‹ Hubert Robert, 1733-1808 (volume 2)Chapitre 4 sur 16 · LE GAMP0-VACG1N0 ET LE COLISÉE, A ROME · texte numérisé non relu

LE GAMP0-VACG1N0 ET LE COLISÉE, A ROME

(A Madame Lefebvre )

LES ETUDES A ROME

La Traverse, ce borgne de talent, le bel esprit de la compagnie, que son directeur assure « bon à différentes choses, peignant fort bien en détrempe l’architecture, ayant du goût et du génie, et de la lecture plus que pas un », et se mêlant quelquefois de faire des vers. On conservera de ce fougueux élève de Boucher, qui n’aura jamais de nom , des études à la plume de cette époque, violemment teintées de bistre, où la nature est prise sur le vif, où les mœurs italiennes sont fortement observées, et qui ne laissent pas d’impressionner un Robert plus fin , plus sensé , mais sachant prendre son bien où il le trouve. Tout de son art, du reste, l’intéresse et le tente; s’il esquive la lourde tâche des pensionnaires, tous peintres d’histoire, tenus de fournir à date fixe leurs grandes figures de composition, puis leurs copies d’œuvres célèbres, il veut travailler d’après les maîtres, pour son plaisir et son instruction . Il recueille dans les galeries , dans les églises, des détails de compositions peintes qu’il saura utiliser. Il voit, dans les palais, des Poussin, des Lorrain qui l’émeuvent et l’initient à la poésie de la ruine. Il réfléchit devant les vertes fresques de Guaspre Dughet à Saint-Mari indes-Monts, et aussi devant ses véridiques études de nature, qui appartiennent au prince Corsini et semblent une révélation de la réalité, après tant de convention accumulée dans le paysage. Lorsque le jeune homme va peindre ensuite dans la campagne romaine, il garde le souvenir des grands peintres de France qui l’y ont précédé, pour interpréter la noblesse de ses lignes et sa puissante mélancolie.

Les maîtres qui forment son style, en lui montrant la beauté de Rome, ne lui apprennent pas à regarder la vie. Mais le petit Parisien du xvme siècle n’a pas besoin qu’on l’y invite, et les spectacles amusants que lui a offerts le popolino de la Ville Eternelle laisseront dans son œuvre des traces nombreuses. Ce sont les mendiants entassés en groupes sordides aux degrés des églises, les Transtévérins jouant de la zampogno devant la niche des madones, les pâtres au feutre pointu, enveloppés de leur grande cape, gardant les buffles sur le Forum, les rustiques pèlerins agenouillés dans Saint-Pierre, parmi les marbres étincelants, et se pressant pour baiser le pied de bronze.

Ce sont des femmes au port majestueux, qui gravissent, la cruche de cuivre sur la tête, le large escalier tournant des palais ; d’autres qui dansent dans le « cortile » monumental parmi des guitaristes et des chanteurs ; et celles qui lavent leur pauvre linge en d’immenses vasques de marbre faites, semble-t-il, pour le bain des déesses, mettent leurs guenilles à sécher le long des arches triomphales qui virent défiler les légions victorieuses. Ces contrastes rempliront les compositions d’Hubert Robert d’éléments pittoresques qu’aucune autre ville n’eût fournis. Au bout de la rue, animée par la vie bruyante du plein air, s’étend le silence des solitudes encloses dans la grande enceinte. Souvent même, dans la Rome de ce temps, le monument de gloire fait le décor de l’existence familière. Le théâtre de Marcellus abrite, sous les voûtes profondes de ses vomitoires, les plus misérables échoppes; l’édifice qui sert de « Douane de terre » présente en façade, engagée dans une bâtisse toute moderne, la noble colonnade de la Basilique d’Antonin; d’innombrables églises utilisent des fragments antiques arrachés au temple qui les précéda sur le même sol ; les plus fins chapiteaux corinthiens de la ville antique soutiennent encore les riches architectures du Portique d’Octavie, au seuil de l’immonde ghetto, dans ce coin grouillant et crasseux où se tient le marché aux poissons. Robert va partout, observant, croquant des personnages et des groupes qu’on retrouvera plus tard dans ses tableaux ; et, par exemple, cette Pescheria , aujourd’hui détruite, lui fournira une des plus heureuses de ses compositions véridiques, où il n’aura presque rien à transposer de la réalité et nous conservera exactement, sans le travestir ni l’enjoliver, un des coins les plus singuliers de la vieille Rome.

Il reviendra sans cesse à ce mélange de simplicité de la vie nouvelle et de majesté des anciens débris. La curiosité qui s’y révélait pour des yeux d’artiste est indiquée dans un passage de la correspondance de Natoire, où le style paraît moins terne qu’à l’ordinaire : « Je viens de faire, écrit-il dans l’été de 1755, une petite opération d’arrangement pour l’étude. Il y avait une quantité de morceaux de la colonne Trajane qui étaient confondus dans l’endroit où l’on fait la provision pour le bois; la difficulté de pouvoir les placer mieux les avait fait abandonner. J’ai cherché les plus conser-

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