SAINTE BARBE
(Musée d’Anvers).
grands artistes de tous les temps ont connu et appliqué les mêmes lois.
Sainte-Barbe, vêtue d’une robe dont les plis immenses, répandus autour d’elle sur le sol, lui permettraient de voler, mais non de marcher, est assise sur un tertre, la palme de martyre à la main ; un grand missel est ouvert sur ses genoux ; derrière elle, une haute tour inachevée, solide dans sa structure, fouillée d’un réseau d’ornements fins comme un filigrane, est entourée d’un petit monde de travailleurs qui préparent le le mortier, taillent et transportent les pierres, battent le fer sous un hangar, tandis que d’autres sur le faite, actionnent la grue qui élève les pierres déjà façonnées, mettent en place, achèvent de tailler et de sculpter ces matériaux. Des seigneurs et de belles dames se promènent au second plan; une troupe de cavaliers arrive de la campagne coupée de vallons, plantée de haies d’arbres; et, tout au loin, à gauche, se détache sur le ciel une colline escarpée hérissée de maisons, ceinte de murailles. Tant de choses dans un si petit espace ! On dirait que Jean a voulu rivaliser d’imagination et de finessse avec son frère. On peut dire, en un sens, qu’il a été vaincu. Sa Sainte-Barbe est certainement dessinée avec plus de maîtrise; sa tour est un admirable dessin, digne d’un grand architecte ; et Hubert, en ce genre, n’aurait pas fait mieux ; mais, sauf peut-être dans le groupe des forgerons, esquissé avec une rare désinvolture, les figures de Jean, vues par le dessin à la façon d’un Pierre Breughel le Vieux, sont presque grossièrement indiquées si on les compare avec les spirituelles pochades des cavaliers dans les Trois-Marie-, et Hubert eût mis un autre accent de nature dans le paysage : il aurait évité la succession trop égale de la dizaine de plans qui succèdent dans l’échappée de droite ; il aurait dessiné avec plus de variété et de pittoresque (en y mettant de fines fenêtres verticales, une de ses signatures) les maisons du « Mont Saint- Michel » de gauche. Comparaison à part, cette petite Vierge de 32 cm sur 19 est une création à la fois exquise et forte, unique en son genre dans l’œuvre du maître à cause de l’état d’avancement où elle est restée,
et, par là, doublement précieuse. Il faut croire qui l’artiste en a été content, puisque, avant de la terminer, il l’a signée: