PORTRAIT DE MOINE EX BUSTE
{Musée de Montaubun .
Et signalons, pour finir, sur le chapiteau d’une colonne, un groupe inspiré de Bellérophon et la Chimère ou de quelque sarcophage, nouveau détail que M. James Weale met en relief non sans raison comme preuve de l’influence italienne subie par Hubert van Eyck.
Le Portrait de moine en buste du musée Ingres, à Montauban, a été signalé pour la première fois par le Dr A. Bredius, qui l’attribuait à Memling. M. L. Gonse a fait remonter jusqu’au « milieu du XVe siècle » cet ouvrage « qu’on pourrait comparer à certains portraits de Jean van Eyck ». A notre avis, Jean aurait mis une accentuation beaucoup plus mordante dans les lignes maîtresses de l’arcade sourcilière, des yeux, du nez, des lèvres, des rides, qui sont ici un peu « tremblées ». Mais la physionomie vivante, les yeux qui regardent, les narines frémissantes, la bouche fine sans être mince, le beau modelé du double menton, de la joue, de l’oreille surtout, fort analogue à celle de Vydt, le jeu de la lumière sur les points saillants, sont autant d’indices qui nous ramènent avec vraisemblance, sans certitude absolue toutefois, à Hubert. La date d’exécution de ce portrait d’un moine est difficile à établir, faute de renseignements fournis par le costume. Mettons-la, très provisoirement, vers 14101415.
Nous voici arrivés à trois ouvrages que l’on ne peut guère séparer : le Calvaire et le Jugement dernier de l’Ermitage et le Calvaire de Berlin.
Les deux premiers sont ce qui reste d’un triptyque dont la partie centrale, malheureusement perdue, tout au moins égarée, représentait une Adoration des Mages. L’analogie est grande entre les deux Calvaires de St-Pétersbourg et de Berlin : même ville lointaine sur un fond de montagnes neigeuses ; même petit moulin-à-vent ; mêmes cailloux, mêmes
cumulus très mamelonnés. Quant au Christ, remarquez les deux croix, faites l’une et l’autre de deux madriers plats, à arêtes vives, assemblés à mi-bois, avec la triple inscription en hébreu, grec et latin sur un même rectangle à fond clair bordé de noir. Les deux Christ sont vus l’un et l’autre à peu près de face ; leurs têtes, couronnées d’épines, inclinées sur l’épaule droite, encadrées de longues mèches, sont également expressives, également impressionnantes. La proportion des corps est très élancée, surtout dans celui de l’Ermitage, mais sans la maigreur extrême et la fermeté de modelé presque ivoirine qui caractériseront plus tard le type du Christ de Roger van der Weyden ; l’analogie se poursuit jusque dans les deux périzoniums en étoffe transparente, presque identiques d’arrangement et de plis.
Encore un détail qui n’est pas sans importance. François Arago à dit quelque part : « Les détails sont la pierre de touche des théories ». Dans le Christ de Berlin, les rotules sont un peu engorgées. Retouche, pourrait-on dire. Mais celles du Christ de l’Ermitage, mieux étudiées, se rapprochent bien davantage d’une forme assez particulière que l’on pourra remarquer dans le Calvaire des Heures de Turin (lequel n’est, rappelons-le, qu’une copie exécutée par un miniaturiste quelconque d’après un dessin soigné d’Hubert); cette forme donne l’impression d’une rotule double, mal copiée dans la miniature, beaucoup plus compréhensible dans le volet de Saint-Pétersbourg.
On remarquera sans peine, malgré de grandes différences de pose, l’analogie qui existe entre la Madeleine de l’Ermitage et celle du manuscrit : tête vue en raccourci, cheveux ondulés tombant à flots sur les épaules, bras à demi-levés et repliés à angle droit. Il est difficile aussi de ne pas trouver quelque ressemblance entre la sainte femme aux mains croisées du tableau et la Vierge de la miniature; et encore, entre la sainte femme de l’Ermitage qui porte un mouchoir à sa bouche et celle de la Pietà des Heures de Turin qui fait un geste semblable. Cette dernière Pietà pourrait bien être une miniature exécutée sous la direction d’Hubert
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