‹ Hubert et Jean van EyckChapitre 6 sur 58 · partie d’un recueil d’ir · texte numérisé non relu

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Hubert van Eyck

Portrait présumé de JEAN VAN EYCK, fragment du volet « Les Juges intègres » du retable de l’Adoration de l’Agneau.

(Musée de Berlin).

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Hubert van Eyck

Portrait présumé de HUBERT VAN EYCK, fragment du volet « Les Juges intègres » du retable de l’Adoration de l’Agneau.

(Mu*ée do Berlin).

Toutefois étant donné que les deux autres mots litigieux, pictor, et perfecit sont exacts dans le texte que nous avons reproduit, il faudra attacher plus de créance qu’auparavant à la version du XVIe siècle, copiée directement ou indirectement sur le retable ; ce qui revient à dire que le mot frater est très probablement juste. Quant aux objections au mot Perfecit fondées sur les règles de la versification léonine, elles tombent par ce fait que le mot perfecit , à l’exclusion de tout autre, existe réellement dans le troisième vers. D’ailleurs, dans les inscriptions lapidaires, la rime intérieure du vers léonin manque souvent.

Pendant fort longtemps, même à Saint-Bavon, il semble que le nom des auteurs du retable ait été oublié des sacristains qui le montraient. Otto Seeck, d’après un manuscrit retrouvé par Karl Voll, reproduit le passage, devenu célèbre, du carnet de voyage (1495) de Jérôme Münzer, médecin nurembergeois, où se trouve la description du polyptyque. Cette description, assez fidèle et très enthousiaste, ne mentionne pas l’inscription du retable (qui n’était évidemment jamais fermé) ni par conséquent, les noms de ses auteurs.

En i520, Albert Dürer, ne parle pas non plus de l’inscriptien du retable ; il appelle celui-ci « le tableau (d’autel) de Jean » et il n’y a aucun doute, que Dürer veuille parler de Jean Van Eyck. Aurait-il deviné le nom d’un des auteurs par la comparaison avec la Vierge Van der Paele de Bruges, qu’il venait de voir ? A notre avis, si le nom des Van Eyck, comme auteurs du retable, avait été, en i520, tout à fait ignoré — ce qui est très-possible — des sacristains de Saint Bavon et — cc qui est plus invraisemblable, — des peintres de Gand, Dürer n’eût pas manqué de mettre en relief la découverte due à sa perspicacité. D’autre part, il faut bien que le nom d’Hubert soit resté célèbre pour qu’en i533, on ait exposé son bras droit dans une boîte en fer, au-dessus de sa tombe.

Mais si les noms des deux frères étaient très probablement connus auparavant, c’est vers i56o qu’ils furent remis en lumière, lorsque Lancelot Blondel et Jean Scorel furent chargés de nettoyer le retable et que

Michel Coxie en exécuta une copie pour Philippe II. C’est alors que ces artistes découvrirent l'inscription en vers, dont personne n’avait fait mention auparavant. C’est certainement aussi en ce moment qu’ils remarquèrent dans le volet des Juges intègres , les deux personnages, l’un âgé d’environ cinquante cinq ans, l’autre d’environ trente-cinq, qui leur parurent être, en toute vraisemblance, les portraits des deux frères.

De savants critiques, parmi les quels M. James Weale, ont vu dans cette hypothèse, qui s’était accréditée, une simple légende ; et nous étions tout disposé à partager leur opinion, quand une remarque fortuite, faite à propos d’une œuvre de Jean, nous a forcé de considérer cette légende comme l’expression de la vérité.

L 'Homme au turban , de la National Gallery, n’est pas seulement un des plus beaux portraits du maître : il offre, en outre, tous les caractères d’une œuvre où le peintre et le modèle ne font qu’un. C’est le portrait de Jean par lui-même. Dans cette effigie si particulièrement soignée, la bouche au coins serrés, les marines gonflées, les yeux légèrement clignés ne sont pas ceux d’un modèle qui pose, mais ceux d’un artiste qui concentre son attention sur sa propre image vue dans un miroir. Telle est la conviction que nous avons acquise par le seul examen du portrait.

Nous avons eu alors la curiosité de rechercher si l’un des Juges intègres ressemble à l’effigie de Londres. Bien que celle-ci représente un homme de quarante-sept à quarante-huit ans et celle du retable un homme de trente-cinq ans environ, la ressemblance est indéniable, à condition que l’on n’en juge pas uniquemant par l’impression générale, qui risque d’être subjective, mais par un examen détaillé de tous les traits. Dans l’intervalle, le modèle-peintre avait un peu maigri ; mais, l’artiste, à trente-cinq ans, avait déjà, bien marqué, un sillon dans la joue, un creux sous la pommette. Le nez, aussi, est bien le même, avec sa pointe molle et un peu tombante, sa racine élargie, d’où partent, comme des ailes d’oiseau, des sourcils courts et des arcades sourcilières proéminentes. L’identité, à la couleur près, des deux chaperons, qui semblent avoir été

Jean van Eyck

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