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LA VIERGE DE LUCQUES

(Musée de l’Institut Staedel, à Francfort-sur-Main).

Jean, dans ces dix compositions, a traité ses figures avec une négligence relative, sans grande recherche de modelé, ni, pourrait-on presque dire, de dessin. Il y a de la raideur et du « plat » dans ses personnages, assez grossièrement esquissés. Hubert, nous l’avons vu, procède tout autrement ; c’est toujours dans le sens de la forme et des plis qu’il construit ses moindres figurines. Sur ce point Jean le cède franchement à son frère. En revanche, ce double portrait manifeste une puissance contenue, souveraine, maîtresse d’elle-même, dont Hubert, si grand qu’il soit, n’a jamais montré l’équivalent.

Le musée de l’Institut Staedel de Francfort possède une belle Vierge non-signée, parfois appelée Vierge de Lucques , vu sa provenance. Par le type de son visage au nez légèrement en pointe, à la lèvre supérieure mince et proéminente (type notablement différent de celui de la Vierge de Dresde) et par l’arrangement de la coiffure, cette Vierge qui, assise sur un trône dans une chambre, donne le sein à l’enfant, se rapproche de la Vierge au chancelier Rolin. Elle est encore plus voisine de la Vierge-Pala. Ses traits, en effet, sont déjà plus réalistes, et l’on pourrait dire qu’il y a identité entre ces deux dernières pour l’arrangement des plis ; de même, les accessoires, fenêtre, oranges, carafe et bassin, ramènent l’esprit vers la recherche d’intimité dans la perspective aérienne qui caractérise le portrait dés Arnolfini. Le réalisme particulièrement accentué de l’enfant, la forme du fauteuil, avec ses lions naïvement stylisés, l’exécution du tapis oriental et de tout le reste sont autant de traits qui rappellent la Vierge-Pala , commencée, ne l’oublions pas, en 1434. C’est donc en 1434 ou 1435 que nous placerons ce bel échantillon de l’art de Jean van Eyck. Il va de soi que les caractères de la facture sont d’accord avec cette date.

On a pu voir à l’Exposition de la Toison d’Or, sous le n° 173, un tableau appartenant à lord Huntingfield, de Birmingham, dans lequel

Willem van Haecht a représenté une visite de l’archiduc Albert et de sa femme Isabelle dans l’atelier de Corn, van der Geest. Cet atelier était un véritable musée, dans lequel se trouvent, reproduites par van Haecht, une foule d’œuvres de maîtres (Rubens, Quentin Metsys, Beuckelaer, etc.) qu’on peut voir aujourd’hui dans les grandes collections. Ce qui fait pour nous le grand intérêt de ce portrait d’une ancienne et riche galerie, c’est qu’il renferme une œuvre, malheureusement aujourd’hui perdue, de Jean van Eyck. Faut-il la rapprocher du Sortilège d’amour de Leipzig ? Vaut-il mieux y voir tout simplement une femme à sa toilette, en compagnie de sa servante ? Peu importe, après tout.

La jeune femme, à peu près nue, mais chaussée de semelles fixées à ses pieds par des cordons, est debout à côté d’un bassin de cuivre jaune posé sur un bahut. Elle semble avoir pris un peu d’eau dans le creux de sa main droite, tandis que, de la serviette qu’elle tient pliée dans la main gauche, elle couvre une partie de son corps. A sa gauche, une autre jeune femme en robe rouge, coiffée de blanc, tient à la main par le col un grand flacon de verre en forme de poire. Un chien dort au premier plan. L’intérieur est celui d’une chambre éclairée par une large baie devant laquelle est suspendu un miroir convexe qui reflète les deux figures. Il est impossible de ne pas voir là une œuvre de Jean van Eyck. Le peintre, cette fois, a pris pour modèle une jeune femme bien autrement élégante que ne l’était celle qui posa pour son Eve. La coiffure à cornes de la suivante est un peu plus tardive que celle de la femme d’Arnolfini, un peu plus récente que celle du portrait de la femme de Jean ; elle indique à très peu près, pour cette œuvre charmante, une date voisine de 1436.

A côté de l’Albergati, au musée de Vienne, se trouve un second Portrait d’homme qui porte sur son cadre, en vers flamands, le nom de Jean van Eyck, celui du modèle Jean de Leeuw, deux chronogrammes et

Jean van Eyck

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