I. — Aryens et Hébreux dans la philosophie
de Schopenhauer.
Ce mysticisme pseudo-chrétien procède de l'hérésie rousseauiste comme toute la philosophie romantique allemande, et nous en voulons surtout retenir aujourd'hui les jugements sur les religions ou sur les philosophies du
(i) Pour plus de développement sur ces différents points, on consultera le volume que nous avons consacré à Schopenhauer (Collection Bloud des grands écrivains étrangers). Le présent chapitre en résume les commentaires sur la philosophie raciale.
passé, en notant ses préférences enthousiastes pour les unes, ses nerveuses antipathies à l'égard des autres.
Lorsque la pensée aryenne antique lui fut révélée, Schopenhauer la goûta surtout, au premier abord, dans la célèbre traduction française de VOupnekhat, que notre compatriote Ariquetil-Duperron a publiée vers la fin du xviii® siècle. Son affection pour ce livre initiateur fut si forte et si fidèle qu'elle le rendit peu équitable pour les progrès réahsés par Térudition védique durant le cours de sa longue existence. La version d'Anquetil, — exécutée cependant sur une transposition iranienne des textes sanscrits originaux — lui sembla toujours préférable aux interprétations plus directes qui vinrent ensuite, mais qu'il accusait d'alourdir, d'affadir, en un mot d' « occidentaliser » visiblement la vénérable sagesse des Aryas indiens. Il n'a pas laissé toutefois de lire beaucoup sur l'Extrême-Orient pendant toute sa vie et il a même esquissé une bibliographie critique de Tindologie moderne.
Dans son esprit, la sagesse védique et bouddhique, prolongée par Platon, par le Nouveau Testament, par toute la mystique chrétienne depuis dix-huit siècles, enfin par Emmanuel Kant, s'oppose de façon antithétique aux enseignements néfastes du Judaïsme consignés d'abord dans l'Ancien Testament, puis continués par les Pélasgiens, les protestants et jansénistes, les cartésiens rationalistes, \ei encyclopédistes français, enfin, en Allemagne, par la philosophie pseudo-kantienne des trois grands « sophistes » du xix® siècle, Fichte, Schelling, Hegel le plus dangereux de tous ! La première de ces deux lignées intellectuelles si parfaitement divergentes est à ses yeux caractérisée par l'idéalisme (un mysticisme hardi), l'athéisme, le déterminisme et le pessimisme. La seconde se distingue par le réalisme philosophique (la part plus large faite à l'expérience logique), le théisme, la foi dans le hbre arbitre et surtout l'odieux optimisme, la confiance dans le progrès moral de l'humanité ! «
On est surpris au premier abord de voir Vathéisme figurer parmi les caractères distinctifs de la pensée aryenne
dans son oppoâtion à la pensée sémitique, car les Védas, Platon, le Nouveau Testament et la mystique chrétienne n'ont j amais passé pour poser la négation de Dieu à leur point de départ, bien au contraire. Mais Schopenhauer appelle athéisme la négation d'un Dieu personnel et telle serait bien, à l'en croire, la tendance intime des diverses doctrines que nous venons d'énumérer. L'afiirmation de Dieu, quand elle s'y fait jour, ne résulterait que d'une influence juive, ancienne ou récente. Le théisme dfe PlatoUi en particulier, cette erreur déplorable qui fut de si haute conséquence pour l'évolution religieuse de l'Europe est un emprunt fait aux Juifs, ainsi que les spéculations de ce grand penseur égaré sur la création du monde (ime autre notion juive qui est également en horreur à notre disciple du panthéisme hindou). C'est pourquoi Eusèbe et Clément d'Alexandrie ont vu juste quand ils l'ont traité de « Moïse grec ».
La conviction de Schopenhauer est si bien établie sur ce point que, loin d'accepter cette preuve classique de l'existence de Dieu qui est le « consentement universel » des peuples, il soutient au contraire que nul peuple n'a jamais rendu hommage à un Dieu personnel, si l'on excepte le peuple juif et ses disciples directs (i). C'est en effet à ses yeux une trahison véritable (traduttore, tradittore) que de traduire par le mot Dieu le terme indien de Brahant, qui signifie âme du monde, ou le mot chinois Tien qui désigne le ciel. De pareilles jongleries, ajoute-t-il, sont tout au plus permises à des méthodistes d'Oxford ou encore à des docteurs hégéliens, fidèles à ce Dieu de leur kantisme falsifié qui « nourrit les petits oiseaux dans les branches, mais aussi les professeyrs allemands de philosophie dans leurs chaires ! »
En général, il estime tout à fait absurde d'identifier
(i) Il reconnaît toutefois que le christianisme a su corriger jusqu'à un certain point, grâce a^x iiifluences indiennes, lethéisme juif par le dogme de la Trinité divine : tandis que la religion opiniâtrement monothéisée de Mahomet est bien, sans conteste, la plus mauvaise de toutes celles qui ont paru dans le monde.
le sentiment religieux dont il réclame pour ses précurseurs et pour lui le monopole, avec un cas très particulier, et, à son avis, beaucoup trop étroit de ce sentiment, le théisme. Ces deux notions, enseigne-t-il, se comportent entre elles comme le genre et l'espèce, le théisme étant une espèce du genre <( religion ». L'Indç n'est-elle pas à la fois profondément religieuse et décidément athée (au sens que nous avons défini plus haut). En Extrême-Orient, la Critique de la raison pure, ce bréviaire kantien de l'idéalisme et de l'athéisme réfléchi, passerait pour un traité d'édification tout à fait propre à réfuter des hérésies pernicieuses et à servir la saine doctrine. C'est pourquoi le langage philosophique remplacerait avantageusement désormais le terme mal constitué d^athéisme en convenant d'appeler non-judaïsme le refus de croire en un Dieu personnel puisque le judaïsme seul et les religions qui procèdent de lui sont des reUgions théistes à proprement parler !
L'auteur du Monde comme volonté a rencontré certain jour, dans une vieille chronique coloniale, un récit qui l'a transporté d'aise et sur lequel il est donc rev^iu complaisamment à plusieurs reprises dans ses écrits. En 1766, le gouverneur hollandais de Ceylan imagina d'interroger successivement les grands-prêtres des cinq temples les plus vénérés de l'île afin d'obtenir d'eux quelques éclaircissements sur les articles de leur credo, La conversation qui commence alors entre des interlocuteurs abcolument incapables de se comprendre, apporte à notre caustique philosophe une joie san^ mélange. Les prêtres cinghalais, fidèles, dit-il, à ce précepte de leur rehgion qui commande l'amour et la compassion pour tous les êtres vivants, ces êtres fussent-ils des gouverneurs hollandais, se montrent tout disposés à satisfaire la curiosité du fonctionnaire européen. Par malheur, l'innocent et sincère athéisme de ces pieux pçrsonnages entre sans cesse en conflit avec le théisme obstiné du Batave, « judaïsé » dès le berceau par son éducation protestante. Cet honune pour qui sa formation
NGERMANISME MYSTIQUE :
nue comme une seconde nature s'enles bonzes au sujet de l'Être suprême r qui donc a créé le monde? Ils répondent li hésitation qu'il ne saurait exister
au victorieux et parfait Bouddha et ant fait lui-même, n'a été créé par peraent même leur idéalisme (mysticisme) ; exquise formule : < La nature est ce ixiste pas I » Ou, si l'on préfère, ils la re comme l'accomps^ement obligé i individuelles qui sont elles-mêmes la lotre conduite coupable en cette vie.
' n'aurait pas parlé autrement à son celui-ci avait vécu quelques cinquante >ur l'iAterroger à son tour.
:e capitale erreur du judusme, engendre jptimisine, conviction non moins déploale a empoisonné le monde occidental.
de la Genèse, après avoir créé de rien le rs, ne s'avise-t-il pas de proclamer tout nce de son œuvre I Panla kola lien, îion des Septante : Dieu vit que toutes >arfaitement belles eu son ouvrage !
tion a de quoi révolter un fUs névrosé énération romantique!
louddiste occidental considère comme ;ur du judaïsme la foi au libre arbitre tiaque page dans les Écritures : il s'est point dans un passage fort signiiicatif ( Que ma doctrine qui proclame innées, les qualités morales, les bonnes s mauvaises (c'est le mysticisme rousggravé), s'accommode bien mieux de la rahmanique ou bouddhique que de la J introduit l'homme dans la vie à l'état ni permet de décider, après mûr examen,
ange ou démon, ou quelque chose qui i la fois, tout cela, je le sais fort bien et
je ne m'en . tourmente pas le moins du monde, car je n'inscris que la vérité sur mon étendard 1 Aussi bien ne suis-je pas un professeur de philosophie pour considérer comme un devoir de ma charge le soin d'assurer à tout prix la sécurité des Notions judaïques, quand même la route de la philosophie véritable en devrait être pour toujours obstruée ! %
On pourrait répondre à cette mystique profession de foi par la plume de Frédéric Nietzsche qui fut, coname on le sait, un disciple fervent de Schopenhauer au début de sa carrière, mais qui revint vers 1876 à des vues plus rationnelles et qui avait assurément ce passage présent à la mémoire quand il riposta, sur un ton tout aussi véhément, dans sa Génécdogie de la morale (i) : « Il faut un assez haut degré d'humanisation pour que l'animalhomme commence à faire les distinctions qui s'expriment par ces mots à dessein, calculé, accidenlel, responsable et à en tenir compte quand il s'agit de graduer les châtiments sociaux. Cette opinion aujourd'hui si banale, si naturelle, si universellement adoptée, mais qui explique pourtant seule la naissance sur la terre du sentiment de la justice : le criminel mérite châtiment parce qu'il aurait pu agir autrement qu'il n'a fait ; cette opinion est, en réalité, une forme très tardivement acquise et très rafiânée des jugements ou conclusions de notre cerveau. La transporter au début de l'histoire, c'est commettre une grossière erreur dans l'interprétation psychologique de l'humanité primitive. Qui donc niera cependant que la foi au libre arbitre ne soit un progrès social et quelle absurdité philosophique faut-U donc pour en faire un crime à ses prétendus auteurs (à savoir aux Juifs,comme le fait la philosophie de Schopenhauer) ».Oui, la régression vers une mentahté prélogique est la tendance que l'on trouve au fond de tout mysticisme, du mysticisme romantique qui domine la pensée de nos contemporains comme des plus anciennes doctrines de même inspiration.
(i) Werke, édition Naumaim, p. 67.
Après avoir indiqué sommairement l'opposition théorique entre pensée aryenne et pensée sémitique qui préside à tous les jugements historiques de Schopenhauer, notons encore que son antijudaïsme l'entraîne parfois à des diatribes dont le ton rappelle celui de certains pamphlétaires contemporains. C'est ainsi qu'il déclare sympathiser avec les persécuteurs notoires d'Israël, tels que Nabuchodonosor ou Antiochus Epiphane, et que volontiers, il persisterait à refuser aux Juifs allemands tous droits politiques afin de les contraindre à se fondre, par des mariages, dans les nations européennes : un souhait qui ferait horreur aux croyants de la race I II a certain jour condensé ses griefs dans un soupir de regret qui s'exhale de ses lèvres en ces termes : « Puisque l'invasion des barbares s'est étendue entre nous et les peuples de l'antiquité comme ces couches marines qui séparent la surface actuelle du globe des terrains où nous retourvons les restes des grands fossiles, il faut considérer comme un véritable malheur que le peuple ancien dont la culture eut ce destin d'assister l'Europe dans son effort de reconstruction morale n'ait pas été celui de l'Inde, de la Grèce ou tout simplement de Rome, mais précisément le peuple juif, c'est-à-dire un petit groupe national isolé, obtus, superstitieux, gouverné par une hiércirchie théocratique étroite et méprisé ajuste titre par toutes les grandes races d'Orient ou d'Occident, ses contemporaines I (i) »
Pourtant tout espoir n'est peut-être pas perdu de voir réparer ce dommage. Le bouddhiste de Francfort est bien convaincu que l'Inde ne se laissera pas facilement convertir au judaïsme par les marchands de Bibles
(i) Il est piquant de noter ici que, par une étrange ironie du Destin, cet antisémite acharné dut en grande partie le tardif renom qui fut un baume si délicieux pour son amour-propre ulcéré, à l'active, à l'adroite propagande d'un juif, Frauenstaedt, qu'il appela son « archiévangéliste » et fit héritier de ses livres ou manuscrits de toutes sortes. Un autre Israélite devint, par faveur spéciale, le cinquième des évangélistes de la religion nouvelle et fut également nommé dans le testament du maître, parmi ses rares légataires.
HOUSTON-STÈWARt CÎLA.MBERLAIN, 2g
britanniques ou par les piétistes allemands. Tout au contraire, grâce à la diffusion de sa littérature religieuse, elle nous prodiguera désormais les leçons de son antique sagesse qui commence à refluer vers l'Europe pour y préparer ime rénovation des esprits et des âmes. Et pourquoi l'empereur de la Chine ou le roi du Siam ne réclameraient-ils pas, dans les traités qu'ils signent avec nous, le droit d'envoyer en Occident des missionnaires bouddhiques comme nous inondons l'Orient de prédicants et de m,oines. Par là, nous serait accordée « l'espérance de voir l'humanité s'élever enfin jusqu'à ce point de maturité spirituelle qui lui permettra de produire d'une part, d'accepter d'autre part, la vraie philosophie, celle qui remphra, dans un avenir prochain, la place jusqu'ici tenue pas les reUgions positives à titre précaire ». Ce jour-là, en effet, les reUgions de notre monde occidental, trop longtemps prisonnier de la pensée juive, pourront se laisser oublier du genre humain quelles auront conduit jusqu'au seuil de son âge viril. Le triomphe de la vraie philosophie (celle de Schopenhauer) qui est aussi la reUgion véritable sera la mort souriante des religions périmées, leur euthanasie.