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IX. — ÉTUDE D'ENSEMBLE

Composition et Paysage

A l’encontre de beaucoup d’artistes qui, cédant à la routine ou à l’amour du lucre, se plaisent à se répéter, Hugo, obéissant à son génie toujours en éveil, varie ses thèmes le plus possible. U Adoration des Mages, par exemple, qu’il a traitée en diverses circonstances, constitue chaque fois une composition nouvelle.

Dans la première partie de sa carrière on observe que van der Goes prend des dispositions connues de Bouts ou de Roger van der Weyden ; c’est ainsi que l’on retrouve dans la Pinacothèque de Munich une Épiphanie de Bouts et une autre copiée d’après Hugo dans lesquelles la Sainte Famille se trouve à dextre, et non au milieu, pour recevoir les Mages qui arrivent de l’orient. Mais combien le maître gantois l’emporte sur son devancier par la cohésion et la vie dans la représentation de ce cortège royal qui s’avance avec empressement, sans hâte toutefois, chacun des personnages animé qu’il est de la plus profonde vénération ! L’admirable perspective du fond donne à la scène une ampleur et une importance qui dépassent de beaucoup les limites étroites du panneau. Gérard David s’en inspirera en maintes circonstances, entre autres dans son Adoration des Mages du Musée Royal de Bruxelles ; seulement il n’atteint pas à l’art du modèle à cause de l’entassement de personnages impassibles. Dans l’Epiphanie de la National Gallery, procédant d’un imitateur de Gérard, la composition, par sa clarté et sa simplicité, se rapproche davantage de l’idée

de van der Goes (i). Le triptyque de Buckingham Palace et la peinture de David et d'Abigail, arrivés jusqu’à nous sous la forme de copies anciennes, ne nous donnent qu’une idée affaiblie de la conception du maître ; on est à même toutefois d’y constater une réelle richesse de mise en scène. Le dessin d’Oxford, reproduisant l’histoire de Jacob et de Racket, est une œuvre observée qui évoquerait même le souvenir de certaines figures de Boticelli. Ce sont trois œuvres animées d’un grand souffle de vie et rendues captivantes grâce à d’heureuses recherches d’attitudes et d’expressions. Pour mesurer l’espace parcouru par Hugo, il suffirait de les comparer à certaines compositions de Bouts, telles la Rencontre d' Abraham et de Melchisédech ou la Sibylle de Tibur prédisant la vernie du Christ à l’Empereur Auguste. Les personnages du maître de Harlem restent toujours dignes et graves, mais ne semblent pas participer d’une façon bien effective à l’action à laquelle ils se trouvent mêlés. Hugo a succédé de fait à Roger van der Weyden dans la voie du pathétique, et nous avons marqué en plusieurs endroits de notre étude à quel point il a dépassé, sous ce rapport, son devancier.

Dans la scène médiane du triptyque des Portinari, le point de vue est placé très haut, ce qui a permis au peintre, grâce à la déclivité du sol, de donner de l’ampleur â la scène et de former une véritable couronne d’adorateurs autour de l’Enfant Jésus.

~L' Adoration des bergers du Musée de Berlin est loin d’être la réplique du panneau de Florence, comme certains auteurs l’ont dit par inadvertance, car elle se distingue par une unité, une plénitude de composition, un équilibre, un charme poétique et une intensité de sentiment religieux tels qu’on ne les rencontre dans aucune autre œuvre du maître. Maïs sî on ne relève pas de défaillance dans la composition, si on admire d’autre part la parfaite convenance des divers personnages, on ne retrouve pas toutefois ni les riches et puissantes oppositions de

(i) Baron von Bodenhausen. — Gérard David und seine Schule. N° 38, p. i88.

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