‹ Hugo van der GoesChapitre 14 sur 39 · TT · texte numérisé non relu

TT

EDOUARD BONCKLE Donateur.

(Holyrood, Êdimbourg).

avait acquis le droit de bourgeoisie. Le 12 avril 1469 une ambassade écossaise arriva à Bruges. Alexandre Bonde ou Bonkil, qui jouissait sans doute d’une situation très en vue, fut chargé par Charles le Téméraire et la ville de Bruges de se rendre à la Cour de Jacques III et dans les quatre principales villes de l’Ecosse. Frappé du succès qu’obtenait van der Goes, il sera sans nul doute intervenu pour lui confier la commande d’un triptyque dont les volets seuls ont été conservés.

Le revers du premier panneau nous montre le roi Jacques III né en iqSi et qui mourut en 1488. Il était fils de Jacques II et de Marie de Gueldre. Le roi est représenté à genoux, sous un dais aux vertes courtines, le front ceint d’une couronne et revêtu d’une robe de brocart rouge et d’un manteau pourpre-violet avec camail d’hermine ; derrière lui se tient un prince adolescent en manteau rouge rehaussé d’hermine, dans lequel les uns voient son frère, le duc d’Albany, les autres son fils Jacques IV né en 1472 ou 1473. Leurs physionomies sont l’une et l’autre dépourvues d’expression et de vie. Les deux princes sont assistés de l’apôtre saint André, patron de l’Ecosse, près de la tête duquel sont placées les armoiries du roi. C’est une figure largement traitée qui ne serait certes pas dépaysée près du saint Thomas et du saint Antoine du triptyque de Florence : la tête a beaucoup de caractère et d’accent et contraste singulièrement avec les personnages princiers figés et impassibles ; les draperies ont de l’ampleur et de la simplicité.

Quant au défaut de personnalité qu’on observe dans les deux princes, il résulterait de l’éloignement des modèles. Comme le fait remarquer M. J. Weale ces portraits doivent avoir été peints d’après des dessins fournis par le prévôt qui aura fourni également des données tant pour les armoiries que pour les détails d’architecture de l’église. Le tableau n’a pu être commandé qu’après 1469, date du mariage du roi avec Marguerite de Danemark, et pas plus tard que 1480, fin de la carrière du maître. Or, à cette dernière date, Jacques IV n’aurait eu que sept ou huit ans, tandis que le portrait nous représente un prince dans l’ado-

lescence âgé de 12 à i5 ans. Dès lors, il nous paraît plus vraisemblable d’y voir le portrait du duc d’Albany, lequel serait antérieur à la naissance de Jacques IV (1472 ou 1473). C’est pour avoir vu dans l’adolescent non le frère, mais le fils du roi d’Ecosse né à cette dernière date, que certains écrivains ont placé l’exécution des panneaux d’Holyrood en 1480. On ne doit pas oublier que c’est vers cette époque que Hugo fut atteint du mal incurable qui devait l’emporter deux ans plus tard. Il est vrai que Von Wurzbach qui rejette la date de 1472, pour se rallier à celle de 1480, propose le maître de Moulins en lieu et place de l’artiste flamand. Opinion plus commode que fondée : la facture des panneaux d’Holyrood ne rappelle pas celle du maître de Moulins. Aussi bien croyons-nous que cette opinion est restée jusqu’à présent sans écho.

Sur l’autre volet apparaît la reine Marguerite de Danemark à genoux sur un prie-Dieu enrichi de ses armes, abritée par un dais aux courtines vertes où l’on remarque un semis de chardons, emblème de l’Ecosse. Elle porte un corsage de brocart rouge et une jupe bleu foncé bordée d’hermine (i). La tête est d’une facture plus serrée que celles des deux princes ; mais elle manque également de vie et de sentiment. De toute façon ces trois portraits ne sont pas dignes de la maîtrise de van der Goes. Ou bien ils ont été faits d’après de mauvais dessins envoyés au peintre gantois, ou bien ils ont été exécutés par un collaborateur occasionnel. Cette seconde hypothèse nous paraît invraisemblable, car le coloris, aussi bien que le dessin, ne trahit pas une main étrangère. Du reste, la maîtrise avec laquelle les détails d’orfèvrerie sont traités est tout à fait caractéristique.

Le saint patron en armure et tenant un étendard, qui assiste la princesse, ne doit pas, comme on l’a cru jusqu’à présent, être considéré comme une représentation de saint Georges, mais plutôt de saint Canut,

(i) Shaw’s, Dnsses and décorations of the middle âges. T. II, London i858. — On y voit reproduit le panneau en entier et la demi-figure de la reine.

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