‹ Hubert et Jean van EyckChapitre 19 sur 58 · DIEU LE PÈRE SOUTENANT LE CHRIST EN CROIX · texte numérisé non relu

DIEU LE PÈRE SOUTENANT LE CHRIST EN CROIX

«Musée de Lyon).

plus original est le fils, le petit-fils, le petit-neveu de ses prédécesseurs plus ou moins lointains. C’est, en eftet, parmi les contemporains italiens de Giotto et ses successeurs immédiats qu’on peut chercher les inspirateurs d’Hubert, à supposer qu’on ne doive pas remonter encore plus haut. Dans les sculptures et les peintures byzantines, le Christ a les genoux fortement pliés, les pieds posés côte à côte sur un appui oblique. Plus tard, en Italie, les pieds ont encore un support en plan incliné, mais ils sont déjà cloués l’un sur l’autre, la flexion des genoux est fort amoindrie, le corps est posé presque de face. Dans une Crucifixion avec la Vierge , saint Jean et quatre saints , de l’Académie de Florence, qui doit remonter au début du XIVe siècle, la croix est plate, comme elle le sera chez Hubert ; les pieds du Christ sont cloués l’un sur l’autre. Il est vrai que le perizonium tombe jusqu’aux genoux et que les pieds sont encore posés sur un plan incliné ; mais la tête et les bras font déjà songer à Hubert, qui pourrait bien avoir vu cette composition. Dans Y Arbre de Vie du même musée, signé A. PACINO BONAGVIDA ANNO DNI MCCCX, le grand Christ est du même type. Mais il y a déjà un changement dans les petits médaillons, où le type du Christ, si l’on met à part le perizonium encore un peu long et le support oblique des pieds, est presque identique à celui d’Hubert. Une telle concordance ne peut être fortuite.

On pourrait multiplier ces points de contact entre deux époques et deux pays. Mais l’indication est suffisante.

Le portrait de Donateur en buste du musée de Leipzig a subi une aventure peu commune. Il a perdu le volet qui lui faisait pendant et qui devait représenter la Vierge ; lui-même a été mutilé, raccourci par le bas. Tout cela n’a rien que de banal. Mais un moment donné, un retoucheur « habile » l’avait transformé en femme ! Nous ne sommes partisan, on le sait, que des restaurations absolument nécessaires ; nous croyons

pourtant évident que la direction du musée de Leipzig fut bien inspirée quand elle chargea un restaurateur, habile, cette fois, dans le bon sens du mot, d’ôter les monstrueux repeints qui défiguraient ce beau morceau de peinture.

Quelques-uns ont pensé qu’un tel travail n’avait pu se faire sans de grandes écorchures qu’on avait dû « évidemment » dissimuler par de nouvelles retouches ; d’autres, partant de là, sans songer à vérifier, ont déclaré que le tableau était « complètement repeint ». En réalité, nous avons été fort agréablement surpris, quand nous l’avons vu pour la première fois, en constatant qu’il est presque intact. Les plus fortes retouches, d’ailleurs très peu importantes, se trouvent en deux endroits de la fourrure. Est-ce à dire qu’il soit redevenu absolument ce qu’il était en sortant des mains de l’artiste ? Non, le temps a opéré sur lui son travail ; aujourd’hui, même si l’on fait abstraction du vernis jaune qui le recouvre, on est tenté de voir dans le personnage replet qu’il 'représente un adorateur non pas tant de la Vierge que de la dive bouteille. Son nez, devenu d’un ton quelque peu vineux, semblerait le prouver. A cela près, très bel ouvrage : les petits yeux du donateur, son gros nez assez proéminent, sa lèvre supérieure mince, sa lèvre inférieure épaisse, les formes arrondies de son double menton, celle de son oreille assez particulière, celle de ses mains grasses et un peu ridées, dénotent chez l’auteur de ce portrait une vive préoccupation du caractère. On a douté que l’œuvre fût sortie de l’atelier des Van Eyck. « Jean », disait-on, est plus fort que cela. « Jean » est le nom qui vient tout naturellement à l’esprit quand celui de « van Eyck » est prononcé. Nous sommes prêt à convenir que l’attribution à Jean est quelque peu écrasante. Mais les qualités de l’œuvre conviennent à merveille au frère aîné; ses défauts aussi, parmi lesquels une certaine mollesse si on le compare à Jean ; et toutes les autres caractéristiques d’Hubert y apparaissent au premier coup d’œil : la douceur répandue partout ; une fine harmonie, un charme général provenant du jeu des valeurs.

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Hubert van Eyck

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