PORTRAIT D’UN DONATEUR EN BUSTE
jMusée de Leipzig).
Un examen plus attentif confirme cette impression. La robe, d’un rouge carminé, est peinte dans une pâte légère où la brosse a laissé les stries révélatrices de son passage ; les chairs de même, où tout est doux, gras et enveloppé. Les poils de la fourrure, les cheveux, les cils, les sourcils sont faits avec soin un par un, mais fondus en une masse homogène que décompose seulement un regard attentif. La main d’Hubert est reconnaissable à tous ces caractères, du moins pour celui qui, comme nous, accorde à Hubert l’exécution du retable entier de Saint-Bavon, — sdMÎYAdam, Y Eve et les Anges chanteurs. — Un détail tout spécial doit être signalé. Les yeux du donateur ont une ligne rouge parfaitement marquée entre leurs paupières et les bords de leurs sclérotiques, ligne qui se retrouve dans un grand nombre des figures de Y Adoration de l'Agneau. Cela équivaut, pour nous, presque à une signature.
L’emploi des tons de chair plus ou moins roses et rouges n’est pas particulier à cet endroit du visage. Il existe dans les rides, dans le contour du nez, de l’ovale, de toutes les chairs, y compris le dessin des doigts et de leurs articulations. Ça et là, ce contour a tourné au brun plus ou moins foncé — voyez, par exemple, les deux pouces ; — ailleurs il est devenu d’un brun plus ou moins rouge, et c’est ce qui est arrivé au contour et aux ombres jadis roses de la narine et du bout du nez, aujourd’hui rubicond. Si l’on tient compte de ces changements amenés par le temps, on reconnaîtra que le donateur de Leipzig était, malgré son âge déjà mûr, une sorte de gros poupon tout blanc et tout rose, vraiment destiné à servir de modèle à Hubert tel que nous le concevons, c’est-àdire à un peintre qui, sans mépriser la grande forme, avait une prédilection pour les morbidesses de la chair, pour les caresses de la lumière sur un épiderme souple et satiné.
Par le caractère de la chevelure, rasée jusqu’au-delà des oreilles, par la forme spéciale du col de fourrure qui rappelle le capuchon des environs de l’an 1400, ce portrait doit remonter très haut, peut être aux environs de 1405. Les progrès futurs de l’histoire du costume diront sans
doute quelle correction il faut apporter à cette date provisoire. A ceux qui pourraient trouver exagéré ce recul dans les profondeurs du temps, nous ferons observer qu’Hubert, en 1405, était tout près d’atteindre la quarantaine.
« L 'Annonciation de l’Ermitage, attribuée à Jean, revient-elle à ce maître ou à son frère aîné ? Le caractère élégant et tout à fait roman de l’église ; l’arrangement du fond architectural, qui rappelle d’assez près celui de la Vierge dans une église du musée de Berlin ; la mimique vivante des figures ; l’invention des rayons de lumière qui partent d’un vitrail ; le mouvement de vol si naturel de la colombe ; les masses floconnantes des chevelures ; le caractère pittoresque et, si l’on peut dire, anecdotique du bouquet de lis, etc., prouvent autant qu’on peut l’affirmer sur l’examen d’une bonne photographie, que l’œuvre a été conçue par Hubert. Quant à l’exécution, il nous est plus difficile d’en parler, car nous n’avons pas revu l’original depuis de longues années. Selon qu’elle sera, dans les chairs, empâtée ou lisse, avec ou sans petits coups de lumière ; dans les vêtements, en pleine pâte ou en glacis ; il faudra penser soit à Hubert, soit à Jean. »
Voilà ce que nous disions, il n’y a pas longtemps, dans une étude sur Hubert. Pour en savoir davantage, nous comptions élargir jusqu’à Saint-Pétersbourg le cercle d’une nouvelle tournée de musées européens projetée pour l’été dernier. En cours de route, nous avons appris que la précieuse Annonciation faisait partie de l’Exposition de la Toison d’Or, ce qui nous a forcé de changer nos plans et de doubler les étapes du retour, afin d’arriver en temps utile à Bruges. L’attribution à Hubert van Eyck ne fait maintenant plus de doute pour nous. Ce que nous avaient murmuré le geste obéissant des mains levées de la Vierge, la légère torsion de son corps, l’inclinaison de sa tête, la direction de son regard qui se détourne timidement, toutes choses exquises, mais un peu trop anecdotiques pour Jean, la couleur et l’exécution de la peinture nous l’ont répété d’une voix plus ferme, d’un accent encore plus sûr.
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Hubert van Eyck