LE CHRIST AVEC TROIS ANGES PORTANT LES INSTRUMENTS DE LA PASSION
(Collection de M. Avnard, Lyon).
Traumann, de Madrid) avec une donatrice à la place du donateur; œuvre de valeur analogue, — le Christ seulement plus « enjolivé » — signalée par James Weale comme le pendant de la précédente.
3° Un Christ de la collection de M. Aynard, de Lyon, semblable aux deux premiers, mais où manquent le donateur, la Vierge et l’ange qui tient la couronne au-dessus de la tête de celle-ci.
Dans les trois tableaux, l’exécution des anges, d’ailleurs non-dénuée d’intérêt, était d’une autre main, celle d’un très bon varlet ; le reste, en revanche, était de la main d’un vrai maître, d’un grand maître : celle de l’auteur même du Calvaire de Berlin attribué à Jean van Eyck, dont le Christ ressemblait trait pour trait au Christ- Aynard, celui-ci étant très probablement une étude d’après nature.
Quelle date leur assigner ? Le capuchon du donateur, la coiffure de la donatrice, existent déjà vers la fin du XIVe siècle; les types des anges, leurs coiffures se retrouvent dans maints tableaux des environs de l’an 1400, ceux de Broederlam, par exemple, et disparaissent après 1410.
Ce n’est pas tout. Dans le tableau de Saint-Sauveur de Bruges, la Vierge et le donateur sont agenouillés sur un carrelage dont les diagonales, qui devraient converger vers un même point, se trouvent être rigoureusement perpendiculaires au bas de la plinthe. Plusieurs historiens d’art ont voulu faire descendre cette peinture jusque vers le milieu du XVe siècle et même plus tard ; mais, outre les raisons de coiffure et de costume déjà indiquées, l’absence de perspective que nous venons de signaler rend impossible une telle supposition. En trouverait-on un autre exemple dans une œuvre, nettement datée, postérieure à l’an 1400 ? Nous croyons pouvoir affirmer avec certitude que non. Et quel est l’artiste qui, travaillant avant 1400, aurait créé le type de Christ des van Eyck et fait preuve, comme dessinateur, modeleur et coloriste, des qualités dont la renommée universelle à fait jusqu’ici honneur aux van Eyck ? Au lieu d’inventer un si grand précurseur dont personne n’aurait soufflé mot, n’est-il pas plus simple d’admettre qu’avant l’àge de trente quatre ans
Hubert a dû produire un bon nombre d’ouvrages dont quelques-uns peuvent avoir anonymement survécu ?
Nous attribuerons donc en toute vraisemblance à Hubert, vers sa trentième année, la création du type de Christ que renferment, outre ces trois ouvrages, les deux Saint-François ; le Calvaire de l’Ermitage ; le Calvaire et la Vierge dans une église de Berlin; la Mort du Christ (pl. XX) et le Saint-Thomas d’Aquin dans sa cellule (pl. XL) des Heures de Turin.
Le musée de Lyon possède un Christ en croix soutenu par Dieu le Père qui devrait s’appeler Trinité. Cette composition est fréquente dans le dernier quart du XIVe siècle. Nous ne prétendons pas que le tableau du musée de Lyon remonte lui-même à cette période. Par l’exécution, il descend même très bas dans le XVe siècle. Mais le Christ y est extrêmement voisin de celui d’Hubert et la tête de Dieu-le-Père ressemble singulièrement, par le type carré, aux pommettes saillantes, à celui de Dieu-le- Père d’une des miniatures du groupe Bavière-H ainaut dans les Heures de Turin. Il y a toutes chances pour que le panneau de Lyon soit une répétition libre d’un tableau d’Hubert dont rien n’empèche de placer la date de création vers 1390-1400. Cette Trinité de Lyon serait avec l’original perdu dans la même relation que les nombreuses Mise au tombeau où le Dr Friedlander, puis M. J. Destrée ont reconnu des imitations plus ou moins lointaines d’un Hugo van der Goes perdu ou mutilé.
Telles sont, à notre avis, les compositions les plus anciennes que l’on puisse rendre à Hubert. En dehors du retable de Gand, qui reste la vraie pierre de touche, ce sont les Heures de Turin , on le voit, — si nos idées sont justes, — qui apportent les meilleurs éléments à la reconstitution de l’œuvre d’Hubert.
Ce type de Christ, d’où vient-il ? Hubert l’aurait-il inventé de toutes de toutes pièces ? Non, diront a priori ceux qui pensent que l’artiste le
LE CHRIST AVEC QUATRE ANGES PORTANT LES INSTRUMENTS DE LA PASSION, ET UN DONATEUR PRÉSENTÉ PAR LA VIERGE.
(Eglise Saint-Sauveur, Bruges,.
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Hubert van Eyck
LE CHRIST AVEC QUATRE ANGES PORTANT LES INSTRUMENTS DE LA PASSION, ET UNE DONATRICE PRÉSENTÉE PAR LA VIERGE.
[Collection de M. R. Traumann, Madrid).
Hubert van Eyck (Copie libre d’après)