‹ Hubert et Jean van EyckChapitre 22 sur 58 · VIERGE DANS UNE NICHE GOTHIQUE · texte numérisé non relu

VIERGE DANS UNE NICHE GOTHIQUE

Musée de Vienne' .

ouvrages ne peuvent être mises plus tard que 1410-1418. Il faut donc placer chronoligiquement le tableau de l’Ermitage vers 1410. Sous toutes réserves, bien entendu.

Aller à Vienne pour étudier les portraits de Jean de Leeuw et du cardinal Albergati, et trouver dans le même musée une œuvre méconnue d’Hubert Van Eyck, voilà une aventure qu’on ne pouvait guère espérer. C’est pourtant ce qui nous est arrivé, au printemps de 1905, alors qu’ayant revu depuis peu les Van Eyck d’Italie, de France, de Belgique et de tout le Nord de l’Europe centrale, nous avions encore vivants dans la mémoire les types familiers à chacun des deux frères ; leur goût propre d’arrangement des lignes et des formes ; leurs procédés de facture, surtout, parfois assez voisins l’un de l’autre pour que l’on risque de les confondre, mais si différents dans la plupart des cas, qu’il semble impossible de les méconnaître dès qu’on les a une fois aperçus.

C’est sans prévention aucune que nous nous approchâmes d’une Vierge avec l’enfant, debout devant un trône dans une niche gothique. Le premier coup d’œil, de loin, évoqua dans notre esprit la vision de la Sainte-Barbe de Palma le Vieux, exposée dans l’église de Santa Maria Formosa, à Venise. C’était de part et d’autre, la même stature plutôt majestueuse que fine; le même hanchement sur la jambe gauche, la jambe droite, genou plié, modelée et comme sculptée sous le vêtement; c’était la même noblesse des larges plis de la robe et du manteau. Malgré l’énorme différence des styles, malgré un sentiment de vérité et de vie qui, dans la Vierge de Vienne, est incomparablement supérieur à la grandeur un peu plus théâtrale des figures féminines du grâcieux vénitien, l’analogie était frappante et nous avons pu la vérifier à loisir depuis lors, à Venise même.

Mais, à mesure que nous approchions, des détails plus intimes apparaissaient, éveillant le souvenir des Van Eyck. L’Enfant divin rappelle d’une manière frappante, au moins pour la tête, celui de la

Vierge allaitant l’enfant, de Jean Van Eyck, au musée Staedel de Francfort. Si l’on examine maintenant, dans le tableau de Vienne, le corps du même enfant, à la fois élégant, mince et grassouillet, ce n’est plus à Francfort qu’il vous ramène, c’est à Berlin, devant la Vierge dans une Église; à Anvers, devant la Vierge à la Fontaine , de Jean. Quant aux plis du linge blanc et des vêtements, on retrouve les uns aussi naturels, les autres aussi nobles dans la Vierge de Berlin.

Hubert ou Jean ? A notre avis, pas de doute possible : le charme de l’attitude générale et de la tête légèrement inclinée ; la délicate souplesse des mains de la Vierge et du corps de l’enfant; l’exécution grasse du linge; les plis delà robe et du manteau, auxquels Jean, plus grandiose, n’aurait pas su communiquer cette libre et somptueuse élégance ; la discrète harmonie de lignes et des masses, tout criait pour nous le nom d’Hubert.

Les sujets sculptés qui entourent la niche, ne pouvaient que confirmer notre impression. A droite, Eve écoute le serpent; elle tient de près à la grande Eve du retable; mais elle est plus dégagée d’allure, presque en action, comme on peut s’y attendre de la part d’Hubert, ce grand inventeur d’attitudes. U Adam, du côté opposé, plus vivant que celui de Jean, — nous voulons dire plus dramatique, car celui de Jean est la vie même, — écoute avec angoisse la voix de l’ange qui le met hors du Paradis ; il porte la main à son menton, geste éloquent qui veut clairement dire : « Qu’ai-je fait?» Et toutes les figurines, y compris celle de l’ange et celle du Dieu bénissant, en buste, qui couronne l’architecture, sont d’Hubert par leur exécution en ébauche franche et rapide.

Quel nom d’auteur porte le catalogue? Celui de Rogier van der Weyden. L’attribution est insoutenable, malgré quelques analogies très superficielles, dont la principale consiste dans l’usage habituel que fait Rogier des fonds d’architecture ornés de figurines sculptées. La petite Sainte Catherine debout dans un paysage, qui se trouve tout auprès, attribuée à Rogier avec une vraisemblance beaucoup plus grande, forme,

Hubert van Eyck

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