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LES ŒUVRES PERDUES

Nous ne parlerons plus des décors héraldiques qui ne devaient avoir qu’une durée éphémère, ni des peintures en détrempe qui, au témoignage de van Mander, se trouvaient en si grand nombre dans la ville de Bruges, ni des œuvres qui nous sont parvenues mutilées ou sous la forme de copies plus ou moins fidèles. Nous nous occuperons uniquement des renseignements disséminés dans divers auteurs.

L’une des productions les plus importantes de van der Goes se trouvait dans l’église de Vosselaere non loin de Gand (i). Dans la nuit du 4 octobre i5y5, une bande de forcenés envahit le village, malgré les gardes bourgeoises qui veillaient nuit et jour à la sûreté publique. Après avoir pillé et brûlé une ferme et maltraité les habitants, ils pénétrèrent, dit Meerstraete, dans l’église par les fenêtres et s’y livrèrent aux plus horribles dévastations. Les belles verrières furent mises en pièces ; les tableaux, parmi lesquels on admirait un Hugo van der Goes représentant le Christ à la Croix, figures de grandeur naturelle, éprouvèrent le même sort ; la chaire de vérité, les confessionnaux, les orgues et les fonts baptismaux furent brisés, et de plus les pillards enlevèrent les cinq cloches, Alphonse Wauters fait remarquer que ces actes de vandalisme ne sont pas imputables aux iconoclastes, mais à des soldats mutinés de l’armée espagnole. L’historien bruxellois parle de la destruction de plusieurs tableaux de Hugo van der Goes ; mais en réalité, d’après le

(i) Messager des sciences historiques, iSqS. — Al. Van Hoorebeke, Histoire de la Commune de Vosselaere, pp. ii3 à 147.

texte de Meerstraete, il n’y en eut qu’un seul, mais très important étant données les dimensions des personnages.

« Il y avait à l’église Saint-Jacques à Gand, nous apprend van Mander, un très joli petit tableau appendu à un pilier. C’était l’épitaphe d’un certain Wauter Gaultier. L’intérieur représentait une vierge assise vue de face et tenant l’Enfant Jésus. Cette peinture pouvait tout au plus mesurer un pied et demi. Je l’ai souvent contemplée, en admirant sa délicatesse, le précieux fini des herbes et des cailloux dont le chemin était semé. Il fallait surtout admirer la grâce pudique de Marie, car cet ancien excellait à donner aux saints personnages une pieuse dignité» (i). Marc van Vaernewyck avait déjà signalé cette production très artistique mais sans en donner de détails. Il se borne à dire que l’ex-voto de W aliter Gaultier est peint de la main très artiste de maître Hughes (2). Ce panneau, qui passait pour le plus bel ornement de l’église, était placé en face de l’autel de saint Sébastien ; il fut sauvé de la destruction en i566, grâce au messager du serment du tir à l’arc. La trace de cette œuvre a disparu; à vrai dire M. H. Hymans avait cru la retrouver à la Pinacothèque de Bologne sous le N° 282 du catalogue ; le savant belge l’a même décrite dans le Bulletin des Commissions royales d’art et d’ archéologie (1879, p. i5). A notre connaissance la critique n’a pas agréé cette détermination. Un point dans le passage de van Mander a, croyons-nous, échappé à M. H. Hymans. L’auteur nous dit en effet que le tableau avait un intérieur. La partie extérieure ne pouvait consister qu’en un ou deux volets, suivant qu’il s’agissait d’un diptyque ou d’un triptyque. L’idée d’un panneau simple semble donc exclue. « On voyait encore, dit van Mander, dans la même église de Saint-Jacques, un

(1) van Mander, trad. de M. H. Hymans, t. I, p. 52.

(2) Ende die constichte schilderye een cleen tafereelkin oft Epitaphie hanghende in dent bruck omirent de sprekend op cleen Waulter Gaultier geschildert van die zeer constighe Jiandt van Meester Hicghe die zeer omirent den tijd leefde van Willem Htighe voornoemt.

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ADORATION DES MAGES

Bréviaire offert en 1497 à la Reine Isabelle par Francisco Royas.

(British Muséum).

vitrail de la Descente de Croix, œuvre si belle que je doute si le dessin fut de lui ou de son maître Jean (van Eyck). »

« Au couvent des frères de Notre-Dame à Gand, il y avait aussi de Hughes un retable de la légende de sainte Catherine, une fort belle œuvre bien qu’elle fut de la jeunesse du maître. Cette œuvre fut signalée aux gueux par un plombier nommé Giselbert Cools et fut endommagée ; cette dernière œuvre occupait l’un des cinq compartiments d’un retable sculpté par maître Guillaume Hughes.

On conservait au béguinage de Portakker de la même ville un diptyque offrant d’une part la Sainte Famille, et d’autre part la tribu de Judas (?) ». C’est apparemment de l’Arbre de Jessé qu’il s’agit; Jessé appartenant à la tribu de Judas, la confusion se comprend sans peine. Ce sujet était complété tout naturellement par la présence de la Sainte Famille. Ce thème est fréquent dans les retables sculptés de nos ateliers brabançons du début du XVH siècle, mais on le rencontre déjà dans des panneaux peints dès la seconde moitié du XV^ siècle. L’un des plus beaux spécimens, appartenant au Musée de Lyon, avait même fait son apparition sur le marché de Paris sous le nom de Hugo van der Goes à qui il était attribué lorsqu’il était encore la propriété de M. J. D. Gardner de Londres. Depuis plusieurs années, la plupart des critiques sont d’accord pour y voir une œuvre de Gérard David (i).

A Anvers, les Pauvres Claires possédaient un Crucifiement de Hugo haut de deux pieds dix pouces sur un pied huit pouces, œuvre d’un fini précieux et qui fut vendue par le Gouvernement Autrichien à un nommé Bosschaerts, en 1785, au prix de neuf florins.

Descamps signale dans l’église des Religieuses de Sainte-Elisabeth ou de Sion à Bruxelles des productions dont la trace a été perdue. « Dans la chapelle à la droite en entrant, écrit-il, contre le pilier, sont placés deux tableaux, l’un représentant la Résurrection et l’autre la

(i) Eberhard Freiherr von Bodenhausen. — Gérard David und seine Schule, pp. 104 et suivantes.

Transfiguration; il y a de la finesse dans la couleur et bien de la vérité, mais il y a aussi trop de sécheresse et de roideur dans le dessin » (i).

N’oublions pas de rappeler qu’à la mort de Rubens on trouva dans sa collection une œuvre de maître Hughes : le portrait du vénérable Bède. C’était sans nul doute un portrait idéal, ou, si l’on préfère, de fantaisie, tel qu’on se plaisait à en faire au XV® et au XVI® siècle. C’est à cette mode que l’on est redevable entre autres de cette série de portraits attribuée à Juste de Gand, Josse van Wassenhove, et qui du Palais d’Urbino a passé dans les collections du Louvre et dans celles du Palais Barberini.

Il nous reste maintenant à parler d’un témoignage fort vague, hélas, qui a été transmis par l’un des plus grands artistes du XVI® siècle. Dans son voyage aux Pays-Bas, Albert Dürer vit une œuvre de maître Hugo dans l’hôtel de Nassau; mais son laconisme à ce sujet est vraiment décevant : « Item, dit-il, quand j’ai été dans la maison de Nassau, là j’ai vu dans la chapelle la bonne peinture que maître Hugo a faite... » (2).

Avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de s’autoriser de ce passage pour procéder à une identification quelconque. Tout au plus est-il permis d’y voir un simple indice; Pinchart n’hésite pas toutefois à en tirer parti. Il s’appuie en effet sur un inventaire qui fut dressé en i568, sur les ordres du duc d’Albe, lors de la mise sous séquestre des biens de Guillaume le Taciturne. Il y avait dans la chapelle « quatre grands tableaux de peintures contenant les sept saints sacremens et ung crucifix ». En 1601 le comte de Buren, fils aîné du Prince, fut autorisé par les archiducs Albert et Isabelle à jouir des biens et revenus de son père qui avaient été confisqués. A la mort du comte de

(1) Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant, pp. 83-84.

(2) « Item als ich bin gewest in des von Nassau hauss, do hcb ich gesehen das gut gemdhl m der Cappelen, das Meister Hugo gemacht hat. »

Albrecht Diirers Tagebuch. Der Reis in die Niederlande, herausgegeben von Dr Friedrich Leitschuch, Leipzig 1884.

Buren survenue en i6i8, un nouvel inventaire lut dressé ; et, dans la nomenclature des tableaux de la chapelle, on trouve la mention suivante : « Sept peintures représentans les Sept Sacreniens d’église, ouvraige ancien. Un crucifix du mesme. »

Peut-être était-ce un polyptyque dont les panneaux avaient été dissociés, et il n’est pas inutile de constater que les tableaux existaient encore au XVIP siècle et que c’était un ouvrage ancien (i). Le nombre de volets qui de quatre passe à sept fait demander à Pinchart si on n’en avait pas ajouté à partir de i568. Aucun document ne l’indique et la peinture dont il s’agit a disparu. « Quoi qu’il en soit, conclut Pinchart, nous ne doutons pas que ce ne soit là l’œuvre de Hugues van der Goes, vue par Albert Dürer en i520. Tout incomplet qu’est ce renseignement, il peut conduire un jour à une importante découverte. »

(i) Les anciens peintres flamands, leur vie et leurs cmvres, par J. A. Crowe et G. B. Cavalcaselle annoté par Alex. Pinchart et Ch. Ruelens, p. CCLXVII et CCLXVIII.

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