‹ Houston-Stewart Chamberlain: le plus récent philosophe du pangermanisme mystiqueChapitre 25 sur 36 · Les ébauches du christianisme germanique · texte numérisé non relu

Les ébauches du christianisme germanique

dans le passé.

Nous terminerons, auparavant notre examen du passé religieux des races européennes et nous résumerons, d'après les Assises, l'histoire de la pensée chrétienne en tant qu'elle est demeurée, jusqu'à un certain point, l'expression de l'âme germanique !

Saint-Paul, de même que Celui qu'il reconnut pour son maître sur le chemm de Damas, nous est présenté comme aussi peu juif que possible par son extraction. Sa ville natale, Tarse, dont, s'il était besoin, on nous ferait sans doute le séjour de la population la plus « chaotique », est ici considérée comme une « pure colonie grecque » en faveur de son enfant illustre. Alors, M. Chamberlain, acceptant la fantaisiste doctrine de l'hérédité qui figure dans le Monde comme volontéponr appuyer les convictions métaphysiques de l'auteur et qui fait tenir à l'être humain sa volonté de son père, son intelligence de sa mère, M. Chamberlain l'applique à Paul de Tarse en jugeant de son intelligence et de sa volonté par ses œuvres. Sa conclusion, c'est que l'apôtre des Gentils eût sans nul doute pour père un Juif et pour mère une Grecque : il tenait donc de celle-ci une intelligence aryenne.

Néanmoins, l'adhésion de notre penseur à la doctrine paulinienne n'est pas aussi entière que celle de Schopenhauer, car ce dernier, séduit par le trait mystique qui est si profondément marqué dans les Epîtres, faisait de leur auteur le plus parfait représentant des tendances aryennes dans le christianisme naissant, tandis que l'écrivain des Assises constate au contraire une lutte entre deux hérédités divergentes dans la personne de Paul, ainsi que nous venons de le dire. Il l'accuse d'avoir trop souvent judaîsé

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la pensée du Christ, ce pur Aryen d'inspiration I Les EpUres aux Romains par exemple seraient toutes juives par leurs suggestions, tandis que les pages adressées aux Galates demeurent plus fidèles aux notions aryennes, en raison des origines celtiques de leurs destinataires. Paul a donc joué un rôle ambigu, et, au total, un, rôle néfaste dans le christianisme primitif.

Nous avons déjà vu que les pères de Téglise, nés du Chaos ethnique sans cesse croissant dans le bassin de la Méditerranée à leur époque, trahissent de même dans leurs écrits les conflits de sentiments qui devaient surgir en eux sous l'influence de leur hérédité disparate. — Mais par bonheur, au cours du moyen âge, le mysticisme allemand se donna carrière et vint remettre dans la voie droite la pensée religieuse du Germain prédestiné. En effet, la mystique de ce temps, se baptise eUe-même la Philosofhia teutonica, la philosophie teu tonique par excellence. Et, comme Schopenhauer Ta dès longtemps souligné avec une tendre émotion, on croirait lire une traduction des livres védiques quand on aborde certains chapitres de maître Eckhart, de l'anonyme auteur de la Theologia Detétsch, de Henri Suso, enfin de Jacob Boehme, le cordonnier de Gœrlitz qui fut cher à Kant, à Sphelliug, et même à Hegel. Paracelse, Antoinette Bourignon, Molinos nous sont également présentés comme les interprètes de la pensée germanique dans les Assises (i) aussi bien que dans le Monde comme volonté. Seule, M'**® Guyon n'a pas passé du plus ancien de ces livres dans le plus récent pour y être placée parmi les prophètes de la seule religion digne de ce nom, le futur christianisme germanique.

Par Boehme et par le mouvement piètiste du xviiie siècle se fait la transition entre la mystique chrétienne teutonne et la philosophie allemande romantique. Son chef de file, Kant, est le dieu de M. Chamberlain qu'on a souvent présenté en Allemagne comme un

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néokantien tout sinlplement, bien qu'il conserve une certaine indépendance vis-à-vis de ce maître vénélré (i). Kant lui apparaît comme ayant préparé, par ses destructions opportunes autant que par ses constructions géniales, ce christianisme germanique qui est encore daiis les limbes, dont le monde attend la venue et dont l'auteur des Assises hâte de ses vœux passionnési prépare de toutes ses forces le désirable, l'indispensable avènement !

Contrairement à l'opinion conmiune, le continuateur immédiat de Kant ne fut pas Fichte (2) dont le philosophe de Koenigsberg condanma en personne l'étroitesse scolastique et les déductions forcées. Ce ne fut pas davantage Hegel, qui est un Thomas d'Aquin protestant, comme Spinoza est l'Aquin juif k (3) Ce ne fut pas même ScheUing, un véritable nain en comparaison du critique de la Raison pure, ce géant de la pensée spéculative. Non, ce privilège était réservé à Arthur Schopenhauer qui l'a d'ailleurs assez souvent proclamé sur tous les tons pour en convaincre un auditeur aussi prévenu en sa faveur que l'était M. Chamberlain à la fin du siècle deriiiet; Nous avons souvent constaté et nous constaterons encore à quel point les Assises du xix© siècle ont été influencées par le Monde comme volonté dans toute leur partie religieuse. Mais nous avons dit que leur auteur se dégagea presque aussitôt et de plus en plu$ de son schopenhaurisme de jeimessè. Déjà, dans la préface à la troisième édition de l'ouvrage, préface qui est datée de septembre 1901, il réglait ses comptes avec Schopenhauer, Wagner et Gobineau sur un ton assez dégagé* Le succès venu, on préfère n'en point partager avec autrui le mérite. Cela est humain^ trop humain. Et nous avons dit que son livre sur Emmanuel Kani en 1905 est encore plus dénigrant à

(i) Voir dans les Kantsiudùn (VII. 4) l'étude de Wâhinger : fî.-S. Chafnberlàin iin Juenger KantSi composée surtout de citations des Assises,

(2) Page '918.

ii) Page 683;

égard du bouddhiste de Francfort. Ce qui ne nous empêche pas de maintenir que le chamberlainisme fut une adroite S3aithèse entre schopenhauerisme et gobinisme, qui refléta, à son heure, l'état de l'opinion allemande cultivée sur le problème pangermanique et qui ouvrit la voie à certaines affirmations plus audacieuses et plus brutales de l'aUiance mystique entre le teutonisme et la divinité du progrès.

Nous voici parvenus cependant au terme de notre examen pour ce qui concerne le germanisme religieux dans le passé, et le résultat de cette enquête n'a pas été négatif comme il le fut près des Juifs ou près des enfants du Chaos des peuples : on nous a proposé, chemin faisant, plus d'une raison pour espérer le renouveau des facultés religieuses chez les héritiers qualifiés du védisme, du christianisme épuré, du mj^ticisme médiéval et du kantisme récent. Il ne faut pas se dissimuler toutefois qu'à ôes privilégiés de l'évolution, il reste beaucoup à faire. Mehr licht, plus de lumière, murmura Gœthe au cours de son agonie selon la pieuse tradition d'outre-Rhin ! Le même cri de désir résonne sur les lèvres fébriles d'un de ses plus dévots admirateurs qui n'aperçoit dans l'avenir qu'obscurité, que menaces, que perspectives de ruine et de désastre pour sa race si le xx« siècle s'achève avant que les Germains se soient enfin façonné une doctrine religieuse à leur mesure, ime foi capable de les soutenir dans leur lutte pour l'empire — au moins pour l'empiré moral ■— du monde. Si cette espérance suprême devait être trompée, ils achèveraient de périr enlisés dans les races inférieures dont ils acceptent depuis trop longtemps la délétère conception du monde.

Plus âgé d'une dizaine -d'années que l'auteur des Assises, Frédéric Nietzsche placé, lui aussi, sous les influences schopenhaurienne et wagnérienne au temps de sa jeunesse se posait vingt ans plus tôt le même problème. Sous le nom de « véritable culture allemande >, il cherchait, de son côté, une religion nouvelle qu'il parut d'abord souhaiter spécifiquement germanique. Il en trou-

vait, lui aussi, les éléments dans la philosophie de sa nation et dans l'art musical qui Itii apportait l'extase esthétique ; mais il ne mêlait pas si expressément le christianisme à ses spéculations romantiques. Entravé d'ailleurs en son effort spéculatif par l'état précaire de sa santé, il n'est pas parvenu à dresser un édifice théorique aussi spécieux que celui de M. Chamberlain. Les matériaux assez disparates qu'il a laissés sur le chantier dont il fut enfin écarté tout à fait par la maladie grandissante, ont fixé l'attention de l'Europe : il n'a eu ni la force ni le loisir d'opérer entre eux ime sélection indispensable et de les assembler ensuite d'une main ferme. — Au surplus, il avait traversé vers le milieu de sa carrière des heures de clairvoyance psychologique si intense qu'il n'aurait jamais conclu dans le sens naïvement germaniste qui a fait la fortune et la popularité des Assises dans les pa}^ de langue allemande I

Il nous reste à examiner ce gage de salut et cette promesse de triomphe que M. Chamberlain entrevoyait pour les siens, à l'aurore du xx® siècle, dans la naissance, prochainement menée à bon terme après tant d'avortements, d'une religion spécifiquement germanique.

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