biblique passait pour un immense service rendu à l'humanité dans son ensemble par le petit peuple palestinien.

Nietzsche n'écrivait-il pas encore, au cours de ses dernières années lucides : « Nous autres hommes du Nord, nous tirons certainement notre origine de races barbares, même en ce qui concerne notre capacité religieuse, car nous sommes mal pourvus à cet égard ! (i) » — Toutefois Schopenhauer et Gobineau avaient déjà soutenu la thèse contraire, indépendamment l'un de l'autre et poussés par d'assez différents mobiles au total. M. Chamberlain vient lui donner une expression bien plus tran-

(i) Dans son recueil d'aphorismes. Par delà Bon et Méchant,

fiOÙSTÔN-STÊWARÏ CÔAMBÈRLAIN. ÏIÏ

chante encore que celle dont l'avaient revêtue ses deux principaux inspirateurs. Nul homme, proclame-t-il dès les premières pages de ses Assises (i), n'est aussi pauvre en véritable religion que le Sémite. Affirmation sur laquelle il reviendra par la suite en termes plus décisifs encore : « Les nombreuses branches du tronc sémitique, si richement douées par ailleurs, ont été toutes et de tout temps étonnamment dénuées d'instinct religieux ! (2) > A l'en croire, on constaterait en effet chez les peuples de l'Asie antérieure un véritable arrêt du développement de la faculté métaphysique, de même que le Chaos méditerranéen s'est arrêté prématurément, nous l'avons vu, sur la voie de son évolution politique et sociale. La constitution du monothéisme à Jérusalem, cette œuvre si hautement appréciée jusqu'ici par les héritiers, même pleinement émancipés, du dogme chrétien (3), devrait être regardée en réalité, comme un appauvrissement métaphysique, comme une regrettable déchéance de la pensée religieuse, si l'on confronte avec elle l'admirable monothéisme aryen dès longtemps réalisé par les Brahmanes. Car ces prêtres géniaux, opérant une puissante synthèse entre les diverses puissances métaphysiques de leur Panthéon touffu, avaient proclamé le Dieu « Un » et non pas le Dieu « Unique », ce qui est à la fois bien différent et bien préférable ! Mais on reconnaît déjà que c'est ici le Panthéisme, cher à la philosophie romantique en général et à celle d'Outre-Rhin en particulier, qui se voit préférer au monothéisme chrétien et l'auteur des Assises oublie trop que ce prétendu monothéisme aryen a été ressuscité dans la pensée moderne par un penseur juif, Spinoza, en attendant que Rousseau vînt lui donner sa popularité par le récit prestigieux de ses extases naturalistes ; mais sans doute jugerait-il encore très infecté de secret judaïsme, le panthéisme stoïcien de VEthique,

(1) rage 8.

(2) Page 220.

(3) Ce point de vue de Chamberlain a été utilement contredit par le D' F.-O. Hert2 dans la Poliiisch-Anthrcpologisciie Rame, II, 7 et 8.

Quoi qu'il en soit, afin de marquer plus nettement sa réprobation pour la conception judaïque de la Divinité dans ses rapports avec l'humanité, il désigne ce système théologique par le nom de monolâtrie, qui en caractérise utilement, selon lui, la servilité craintive et le matérialisme foncier I

L'aveugle animosité qui perce en tout ce commentaire, s'explique assez bien d'ailleurs si l'on songe que M. Chamberlain^ fort ami de la mystique, croit l'âme juive rebelle à tout mysticisme et infectée de rationalisme exclusif par fatalité de naissance. Illusion qui lui vient en somme de ce qu'il emprunte à Schopenhauer sa conception du caractère aussi bien que de la religion judaïque. — Précisons à ce propos l'attitude mentale de l'auteur des Assises à l'égard de ce maître de son maître Wagner. Dans son livre sur ce musicien-philosophe, il avait écrit que bâtir sur Schopenhauer c'est bâtir sur le roc, et, dans les Assises même, il l'a salué comme « un des penseurs les plus puissants qui aient jamais vécu, un penseur dont l'intelligence possédait une capacité de sjnnbolisme sans exemple, inconnue à Platon lui-même, ce qui fait sa conception du monde très proche parente, en beaucoup de points, d'une reUgion » 1 Eh certes, si ce système est un des monuments les plus achevés du mysticisme romantique. Mais avec l'expérience des années venues, M. Chamberlain a senti son admiration se refroidir pour le rêveur de Francfort et il est retourné vers ce mystique plus rationnel qui fut l'un des maîtres du «bienheureux Arthur » vers Emmanuel Kant. Dans le considérable ouvrage qu'il a consacré à ce dernier penseur en 1905, il s'est montré nettement critique vis-à-vis de Schopenhauer qu'il sacrifie déhbérément désormais au philosophe de Kœnigsberg (i).

Assurément, ^emprunt qu'il lui fit de ses vues sur le judaïsme à l'époque où il rédigea les Assises n'est pas une heureuse inspiration, car on se souvient que l'auteur

(i) Voir en particulier, lespages 91, 197, 263, 572, 575 de cet ouvrage.

du Monde comme volonté fut toujours entraîné sur ce sujet aux jugements les plus extrêmes par son antisémitisme passionné. Amené à sa mystique vision du monde par rétude du bouddhisme, Schopenhauer^a;^cruJvoir^dans le caractère juif la vivante antithèse de cet ascétismejpessimiste auquel aboutit son système. Parce qu'il considère la volonté métaphysique qui s'offre à nos sens sous l'apparence de la matière comme le principe mauvais à l'influence duquel l'homme doit se soustraire pour conquérir le bonheur, il a vu, dansle Juif, qu'il n'aimait point, l'incarnation la plus typique de la volonté insuffisamment réglée par l'intelligence. Matérialisme instinctif et volonté prépondérante, tels sont pour lui dans le judaïsme les deux traits distinctifs, qui s'engendrent d'ailleurs réciproquement l'un l'autre.

Or, M. Chamberlain, non content de faire siennes ces vues arbitraires, s'est avisé de les exagérer encore jusqu'à se représenter parfois la mentalité juive comme amorphe et aveugle, à la ressemblance de la Volonté métaphysique de Schopenhauer, tant que cette volonté, irrationnellement impérialiste, n'est pas encore éclairée par l'intelligence rédemptrice. En raison de cette infirmité d'origine, ce que le Juif apporte aux autres peuples, sa contribution à l'œuvre civilisatrice, sa part dans les fondations psychiques du xix® siècle n'aurait ni forme arrêtée, ni pbysiononûe distincte, ne serait que volonté sans figure, pure impulsion vitale ! Tout cela reste bien abstrus ! Et n'est-ce pas d'ailleurs concéder imprudemment à ceux qui sont présentés comme les plus redoutables adversaires du Germanisme spirituel le monopole de la force du caractère et de la ténacité victorieuse.

L'objection a été présentée à l'auteur des Assises. On lui a fait observer que cet Aryen quasi-bouddhique parfois, constamment mystique en tous cas dont il emprunte également tant de traits à Schopenhauer pour l'opposer à son schopenhauerien Sémite, semble l'antithèse vivante de cet autre Aryen dont le gobinisme a renouvelé la popularité en Allemagne : figure combattive, impérialiste au

premier chef, mentalité fruste et saine au sein de laquelle la volonté dominatrice n'a pas encore subi l'assaut de l'intellectualisme anémiant. Nous avons assez amplement conunenté cette opposition dans notre précédent chapitre pour être dispensé de nous y arrêter longuement désormais. Il n'est pas très difficile au surplus d'attribuer l'une ou l'autre tournure d'esprit soit aux Aryens soit aux Sémites avec des exemples à l'appui. Toutes les civilisations historiques reposent en effet sur la nature humaine, c'est-à-dire sur l'impérialisme essentiel de l'être utilisant de son mieux le m5rsticisme ou tentative d'alliance supraterrestre au profit de ses appétits de puissance ; elles ont donc toutes enfermé dans leur sein les contrastes psychologiques dont nous venons de marquer les pôles extrêmes. Mais, si l'on prétend faire œuvre claire et logique, encore faut-il opter entre l'un de ces deux partis : si nous nous croyons Aryen de sang et que nous sentions vivre en nous une conception esthétique et sentimentale de la destinée humaine, condanmons les Sémites juifs, nos concurrents, avec Schopenhauer comme volontaires, matérialistes et rationahstes. Si, toujours Aryen de naissance, nous donnons, au contraire, une direction matérielle et pratique à nos appétits de puissance à l'exemple d'un Frédéric II ou d'un Bismarck, nommons ces mêmes Sémites, demi-nègres, bouddistes, artistes et rêveurs avec Gobineau, en nous réservant le monopole des dispositions adverses. Mais peindre l'Aryen à la fois artiste et réaUste, rêveur et pratique, brutalement conquérant et doucement attendri, c'est une gageure dif&cile à soutenir. M. Chamberlain ne l'a pas tenue sans se contredire çà et là ; il a su donner toutefois à son essai de synthèse une apparence sufiisanunent logique pour satisfaire aux h5^ocrisies plus ou moins conscientes de l'âme allemande contemporaine, et telle est la raison de son triomphe, comme nous l'avons déjà plus d'une fois marqué.

Notons avant de quitter ce sujet que la religion juive, parfois si maltraitée dans les Assises du xix© siècle, y

rencontre à l'occasion les mêmes retours d'indulgence extrême dont nous avons vu bénéficier la constitution physique et les dispositions morales des enfants d'Israël. M. Chamberlain reconnaît qu'il a rencontré parmi ces obstinés matérialistes «maint rabblin plein de piété, vivant dans l'humilité, l'observation de la loi, la charité, la tolérance, en sorte qu'il serait à tout groupe national un honneur et à toute confession religieuse un appui ! (i) » — Ailleurs, l'Ancien Testament, cette œuvre qui ne compte guère parmi ses rédacteurs que des bâtards, nés de l'impure alliance du Bédouin avec le Hittite, devient sous une plume si hardiment inconséquente un «véritable chef-d'œuvre {2) )> dont l'action fut unique au monde, un poème sans pareil, que les Gœthe ou les Herder, ces héros du germanisme intellectuel, ont pu célébrer à bon droit comme capable de satisfaire à la fois les aspirations des simples et celles des esprits les plus hauts, un livre enfin qui suppose quelque chose de génial et de surhumain {daernonisch-genial) chez ses auteurs.

Ailleurs, après avoir exposé quelle fut la part de la mentalité aryenne dans la formation du christianisme, il dira les mérites non moindres du judaïsme, ouvrier pareillement efl&cace de cette œuvre grandiose. De cette collaboration féconde est née la religion sous le signe de laquelle l'Europe a conquis l'empire du monde ! « La conception historique du Messie, écrit-il, et le pittoresque poème évangéUque apportèrent la conviction et la consolation à des esprits singulièrement lassés par les spéculations alexandrines sur le Démiurge et sur le Logos ! (3) » Bien plus la volonté israélite réussit seule à mettre sur pied l'édifice de l'Église chrétienne, unie et disciplinée, car l'élément helléno-latin, encore aryanisé à cette date, eut préféré s'en tenir à la conversion toute intérieure de l'homme ainsi qu'à des dispositions de patience et de charité, n'apportant donc à la doctrine nou-

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(3) Page 572,

Il6 LE Î>ANGERMANÎSME MYSTIQUE :

velle que des tendances centrifuges et des germes de rapide dissolution Sans le dogme et sans l'intolérance, modes de pensée et d'action qui nous sont donnés conrnie d'essence judaïque, une corporation religieuse homogène n'aurait jamais pu naître et se maintenir dans le monde méditerranéen. Pour un tel service, le judaïsme mérite une infinie reconnaissance : il a sauvé l'héritage légitime du Germain à ce tournant de l'histoire 1 (i) — Que les réserves amères ou même les nerveuses invectives se retrouvent ensuite sous la plume de M. Chamberlain. Il n'en aura pas moins prévenu sçs lecteurs de sang-froid contre les intempérances de son langage et les partiaUtés de sa polémique I

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