‹ Hubert et Jean van EyckChapitre 5 sur 58 · RETABLE DE · texte numérisé non relu

RETABLE DE

Hubert van Eyck

L’ADORATION DE L’AGNEAU (fermé).

Cathédrale Saint-Bavon, Garni).

( Avec autorisation de la Société photographique, Paris.)

et réalisera le mystère de la Rédemption. Tout cela devait être absolument familier aux assistants.

Le retable ouvert reprend et complète l’idée mystique. Aux deux bouts extrêmes de la rangée supérieure, les figures nues d 'Adam et d 'Eve rappellent la faute que le sacrifice de l’Agneau pouvait seule racheter. Entre nos premiers parents, Dieu-le-Père bénissant, armé du sceptre et tout constellé d’or et de pierreries, trône dans sa majesté ; à sa droite, Marie, non moins richement vêtue et couronnée, murmure une prière qu’elle lit dans un riche missel ; à sa gauche, saint Jean-Baptiste, un livre sur les genoux, lève la main pour bénir ; tandis que, sur deux volets symétriques, des anges chanteurs et des anges musiciens entonnent un hymne de glorification. Au dessous, le panneau central, avec les quatre volets qui le continuent, déroule dans un paysage, image du paradis, la scène de l’Adoration de l’Agneau, telle que la décrivent la Légende dorée et l’Apocalypse. Au loin, les anges et les archanges à genoux, chargés des instruments de la passion, les saints martyrs, les saintes martyres portant des palmes entourent et glorifient le Sauveur du monde figuré par l’Agneau sur l’autel.

En avant, autour de la fontaine de vie dont l’eau représente le sang de l’Agneau, les Apôtres et les Précurseurs agenouillés ; à gauche, les pieux laïques, parmi lesquels Virgile ; à droite les saints ecclésiastiques se pressent pour adorer, pendant que les Juges intègres et les Chevaliers du Christ à cheval, les Ermites et les Pèlerins dans un attirail plus modeste, se pressent à travers les profondes vallées d’un paysage rocheux et verdoyant. Les chroniqueurs assurent qu’une prédelle, aujourd’hui perdue, qui courait au dessous du retable ouvert, ajoutait à cet hymne triomphal de couleurs et de formes, la leçon contenue dans les scènes du Jugement dernier.

Nous avons voulu seulement donner l’impression d’ensemble telle que l’éprouvaient les contemporaine du retable aujourd’hui démembré, dont chaque partie exigera un examen esthétique et technique spécial.

Mais d’abord voyons ce qu’il peut nous dire en tant que document. Nous placerons tci quelques remarques au sujet de l’inscription latine tracée sur le bas de l’extérieur des volets. Cette inscription a souffert, mais elle est vierge de retouches. Ensevelie depuis la fin du XVIe siècle sous une couche uniforme de couleur, Waegen la retrouve en 1823. Elle est parfaitement lisible, sauf trois mots ou fractions de mots plus ou moins effacés. La voici complétée, d’après une copie du XVIe siècle qui faisait partie d’un recueil d’inscriptions :

(PICTOR) HVBERTVS E EYCK MAJOR QVO NEMO REPERTVS INCEPIT. PONDVS. Q(VOD) JOHANNES ARTE SECVNDVS (FRATER PERF) ECIT IVDOCI VYD PRECE FRETVS. VERSVS SEXTA MAI VOS COLLOCAT ACTA TVERI

Et voici le résultat de l’examen très attentif que nous en avons fait. Les distances réciproques des lettres ne sont pas mathématiquement égales dans tout le cours de l’inscription, non plus que celles des jambages, ni l’épaisseur de ceux-ci. Mais, si l’on superpose deux mots quelconques, les chevauchements des lettres ne sont jamais assez importants pour égaler la demi-distance de deux jambages voisins. La superposition est donc toujours satisfaisante. Nous avons acquis par des mesures précises la certitude que perfecit est le mot réellement existant dans l’inscription. La largeur et le nombre de jambages qui le constituent se superposent exactement à d’autres mots des trois premiers vers ; mais surtout les taches de couleur noire qui subsistent encore conviennent au mot perfecit et ne peuvent convenir qu’à lui.

Il faut donc résolumenl écarter les lectures : frater perfectvs et perfecit letvs, qui ne cadrent nullement avec les restes de couleur.

Une vérification semblable nous permet de considérer comme certaine, peur le premier mot du premier vers, la lecture pictor.

Quant à frater ou à tout autre mot qui le remplacerait, il est complètement et absolument effacé, laissant voir intact le bois du cadre.

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