PETITE VIERGE ASSISE SOUS UN PORTAIL SCULPTÉ
(Collection de lord Xortlibrook, Londres).
au premier coup d’œil, une sorte de pendant à la Vierge d’Hubert. Peinte sur un panneau de dimensions presque identiques, elle est, en fait, d’un tout autre style, d’une exécution toute différente, d’un modelé, surtout, tellement inférieur à celui de notre admirable Vierge , qu’il n’est pas possible de songer au même auteur. En outre on chercherait vainement, dans l’œuvre entier de Rogier van der Weyden un type d’enfant Jésus qui rappelle, si peu que ce soit, celui du tableau de Vienne.
Nous avions cru un instant, sur la foi de notre mémoire, que la « petite Vierge » vue par Michiel (l 'Anonyme de Morelli) chez Vendramin, à Venise, dans le premier quart du XVIe siècle, était alors attribuée à « Rupert », nom très voisin de « Luprecht » qui est une des formes flamandes authentiques d’Hubert. A moins d’une coïncidence extraordinaire et peu probable, la Sainte Barbe de Palma-le-Vieux est imitée de la Vierge de Vienne ; cela prouve que celle-ci a dû être jadis à Venise. Le nom de Rupert serait venu à point pour confirmer notre opinion. En réalité, vérification faite, la petite Vierge vue par Michiel était attribuée à « Ruggieri », c’est-à-dire à Rogier van der Weyden. Mais cette attribution est insoutenable pour les raisons que nous avons dites, et tout l’essentiel de notre opinion subsiste.
A quelle date remonte la Vierge de Vienne? Un détail va nous le dire assez exactement. Malgré les dimensions microscopiques de la tête de femme qu’a empruntée le serpent pour tenter Ève, on distingue fort bien, dans la coiffure de cette tête, des bandeaux qui recouvrent presque les oreilles. C’est une mode qui ne s’écarte guère des environs de 1410. Sans doute, on pourrait voir là, simplement, une recherche d’archaïsme ; mais, outre que cette recherche ne se trouve chez les van Eyck qu’une seule fois (dans le pavement de X Annonciation de l’Ermitage) ne vaut-il pas mieux écarter une hypothèse, en somme, dénuée de preuves, qui contribuerait pour sa part à faire descendre l’œuvre entier d’Hubert après la cinquantième année du maître ? Nous avons donc affaire probablement à un Hubert des environs de 1410.
Le petit tableau que nous avons cru pouvoir rendre à Hubert n’est pas seul de son espèce. M. le Comte de Northbrook possède une Vierge avec V enfant, assise sous un portail sculpté, qui a paru sous le n° 3o à l’Exposition des Primitifs flamands de Bruges, en 1902. Elle est peinte sur un panneau de 14 cm. sur 10 et demi. Son propriétaire l’attribuait à Rogier van der Weyden ; mais ce petit chef-d’œuvre fut aussitôt rendu par M. Friedlânder à « l’auteur inconnu » de la Vierge de Vienne que nous venons de baptiser à nos risques et périls. Il est permis aujourd’hui de penser que ces deux Vierges ne sont pas seulement sœurs, mais que, selon toute vraisemblance, leur père commun est Hubert van Eyck.
Ainsi que cela avait eu lieu pour la Vierge du musée de Vienne, nous croyons que l’attribution de la F/<??g£-Northbrook à Rogier a été suggérée par la présence d’une niche sculptée, genre d’ornement dont le peintre de Tournay semblait avoir le monopole, tandis qu’en réalité, sur ce point, Rogier fut l’imitateur d’Hubert. En dehors de cette analogie superficielle, rien ne rattache la Vierge Northbrook à Rogier ; rien, ni le type du visage de la mère, ni celui de l’enfant, ni l’ensemble de la conception, ni le détail de l’exécution. Au contraire, nous semble-t-il, tout fait songer â Hubert, au maître qui cache la force sous la grâce, qui recherche avec une évidente prédilection les effets de lumière et le jeu des ombres portées, à l’inventeur qui dépense de véritables trésors d’imagination pour les scènes accessoires, à l’incomparable miniaturiste qui, seul, dans des sujets de sept à huit millimètres de hauteur, est capable de prêter à ses figurines la même vérité d’attitudes et de mouvement, le même jet de draperies qu’il a coutume d’introduire dans ses grandes compositions. Chacun des personnages qui occupent les six niches latérales de l’architecture dans le tableau de la galerie Northbrook pourrait devenir, sans changement, une statue de proportion naturelle ; chacune des sept compositions qui garnissent les niches de la galerie supérieure de cette même architecture pourrait être transformée en un grand bas-relief noblement agencé. Quel est l’artiste, si l’on écarte Hubert, qui aurait pu
Hubert van Eyck (?)