‹ Hugo van der GoesChapitre 8 sur 39 · DESCENTE DE CROIX · texte numérisé non relu

DESCENTE DE CROIX

(appartenant an chapitre de la cathédrale de Saragosse).

Pays-Bas ; il a été la voir le 8 avril i52i : et, sans en désigner le sujet, il l’appelle une précieuse peinture, et Hugues un grand maître.

« Il y a aussi, dit van Mander, de l’habile maître, entre autres belles choses existant à Bruges et qui pourraient m’étre inconnues, un tableau d’autel que l’on envisage comme étant du nombre des meilleures choses qu’il ait produites.

» Il est dans l’église Saint-Jacques, où il orne un autel; c’est un Crucifiement avec les bourreaux, Marie et d’autres figures, toutes si pleines de vie et si consciencieusement exécutées que l’œuvre est faite non seulement pour charmer la foule, mais encore les juges les plus compétents.

» A cause même de son mérite, ce tableau fut épargné lors de la brutale dévastation des édifices du culte ; mais l’église ayant plus tard servi au prêche des protestants, on prit cette œuvre d’art pour y inscrire, en lettres d’or, sur un fond noir, le décalogue, et cela sur les conseils et par le fait d’un peintre. Je tais son nom, ne voulant pas qu’il puisse être dit qu’un représentant de notre art a pu contribuer à l’anéantissement d’une telle œuvre, par un outrage que la peinture n’a pu contempler qu’en versant des larmes. Heureusement que l’ancien fond était extrêmement dur et que les lettres d’or et la couche de noir qu’on y appliqua formèrent une masse épaisse de couleur à l’huile. Elle s’écailla par endroits et le tout put s’enlever. Cela fait que l’œuvre est encore intacte. » C’est d’ouï dire que van Mander écrit en l’occurrence, fait remarquer H. J. Weale, car apparemment il ne l’aura jamais vue. N’oublions pas d’ailleurs, ajoute le même auteur, que van Mander composait son ouvrage vers 1604. Il appelle l’œuvre une Crucifixion et le peintre, à qui la préservation est due, une brute pour avoir osé la défigurer, etc.

Sanderus la vit en 1641 et indique ce tableau comme étant une Descente de croix ornant le maître-autel (i). Cette donnée est confirmée

(i) Flandria illustrata, t. II, p. 81.

à la fin du XVIII® siècle par Descamps (i). « La descente de croix, dit-il, est un tableau sec et dur. Il y a cependant quelques têtes avec de la vérité et assez belles. »

Les renseignements de Sanderus et de Descamps concordent, mais rien ne nous autorise à affirmer que la Descente de croix dont ils parlent puisse être identifiée avec une œuvre déterminée. Il y a tout lieu de croire cependant qu’une descente de croix de Hugo van der Goes se trouvait dans une église de notre pays, peut-être à Bruges, sinon on ne s’expliquerait pas les nombreuses copies qui en ont été faites. Le sujet indiqué par van Mander est absolument différent ; y a-t-il erreur de sa part, ou la Crucifixion , « avec les bourreaux » qu’il mentionne, a-t-elle disparu ? Le renseignement de van Mander n’est cependant pas négligeable, puisque cet écrivain était contemporain des iconoclastes. En tout cas une peinture à la détrempe n’eût pas supporté, semble-t-il, pareil traitement, et nous aurions peine à croire que l’œuvre représentée par le fragment d’Oxford en ait été l’objet; au surplus, si le renseignement est exact, ce fragment serait le débris d’une toile atteinte par un incendie dans un palais de Gênes. A quelle date cette toile a-t-elle été transportée en Italie? On l’ignore. Se pourrait-il que ce fut à une époque récente ? Cela semble peu vraisemblable, on songe plutôt à un envoi fait pendant la carrière du maître ; quoi qu’il en soit la Descente de croix signalée par Sanderus et Descamps se trouvait encore à Bruges en lySS; et le seul point indiscutable, c’est que le fragment d’Oxford est incontestablement supérieur à toutes les copies existantes et qu’il provient sans aucun doute d’un original.

Le maître flamand a-t-il repris plusieurs fois le même sujet en y apportant de légères modifications telles que le montant de la croix avec ou sans la traverse, et enfin celle-ci avec l’adjonction de l’échelle? C’est un problème qui serait difficile à résoudre. Un fait est cependant

(i) Voyage pittoresque de la Flandre et du Brabant, p. 284.

Page 1