DESCENTE DE CROIX DESCENTE DE CROIX
(Collection Carand, Musée du Bargello, Florence). {Musée Lindenau, Altenbourg).
miniatures sont-elles de van der Goes ? Pour résoudre cette question il ne suffit pas d’affirmer, écrivait le correspondant de Durendal, comme le fait Sander Pierron, que de 1476 à 1482 van der Goes et Gielemans ont vécu ensemble à Rouge-Cloître, il faut encore examiner soigneusement la date du manuscrit. La troisième enluminure n’est certainement pas de van der Goes, car V Historiologium qui la contient a été écrit de i486 à 1487, cinq ans après la mort de van der Goes. Pour la date de VHagiologium, qui renferme les deux autres miniatures, on n’est pas fixé d’une façon certaine. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il a été écrit après 1476 et avant 1484. D’autre part cependant nous savons qu’en 1479 Gielemans était encore occupé au Sanctilogium et que le Novale sanctomm semble avoir été commencé entre 1479 et 1482, les trois dernières années de la vie de Hugo van der Goes.
Reste à voir si l’état de santé du malheureux artiste lui permettait encore, à cette époque, d’enluminer des manuscrits. Car, on le sait, il était atteint d’aliénation mentale dans les derniers temps de sa vie » (i).
M. Sander Pierron ne se tint pas pour battu et il répliqua que van der Goes ne tomba malade qu’en 1481, au retour de son voyage d’Allemagne. Il put donc consacrer deux années entières à l’enluminure. Et aux objections il oppose une inscription trouvée dans le livre d’Heures de Philippe de Clèves, seigneur de Ravenstein, que celui-ci fit exécuter avant son mariage avec Françoise de Luxembourg. « Ce livre contient une quarantaine de miniatures, l’une d’elles a été arrachée naguères ; mais la feuille de parchemin qu’ornait la miniature disparue est restée intacte. Et c’est précisément une œuvre de l’auteur du triptyque de Florence qui figurait à cet endroit du volume. En effet, au bas du folio un peu à gauche, on voit écrit, à l’encre rouge, ce texte ancien encore très lisible, sur trois lignes : « hvgonis vergovs (evang)elij
(i) Consulter, sur la question, l’ouvrage des Bollandistes : De codicibus Hagiographicis Johannis Gielemans, canonici regularis in ruhea valle prope Bruxellas adjectis. Bruxelles i8g5, voir surtout pp. 8-14 et 42-43.
Depict — (Propri)a manm '>'> (i). Ces mots dissipent toute équivoque : Hugo peignit de sa propre main la Nativité qui illustrait la page. Et si l’on doutait encore malgré cette découverte, il suffirait de remarquer, pour convaincre les incrédules, que Philippe de Clèves était un de ces brillants seigneurs qui se plaisaient à aller à Rouge-Cloître s’entretenir avec le célèbre artiste retiré du monde, mais fidèle obstinément à son art. Il offrit même un des plus beaux vitraux de l’église abbatiale. Ce livre d’Heures a été rédigé et enluminé entre 1470 et 1480; les œuvres qui en font la richesse sont dues à des artistes différents. Il semblerait fort logique que le gentilhomme eût prié celui qu’il allait visiter souvent de collaborer à la confection de son livre d’Heures? Il est tout à fait regrettable que la miniature du maître gantois ait été dérobée ; elle constituait un élément de comparaison dont on ne saurait assez déplorer la perte. Elle aurait été la véritable clef pour l’étude des miniatures de Vienne » (2).
Inutile d’attacher trop d’importance à l’inscription. L’aspect seul suffit à prouver qu’elle n’est pas contemporaine du manuscrit. En admettant même que Hugo soit l’auteur de la miniature perdue, cela ne prouve pas qu’il ait fait celles des manuscrits de Rouge-Cloître. De passage à Vienne, pendant l’automne de 1910, nous avons eu l’occasion de constater combien les réserves du correspondant de Durendal étaient justifiées. Rien dans la conception du sujet ni dans la facture de ces pages ne rappelle, même de très loin, des productions de Hugo van der Goes ou d’un de ses élèves. Ce sont en somme des miniatures d’une exécution soignée, mais qui ne se recommandent par aucune qualité exceptionnelle. Elles feraient songer comme genre à la miniature initiale de l’Arbre des batailles de la Bibliothèque royale de Belgique. D’aucuns trouveraient peut-être
(1) E. Laloire, Le Livre d’Heures de Philippe de Clives et de la Marck Seigneur de Ravenstein. Extrait de la Revue Les Arts Anciens de Flandre, t. I, pp. 172-187 (1906).
(2) Histoire de la Forêt de Soigne, pp. 459-460. Bruxelles 1905.