‹ Houston-Stewart Chamberlain: le plus récent philosophe du pangermanisme mystiqueChapitre 29 sur 36 · Possible collaboration catholique · texte numérisé non relu

Possible collaboration catholique

Nous avons dit que le Chaos des peuples devait être écarté de toute collaboration à la future religion germanique. On l'écartera même, après ouverture de l'hégire nouvelle, de toute participation à cet élan métaphysique épuré, car il est utile que ce groupe ethnique dégradé, conserve des croyances convenables à ses besoins psy-

chiques inférieurs. N'est-ce pas sturtout loin du domaine religieux que nous avons vu runiversàlisme proscrit tout à l'heure par un germanisme encore quelque peu hésitant sur sa puissance d'expansion spirituelle, et tout meurtri de ses précédents contacts avec les adverse^ conceptions du monde?

Il ne faudrait pas croire, après tout cela^ que les inspirations catholiques soient entièrement exclues des matériaux du temple de l'avenir ni que le protestantisme en doive fournir à lui seul les fondations et les piliers d'angle. Non pas ! M. Chamberlain est, par ses propensions psychiques, trop porté vers le mysticisme de nuance schopenhauerienne, par son origine ethnique, trop suspect d'inspirations celtiques, et par ses appétits esthétiques, trop sensible à l'archaïsme du style dans les manifestations du sentiment reUgieux^ pour ne pas porter une sympathie involontaire à cette branche du cathoUcisme qui se colore de nuances celto-germaniques dans les pays du Nord et qui fut élaborée par des cœurs aryens. La foi de nos paj^sans bretons, par exemple, provoque son admiration attendrie. Au contraire, l'aspect dogmatique et contentieux de la Réforme ne lui plsdt guère* Assurément, Luther reste à ses yeux l'une des plus grandes figures du germanisme moral, mais surtout par le trait tnystique, si profondément marqué dans la personne du Réformateur, et par sa fidéhté à la justification par la foi. Car l'œuvre d'assainissement que le moine de Wittenberg avait entreprise devait rester lamentablement incomplète, son instigateur n'ayant nié qu'en partie seulement les dogmes plus ou moins magiques dont le Chaos des peuples avait encombré son Credo, et conservant dans sa profession de foi mainte superstition, toute matérialiste, du passé. — Qu'on se remémore plutôt l'attitude d'Érasme et de Thomas Moore, ces deux grands Germains, en présence des premières affirmations de la Réforme. Ils se refusèrent à embrasser le protestantisme parce qu'il marchaient déjà trop loin devant leur temps pour approuver les hésitations et les demi^mesures de ses

théologiens. Sans doute, derrière la protestation luthérienne se révélait une force incommensurable, celle de l'âme germanique à la recherche de ses voies. Mais, cette fois encore, la rechute devait être trop prompte après rinsufiftsant essor. Le formalisme ecclésiastique — car c'est ainsi que Chamberlain appelle le travail de rationalisation nécessaire qui fut accompli par les collaborateurs de Luther, par les Melanchthon et les Bullinger, sur ses affirmations trop mystiques afin de rendre son œuvre socialement viable, — le formaUsme ecclésiastique reconquit bientôt la communauté protestante : et ce travail de dessèchement rationnel s'est poursuivi jusqu'à nos jours dans le sein des confessions réformées. C'est pourquoi, si l'espoir de la future rehgion germanique ne persistait à l'horizon moral, les âmes saines chercheraient plus volontiers leur salut du côté de Rome que de se tourner vers une doctrine casuistique, dogmatique, infectée de superstitions basses telle que la Réforme l'a péniblement élaborée par le conflit de ses sectes sans nombre. « Ce n'est pas là une force vivante », prononce le philosophe wagnérien en dernière analyse.

Dans la Préface à la quatrième édition de ses Assises, il a été jusqu'à écrire qu'il serait insensé de détruire l'édifice reUgieux du catholicisme, déjà si large et d'ailleurs si susceptible d'extensions opportunes, en dépit du fardeau de ses dogmes. Pour qui sait ne pas s'en tenir aux apparences, la confession romaine se montre bien plus susceptible d'évolution vers le mieux que la luthérienne. Le cathoUcisme, qui, moralement parlant, représente un idéal moins pur que le protestantisme aux yeux de ce protestant, est en revanche, selon lui, moins judaïsé, plus proche de la rature et, par là, de la vérité vivante : il n'exclut pas totalement l'intelligence du m3i;he, cet indispensable aliment du sentiment rehgieux, selon l'école wagnérienne : enfin, il ne pense ni ne cherche moins hbrement dans les sciences que les confessions réformées ! « Je crois, conclut M. Chamberlain, que nous autres protestants, nous devons entretenir estime et amour pour la

catholicité dans nos cœurs. » U se déclare persuadé que le protestantisme ne pourrait, par ses propres forces, mener à bien la rénovation religieuse qu'il espère et il ajoute : « Le protestantisme a quelque chose de spécifiquement masculin : nous Ten aimons et l'en apprécions davantage : mais le féminin seul engendre, et le catholicisme a le caractère féminin, nul ne le niera ! d Ce qui est surtout vrai à notre avis, du cathoUcisme de nuance romantique qui a tenu tant de place au cours des deux derniers siècles : c'est naturellement celui-là qui convient le mieux au genre de Richard Wagner.

Il semble que les adeptes d'une foi si cordialement traitée, au moins par intervalles, dans les Assises du XIX® siècle, aient eu le sentiment des hens de parenté qui les unissent au m5^tique auteur de cet ouvrage, car la riposte la plus modérée, la plus sympathique même qu'ait suscité le livre sortit de la plume du professeur Ehrhardt, le choryphée du cathoUcisme réformiste au delà du Rhin. En outre, la préface des Paroles du Christ, dont nous avons parlé plus haut, nous apprend que ce dernier travail fut entrepris sur les suggestions d'un cathoHque, à qui le chamberlainisme avait pour ainsi dire révélé le charme mystérieux qui se dégage de la personne et de la fami- Uarité intime de Jésus ! Et déjà dans le chapitre des Assises qui est consacré à la rehgion, on rencontrait après une critique passionnée des dogmes romains, cette anecdote inattendue autant que significative : «J'ai, pour mon bonheur, beaucoup de bons et fidèles amis dans le clergé cathoUque, et, jusqu'ici je n'en ai perdu aucun. Je me souviens qu'un Dominicain très distingué, qui discutait volontiers avec moi les questions théologiques et à qui je dois beaucoup de lumières, poussa un jour en ma présence ce cri de désespoir : Mais vous êtes un homme terrible ! Mais Saint-Thomas d'Aquin lui-même ne viendrait pas à bout de vous réduire 1 — Et cependant le très respectable prêtre ne me retira pas sa bienveillance et je lui conservai ma vénération. Ce qui nous unissait n'était-il pas bien plus grand et plus puissant que

ce qui pouvait nous séparer d'autre part? Chacun de nous était intimement persuadé que son interlocuteur s'attachait à de pernicieuses doctrines, et, dans la mêlée des intérêts humains, n'aurait donc pas hésité à le combattre sans méhagement comme un adversaire. Mais, dans le silence du cloître où je visitais le religieux, nous nous sentions l'un et l'autre portés vers cette paix de l'âme que Saint-Augustin a si admirablement décrite: nous goûtions côte à côte quelques-unes de ces minutes précieuses où il semble que tout, autour de nous, fasse silence, jusqu'à la voix des anges, tandis qu'un Seul porte la parole. En cette disposition du moins^ nous nous sentions profondément unis, et, tous deux avec une égale conviction nous proclamions : le ciel et la terre passeront, mais Ses Paroles ne passeront point I »

Le Père Dominicain était assurément un bon psychologue et M. Chamberlaiti, comme les romantiques aUemailds de la seconde géiiérsttion du mouvement rousseauiste, est du bois dont on fait les convertis de l'Église romaine. Plus d'un fervent de BayreUth l'a démontré avant lui pât son exemple I

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