Nécessité d'une religion germanique
Tout ceci est à la fois subtil, outré, et même, çà et là, contradictoire, comme nous en avons déjà fait plus d'une fois l'expérience en compagnie de M. Chamberlain. Trouverons-nous plus de lumière dans la définition de la rehgion en général, telle qu'il nous la propose avant de l'utiliser pour faire entrevoir à ses lecteurs ce que sera vraisemblablement la future rehgion germanique? — La religion, expose-t-il, n'est nullement une tradition du passé, une chronique, une suite de chapitres historiques affirmant l'aUiance céleste au profit d'un peuple de choix, comme la Bible d'Israël a trop habitué nos 1 esprits européens à le concevoir 1 pas davantage une vue intéressée de l'avenir, une espérance de salut, l'attente d'un bonheur futur comme la conçoit si volontiers le Chaos méditerranéen des peuples, encouragé dans cette
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erreur pax Téglise catholique romaine dont il accepte les leçons. Non, la religion ne regarde ni vers le passé, ni vers l'avenir : elle réside toute entière dans le présent : c'est une inspiration actuelle, une conviction personnelle et vivante que chacun doit créer en soi de toutes pièces, à son propre usage ! Notre auteur se montre infatigable à chercher des formules frappantes pour exprimer ce ) caractère tout subjectif et essentiellement instantané du phénomène reUgieux, tel qu'U le comprend. La religion étant une sorte de pont jeté entre l'individu humain et le Dieu-Nature, explique-t-il encore, elle exprime « ce que l'homme donne de sa propre essence au monde extérieur» par opposition à la science qui coUige «ce que le monde dévoile à l'homme de son être intime ». Enfin et surtout, il répète sans se lasser pour se faire comprendre, la parole bien connue du Christ : « Le ^ royaume de Dieu est à l'intérieur de vous-même (inwendig in euch J) »
Après s'être efforcé de la sorte à fournir une définition du phénomène religieux, M. Chamberlain revient à persuader ses frères de race qu'une telle disposition de l'âme leur est indispensable et qu'ils n'en possèdent pourtant pas jusqu'ici le bénéfice, sinon à travers de fallacieuses et malsaines contrefaçons. Ils sont donc menacés de périr si, des ébauches çà et là réalisées par leurs ancêtres, ils ne savent tirer sans délai un incontestable chef-d'œuvre en ce genre. Ce sont les pages les plus ardemment passionnées de son livre que celles où il donne cours à ses aspirations métaphysiques impatientes. Notre culture germanique n'atteindra jamais, dit-il, une maturité véritable si eue n'est éclairée par le soleil d'une reUgion pure et digne d'elle. Au sein des Églises actuellement constituées, les ennemis du gelmanisme seuls peuvent être sincères, et, par conséquent, doués de force, tandis que le Germain attend toujours qu'un Dieu descende à son intention de l'empyrée. Qu'il se façonne donc au plus tôt de ses propres mains une religion dont la présence en lui soit capable de le dégager des vaines apparences sensibles
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pour rélever au delà des étoiles, dont les consolantes promesses lui fassent un jeu de braver en souriant la mort la plus effrayante, une religion qui soit en mesure « d'évoquer l'éternité dans un baiser et d'apporter au besoin la rédemption avec la rapidité de l'éclair I »
Et voici que d'autres métaphores affectives viennent jouer, conune il convient, leur rôle dans cette profession de foi du mysticisme nouveau : « Si une vigoureuse Renaissance d'idéalisme ne se produit point parini nous autres Germains, si nous ne possédons plus la force plastique nécessaire pour tirer des Paroles du Christ fet de l'aspect du Crucifié une religion complète, vivante, adaptée à notre caractère, à nos dispositions, à l'état actuel de notre culture : une religion si immédiatement persuasive, d'une beauté si entraînante, d'une plasticité si souple, d'une vérité si étemelle et cependant si neuve que nous devions nous abandonner à elle sans résistance, sans paroles, sans hésitation, le cœur débordant d'enthousiasme, comme la maîtresse aux bras de son amant : une religion si soigneusement modelée d'ailleurs sur notre essence germatiique particulière qu'elle se montre enfin capable de nous entraîner, de nous ennoblir, de nous fortifier jusqu'au fond de l'âme... » Si le siècle présent n'a pas le privilège d'assister à cette miraculeuse naissance, il verra s'aggraver la contagion judaïque ou méditerranéenne dans le monde, et l'œuvre néfaste de toutes ces maladies morales contagieuses qui ont rongé jusqu'ici l'âme de la race noble par excellence pourra s'achever sans obstacles et sans grand délai I