CANAL DANS UN PARC FRANÇAIS
( Collection Camille Groult)
LES SUCCES A PARIS
palais d’Italie a fait naître, que la construction un peu mesquine de nos édifices modernes avait fait négliger et dégénérer. C’est environ 24,000 francs par an que M. le comte d’Angiviller a donné le conseil sage de consacrer à encourager dans le grand genre les arts dont il est le ministre. Le feu Roi dépensait davantage en dessus-de-porte pour des bâtiments de mauvais goût. »
Tout ce mouvement dans les arts, qui annonce l'essor de pensées nouvelles, est soutenu par l’idée du Muséum royal. En même temps qu’il commande les statues de Français illustres et les toiles à sujets moraux ou historiques, M. d’Angiviller nomme un comité chargé de préparer l’exécution du grand dessein, et il y intéresse tout d’abord Hubert Robert. Il écrit, le lur avril 1778, au Premier Peintre Pierre : « Mes conférences avec vous, Monsieur, vous ayant instruit de mon plan de comité pour un examen approfondi et définitif de Rétablissement de la Galerie du Louvre en dépôt des tableaux du Roi, je vous informe aujourd’hui que je viens d’écrire à Messieurs les Intendants généraux pour leur annoncer mes intentions. Je leur marque que je vous ai nommé pour former ce comité avec eux, MM. Robert et Pajou, que vous y inviterez de ma part, et MM. Ileurtier et Brébion (architectes des Bâtiments), qui, déjà prévenus par moi, se rendront aux assemblées quand elles seront convenues entre vous et MM. les Intendants. Je leur ai adressé et je vous remets également une notice des objets capitaux qui doivent faire la base des réflexions du comité, qui pourra, d’ailleurs, et que j’invite même à s’étendre sur toutes les autres vues qui lui paraîtront devoir entrer dans les spéculations d’un monument qui est une affaire nationale... »
Le comité, dans lequel Pierre et Robert représentaient les peintres leurs confrères, étudia toutes les questions d’aménagement, d’éclairage, de sauvegarde contre l’incendie, qui furent soumises à ses délibérations ; il établit les devis de travaux de réfection et d’appropriation de la galerie, et s’occupa notamment de l'éclairage le plus favorable à la peinture, que les uns voulaient obtenir par les fenêtres existantes, les autres par des vitrages dans le plafond. L’Académie de peinture consultée opina, sur l’avis de Robert, pour l’éclairage par le haut, qui se trouva décidé à la veille de la Révolution. Afin
d’assurer l’installation des collections et l’enrichissement méthodique prévu à l’avantage du public, il avait paru nécessaire de choisir sans retard des « gardes du Muséum », dont le titre et les travaux équivalaient à ceux de nos conservateurs de musée. Le premier « garde » nommé fut encore Robert, par le brevet suivant :
Aujourd'hui, 24 juin 1784, le Roi étant à Versailles, voulant traiter favorablement le sieur Robert, peintre de son Académie de peinture et de sculpture, l'a retenu et le retient en qualité d'un de ses gardes de tableaux, statues, vases, etc., destinés à la formation et décoration du Muséum qu elle ordonne d établir en son château du Louvre, pour lui exercer cette place sous les ordres du Directeur et Ordonnateur de ses Bâtiments, etc., et sous la direction du Premier Peintre du Roi, aux gages et appointements qui seront fixés et portés sur les états de dépenses des Bâtiments. Mande et ordonne Sa Majesté au sieur Charles-Claude de Flahault de la Billarderie d'Angiviller, Conseiller du Roi en ses Conseils..., de faire jouir ledit sieur Robert du contenu au présent brevet, que, pour assurance de sa volonté, Sa Majesté a signé de sa main et fait contresigner par moi, Conseiller secrétaire d État, et de ses commandements et finances.
Louis.
Amelot.
Pour ces fonctions de confiance, qui chargeaient l’artiste d’une mission fort surveillée par le public, le traitement de Robert et celui de son collègue, le peintre Jollain, nommé quelques mois après lui, ne furent établis qu’en 1787 et fixés à 1,500 livres; mais, dès 1784, une correspondance relative aux acquisitions est établie entre M. d’Angiviller et Robert, et on y voit sans surprise que la première proposition faite par celui-ci s’applique à un tableau de son maître Panini, important morceau provenant du duc de Choiseul et qui est acheté au prix de 6,000 livres. Robert est chargé d’expertiser les peintures proposées à l’acquisition du Roi, par les particuliers, les couvents, les marchands, par exemple le lot de tableaux que le sieur Lebrun a rapportés de son voyage en Hollande. C’est toute une partie de l’activité de notre peintre, que nous ne pouvons songer à. faire connaître ici, malgré les pièces nombreuses qui la révèlent ; elles montrent en lui un juge compétent des choses de l’art, impartial dans ses verdicts, attentif à soutenir avant tout les intérêts dont il a la charge et qui, sous le nom traditionnel de service du Roi, sont les intérêts mêmes de la nation.