‹ Hubert Robert, 1733-1808 (volume 2)Chapitre 13 sur 16 · LA CHAMBRE A COUCHER DE MADAME GEOFFRIN · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE A COUCHER DE MADAME GEOFFRIN

(A M. le comte de la Bédoyère )

Photographie Moreau frères

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LES SUCCES A PARIS

C’est encore dans le goût de Frago, plus que dans celui de Lépicié, quoi qu’en dise Pidansat , que devaient être traités deux intérieurs familiaux exposés au même Salon et qu’il serait si intéressant de retrouver pour connaître toutes les ressources que ce souple talent aurait pu mettre en œuvre. Nous n’avons que les titres : « Une petite fille récitant une leçon devant sa mère », « une enfant que sa bonne fait déjeuner. » Diderot était loin de Paris, en son grand voyage, et il est dommage que son appréciation nous manque sur des sujets qu’il n’eût pas manqué d’analyser avec complaisance ; les autres critiques n’insistent guère sur ces cc idées simples exécutées avec naïveté». Robert, tout comme Fragonard à la même époque, s’était laissé engager aux charmes d’une famille complétée par la naissance du premier enfant, il avait pris pour modèles sa femme et sa fille. Les curieux pouvaient s’en assurer, pour ce qui était de Madame Robert, grâce à une brochure de Daudet de Jossan qui mentionne le premier tableau comme un portrait : « — L’Abbé. Voyez-vous, Mylord, cette belle grande dame qui est là-bas près de ce tableau, sous le n° 102 ? — Mylord. Oui, très belle femme, Monsieur l’abbé. — L’Abbé. Eh bien, c’est la femme de l'artiste qui a peint ces paysages et ces morceaux d’architecture que vous examinez... — Mylord. Approchons-nous un peu ; ma foi ! très belle. Le paysage qu’elle regarde, très agréable ; mais comment le peintre qui avait devant ses yeux un si charmant modèle, a-t-il pu placer cette vilaine figure dans ce paysage ? — L’Abbé. Il n’aura pas regardé sa femme dans ce moment-là. » L’anecdote devient historique au Salon de 1775, dans le grand tableau représentant Le décintrement du pont de Neuilly , cérémonie mémorable pour les habitants de la capitale, qui eut lieu en présence de Louis XV et de la Famille royale. On avait beaucoup admiré la hardiesse des arches construites par Perronnet, et l’importance de ce pont pour la circulation des environs de Paris avait attiré une foule considérable à la fête, dont M. de Trudaine perpétua le souvenir en commandant ce tableau à Robert. « Chacun, écrit Pidansat de Mayrobert, aime à parcourir en détail cette multitude de têtes et à y retrouver sa place. On y distingue, dans le groupe principal, le Roi, M. le comte de la Marche, donnant la main à Madame la comtesse Du Barry,

le chancelier avec sa simarre, ornement si étrange à de pareils spectacles, l’abbé Terray, le duc de la Vrillière, le duc d’Aiguillon, M. de Boines, tous les ministres du feu Roi, tombés dans la disgrâce et si redoutables alors... Le peintre a choisi le moment le plus intéressant du spectacle, celui où les cintres ont tombé. L’effet de cette chute dans la rivière est rendu avec une grande magie de couleurs ; on voit les ondulations, l’écume de l’eau ; mais on saisit surtout l’attention générale des regardants portés vers le même objet et qui forment cette unité précieuse dans les ouvrages de tout genre. »

Diderot est moins obligeant : « Ah ! Monsieur Robert, que ce Dècintrement du pont de Neuilly est pauvre, mal colorié, sans effet ! Les mauvaises figures ! Vous destinez là un beau cadeau à M. de Trudaine ! » Ce tableau de sept pieds de large est perdu ; nous n’en connaissons que l’esquisse, au musée Carnavalet ; elle est d’une légèreté, d’un coloris, d’un effet charmants, et il semble impossible que toutes ces qualités se soient perdues à l’exécution définitive. Le grand critique était, d’ailleurs, d’humeur méchante, et son apostrophe continue : « Vos Bestiaux qui passent entre des ruines sont un peu meilleurs ; j’en excepte cependant les figures, qui ne sont pas des chefsd’œuvre. Mais, Robert, il y a si longtemps que vous faites des ébauches ; ne pourriez-vous faire un tableau fini ? » Ce tableau appartenait à M. de Frouville, ainsi qu’un Portique d'une maison de campagne près de Florence; au duc de Nivernois étaient trois grands tableaux, en hauteur, de ruines romaines ; au marquis de Chavigny, une colonnade dorique au haut d’un escalier, avec une partie des Jardins Albani dans le fond ; enfin, à M. l’archevêque de Rouen, une « vue du château de Gaillon en Normandie ». Cette dernière toile, de dimensions inusitées, était la première des grandes vues de Normandie, qui furent commandées alors et ont décoré jusqu’à nos jours le salon de l’archevêché. Robert y ajouta aussitôt une vue du port et de la ville de Rouen, qui le cède à peine en intérêt topographique à la curieuse étude qu’il a faite du château des archevêques, élevé à Gaillon par le cardinal d’Amboise.

Au même Salon de 1775, où paraissaient pour la première fois avec une extraordinaire abondance les travaux italiens de Houcl, qui rappelaient les

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