VIII. — PRODUCTIONS FLAMANDES OU ÉTRANGÈRES
REELÉTANT LTNELUENCE DE VAN DER GOES
Portraits attribués a van der Goes
Hugo a traité avec une telle maîtrise les physionomies des Portinari, d’Edouard Bonde, de Berthoz et du donateur anonyme du Rijksmuseum d’Amsterdam que certains critiques sont assez enclins à lui attribuer plusieurs portraits contemporains de grand mérite. Sous ce rapport nul ne s’est montré plus généreux que M. A. J. Wauters (i). Il lui donna celui de Charles le Téméraire du Musée de Berlin, de 1468 environ ; celui de Pierre Bladelin, administrateur des finances ; un portrait d’un homme imberbe de la collection Kaufmann ; celui du chevalier à la flèche du Musée de Bruxelles et celui de Philippe le Bon de la galerie d’Anvers, etc. Il a renoncé depuis lors à ces attributions.
Les portraits d’Antoine, grand bâtard de Bourgogne (iqzi-iSoq), ont donné lieu à des discussions. On connaît l’exemplaire de Chantilly (2), un autre beaucoup moins bon et très retouché de la galerie de Dresde et un troisième, plus petit, de forme ovale, conservé à Hampton Court. Celui-ci est regardé par d’aucuns comme l’original, tandis que les autres ne seraient que des copies. Gruyer cite à ce propos le nom de Roger van der Weyden ; on propose aussi Antonello de Messine et.
(1) Catalogue du Musée royal de peinture, igoi.
(2) La peinture au Château de Chantilly. Ecoles Etrangères, p. 169,
Miniatures détachées
(Bibliothèque de Cassel, Allemagne).
plusieurs critiques, van der Goes. Avec Kaemmerer et P. de Mont nous pencherions davantage à y voir l’œuvre de Memling (i).
On attribue encore à Hugo le portrait figuré en buste d’une noble dame au hennin et décolletée, qui évoque, du moins pour le costume sinon pour la physionomie, la figure de Marie Portinari ; mais il est bien légitime de ne voir là qu’une analogie d’ordre purement matériel. En revanche ni le dessin ni le modelé plutôt sommaire ne rappellent la facture précise et savante du maître gantois (2).
A Hugo on donnait également, il n’}^ a pas bien longtemps, le portrait du Cardinal Charles de Bourbon dont l’original se trouve au Musée germanique de Nuremberg et la copie à Chantilly. Après les avoir examinés minutieusement l’un et l’autre, et, tout en reconnaissant que l’auteur a, sans nul doute, subi l’influence de Hugo, force nous fut bien de ne pas nous rallier à un avis qui nous souriait beaucoup.
C’est encore au rayonnement exercé par l’artiste flamand qu’est due l’attribution du portrait de Charles IV d’Anjou assisté de saint Victor. Ce joyau du Musée de Glasgow est donné d’abord à Mabuse par Waagen (3), par d’autres à Jean Van Eyck ou à Gérard David (4). En réalité c’est à un artiste français plutôt qu’à Hugo qu’il est permis de songer. Peut-être s’agit-il de l’anonyme qu’on est convenu d’appeler le maître de Moulins ou le maître des Bourbons et qui a été identifié par /des auteurs avec Jean Perréal, artiste attitré de la cour de France. Seulement le rôle d’artiste officiel ne suffit pas à donner du crédit à cette conjecture. Quoi qu’il en soit, l’auteur du panneau de Glasgow s’est pénétré non pas seulement de la manière, mais nous allions dire
(1) Ludwig Kaemmerer pp. i2-i3. Les chefs-d’œuvre de V art ancien à l’Expo-
sition de la Toison d’Or. Bruxelles, 1907, p. i5.
(2) Ce tableau qui appartient à M. Ch. Cardon a été reproduit dans Les Primitifs Flamands, de Fierens-Gevaert, fasc. 14, gravure LXVIII.
(3) T. III, p. 289.
(4) Repertorium 1893, p. 23o,
aussi de la psychologie de van der Goes. Cette affinité s’affirme encore dans la Nativité du Palais épiscopal d’Autun dont les figures sont présentées à mi-corps (i). On remarque, près d’une vierge toute française de type et de sentiment, le portrait si caractérisé et si franchement réaliste du donateur, le Cardinal Jean, fils du chancelier Rolin. Contrairement à l’avis de l’auteur du catalogue des Primitifs, ce portrait, comme la figure de saint Joseph, se rapproche beaucoup plus, semble-t-il, de van der Goes que des productions de Jean Fouquet. Il n’y aurait du reste rien de bien étonnant à ce qu’il eût existé des relations très suivies entre les artistes français et ceux de nos contrées, si l’on pense aux circonstances dans lesquelles ces productions virent le jour. Isabelle de Bourbon, pupille de Philippe le Bon, vivait à la cour de Bourgogne; et Charles le Téméraire se vit même forcé, pour déférer à la volonté paternelle, de la prendre sans aucun délai pour épouse. D’autre part, l’oncle de la jeune princesse, le Cardinal Charles de Bourbon, fut l’abbé commanditaire de l’abbaye royale de Saint-Vaast à Arras. Abstraction faite de ces diverses circonstances, on sait qu’au temps de Jean Fouquet les mérites de nos grands artistes n’échappaient point à l’admiration de leurs émules français, ainsi que cela résulte de l’étude de leurs œuvres. De même que l’artiste tourangeau a connu les chefsd’œuvre de Van Eyck, de même le maître des Bourbons eut certainement l’occasion de voir et d’admirer les peintures du moine artiste.
Adoration des Bergers de la Collection Mayer van den Bergh
A Anvers
Ce tableau renferme maintes réminiscences du triptyque de Florence. Marie agenouillée adore l’Enfant qu’elle a déposé sur le pavement d’un palais en ruines. Derrière le pilier de droite, on aperçoit saint Joseph,
(i) Cfr. Reproduction Gazette des Beaux-Arts, iSpS, t. IX, p. 223. H. Bouchot. L’ exposition des Primitifs français. Paris 1904, I, p. 76.
ADORATION DES MAGES Heures de Marie de Bourgogne
(Cabinet des Estampes, Berlin).
LA VIERGE ET L’ENFANT Heures de Marie de Bourgogne
(Cabinet des Estampes, Berlin).
SAINTE BARBE Manuscrit de la fin du XV® siècle.
(Cabinet des Estampes, Berlin).