‹ Hubert et Jean van EyckChapitre 29 sur 58 · LA FONTAINE DE VIE · texte numérisé non relu

LA FONTAINE DE VIE

fMusée du Prado. Madrid .

croyance remplacée par la foi nouvelle, arrache ses vêtements d’un geste furieux qui met à nu sa poitrine. C’est précisément le geste du personnage féminin de Giotto qui symbolise la Colire dans la chapelle de l’Arena, à Padoue. Nouvel argument, semble-t-il, en faveur de l’hypothèse plus que vraisemblable d’un séjour d’Hubert en Italie.

La Fontaine de vie est, certainement, à peu près contemporaine des Trois Marie ; mais lui est-elle un peu antérieure ou un peu postérieure ? Il est difficile de répondre à cette question. Plaçons cet ouvrage, comme le précédent, vers 1415, sans chercher à préciser davantage.

Dans un autre chapitre, nous avons parlé des Heures de Turin, mises en lumière et savamment étudiées par M. Paul Durrieu. Il faut les replacer ici, pour mémoire, dans l’ordre chronologique. On sait que le manuscrit inachevé est passé dans les mains du duc de Berry entre 1404 et 1413. On sait encore, avec une certitude presque absolue, que l’une des miniatures du manuscrit représente la scène du retour de Guillaume IV en Hollande (juin 1416). C’est donc aux environs de cette date qu’il faut placer l’exécution du groupe de miniatures dit « de Bavière-Hainaut ». Quelques-unes de ces miniatures peuvent en effet être antérieures à cette date, tandis que d’autres seraient venues un peu plus tard ; d’autres encore beaucoup plus tard, mais celles-ci sur des dessins qui n’ont plus rien de commun avec Hubert.

Le Christ en buste, de face, du musée de Berlin, ne peut être de Jean. Mr Kaemmerer donne pourtant l’inscription que porte ce tableau ; Johannes de Eyck me fecit et applevit anno 1438. Mais la fin : AME IXH XAN, gâte tout. Dans le premier mot de cette devise, Jean employait, au lieu de l’L, un A dont la première branche était fort écourtée ; le faussaire a cru y voir les restes d’un M. Pour l’S, Jean employait un E

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que l’on trouve dans les inscriptions grecques ; le copiste, peu versé dans la paléographie, a cru y voir un E dont le petit trait médian était disparu. D’où : AME.

L’inscription fut-elle authentique, d’ailleurs, et la peinture originale, il faudrait tout au plus y voir une œuvre d’Hubert, signée par Jean. Tout rappelle Hubert dans cette figure : le nimbe est identique à celui du Christ dans le Baiser de Judas des Heures de Turin; la tête rappelle de près celle du Dieu-le-Père du retable. Ajoutons bien vite que l’exécution de cet ouvrage, non dépourvu d’un certain charme, mais sans aucune solidité de modelé, est absolument indigne des Van Eyck. Il faut y voir probablement la copie libre d’une Tête de Christ, n° 219 de la Pinacothèque de Munich, que le catalogue attribue à 1’ « école de Jean Van Eyck », mais qui ne peut-être elle même que de 1’ « école d’Hubert Van Eyck ». Sous peine de surcharger énormément la période 1416-1426, il faut placer le prototype de ces deux ouvrages tout-à-fait au début, vers 1416, sinon plus haut. La date reste très incertaine.

Le Christ bénissant , en profil, du musée de Berlin ressemble beaucoup à celui d’une médaille en bronze qui, elle même, reproduisait le camée en émeraude de la « Vraie face » du Christ donné au pape Innocent VIII par Bajazet II, entre 1484 et 1492. On ignore comment les van Eyck avaient pu se procurer une copie de ce camée qui, de leur temps, devait être à Constantinople. Une inscription latine gravée au revers de la médaille de bronze dit que celle-ci est faite d’après un camée représentant Jésus et saint Paul. Cette remarque s’accorde bien avec l’état actuel du tableau de Berlin, évidemment mutilé. La peinture est-elle une simple copie du camée ? A notre avis, elle sent trop la nature pour cela. Il faut admettre que l’artiste a cherché, ou trouvé par hasard, un modèle analogue au type du camée, pour exécuter ce profil très bien modelé et très peu idéalisé.

Hubert van Eyck (Copie libre d’après un tableau perdu d’)

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