‹ Hubert Robert, 1733-1808 (volume 2)Chapitre 11 sur 16 · PORTIQUE AVEC LA STATUE DE MARC-AURÈLE · texte numérisé non relu

PORTIQUE AVEC LA STATUE DE MARC-AURÈLE

(Musée du Louvre )

Photographie Braun, Clément & C‘”

LES SUCCES A PARIS

bien ses quatre enfants , et faire de la maison du peintre une des plus agréables de Paris. Il n’y a contre elle qu’un mot grincheux de Diderot, qui ne prouve pas grand’chose et ne vise même à rien prouver qu’un peu trop de jeunesse, bien joyeuse et bien française, chez un courageux ménage de chez nous.

La même année, ce fut la première épreuve devant le grand public, la première apparition des oeuvres de Robert au Salon du Louvre. Dans sa production antérieure, si abondante, il n’eut qu’à choisir pour révéler son

talent sous ses divers aspects et dans toute sa richesse. Sa liste au livret

ne compte pas moins de treize tableaux, sans parler de « plusieurs petites esquisses et dessins coloriés d’après nature à Rome » . Il avait fait une

place à des scènes familières observées dans le décor romain , qui ne

devaient pas être des moins appréciées, telles qu’une « cuisine », une « écurie et magasin à foin », aménagés sous un édifice antique; mais il s’affirmait surtout comme un savant ordonnateur d’architectures vraies ou fictives. En tête de son envoi, venaient son morceau de réception et sa toile de Rellevue , puis un « grand paysage dans le goût des campagnes d’Italie », de huit pieds sur sept; une «grande galerie antique éclairée du fond » ; la « cour d’un palais romain qu’on inonde dans les grandes chaleurs pour donner de la fraîcheur aux galeries qui l’environnent » , composition sans personnages ; un « grand escalier qui conduit à un ancien portique » ; une « vue de la Vigne-Madame à Rome » ; d’autres encore, où ses goûts de construction idéale, son expérience des effets lumineux, son habile interprétation de l’Italie s’affirment déjà pleinement. Ce haut pont de bois « sous lequel on voit les campagnes de la Sabine », cette « cascade tombant entre deux terrasses au milieu d’une colonnade » , ce sont des arrangements habituels à son imagination et auxquels, sous diverses formes, on le verra sans cesse retourner.

La critique traite ce nouveau venu avec une faveur exceptionnelle. Jamais débutant ne recueille plus de suffrages, et les plus divers ; et, comme il arrive, ce triomphe se produit aux dépens d’un confrère en vogue, auquel on s’empresse de l’opposer. Ce confrère est De Machy, jusqu’à présent

maître de la première place dans un genre de peinture qui exige une expérience toute spéciale ; mais on a <x tué De Machy par la main de Robert, s’écrie Diderot ; celui-ci nous a fait voir comment les ruines devaient être peintes et comment De Machy ne les peignait pas » . Le prédécesseur

expose, cette année même, des vues du Louvre , du Palais-Royal et de

diverses démolitions de Paris. Les nouvellistes qui lui sont le plus favorables, comme Bachaumont, n’hésitent pas à lui égaler Robert : « Je quitte M. Le Prince pour passer à un des hommes les plus étonnants du Salon, M. Robert; c’est le rival de M. De Machy pour les morceaux d’architecture, comme Loutherbourg l’est de Vernet en marines. Rien de plus beau... pour la perspective et les effets de lumière, que la « Cour du palais romain « qu’on inonde dans les grandes chaleurs pour donner de la fraîcheur aux « galeries qui l’environnent ». Vous passez à travers ces colonnes comme si tout était en relief... En général, cet auteur est majestueux ; tous ses tableaux sont imposants par la magnificence des édifices qu’il a choisis et bien rendus. Il me semble, en ce genre, avoir une bien plus grande manière que son modèle, plus recherché, plus fini, plus français. » Le Mercure de

France sonne la même cloche : « Les talents de M. Robert pour les

ruines ne peuvent être assez loués. On a vu quantité de tableaux de sa main que Panini lui -même n’aurait pas désavoués. On distingue surtout son morceau de réception à l’Académie, représentant le port de Rome orné de vieux monuments d’architecture, et différentes autres produc-

tions de son génie qui lui annoncent une réputation des plus brillantes et des mieux méritées. »

Il appartient à Diderot de mettre la plus belle couronne sur le front du débutant. Il lui réserve le morceau le plus étendu de son « Salon » ; les pages succèdent aux pages pour louer , analyser et décrire , comme Diderot sait le faire. Il discute les faiblesses de l’artiste avec une bienveillance goguenarde, le renvoie courtoisement étudier Vernet pour gagner ce qui lui manque, et conclut : « Excellent peintre de ruines antiques. Grand artiste . » On doit feuilleter cette longue critique et en donner quelques morceaux significatifs, puisqu’elle marque à la fois comment s’im-

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