‹ Hugues Aubriot, prévot de Paris sous Charles VChapitre 2 sur 8 · Brussel, Traité des fiefs, t. 1, p · texte numérisé non relu

Brussel, Traité des fiefs, t. 1, p

2. Ces statuts déjà imprimés partiellement, soit dans plusieurs recueils publiés par diverses corporations, soit dans le grand ouvrage sur la police du commissaire de La Marre, ont été publiés dans la Collection des documents inédits relatifs à l'histoire de France, par Depping, sous le titre suivant : Règlements sur les arts et métiers de Paris rédigés au treizième siècle, et connus sous le nom du Livre des métiers dTÊticnue Boileau, etc., 1837, in-4°.

3. Plusieurs travaux remarquables ont été consacrés au prévôt des marchands Etienne Marcel. Je me contenterai d'indiquer un mémoire de M. L. Lacabane dans ce recueil (t re série, t. I, p. 79); une notice de M. Jules Quicherat (dans le Plutargue français) ; l'ouvrage plus récent de M. Perrens : Étienne Marcel et le gouvernement de la bourgeoisie au quatorzième siècle , Paris, 1860, in 8°. — voir l'examen critique de cet ouvrage, par M. Lucc, dans un précédent volume de ce recueil (t. Il, 5 e série).

l'avait combattu, devenu roi sous le nom de Charles V, n'osa pas attaquer de front le pouvoir populaire que les prévôts des marchands s'étaient acquis. Il essaya de ruiner cette influence par l'autorité rivale des prévôts de Paris, auxquels il confia l'exécution des travaux d'utilité générale, qui devaient attirer à son mandataire la faveur populaire , qu'Etienne Marcel avait détournée au profit de ses projets avortés.

Telles furent jusqu'au règne de Charles V les vicissitudes que subirent, depuis leur création, les fonctions de prévôt de Paris.

Dès la première année de son règne, Charles V remit la garde de la prévôté de Paris entre les mains de Hugues Aubriot, originaire d'une famille bourgeoise de Bourgogne. Ce magistrat, avant de servir le roi de France, avait exercé la charge de bailli de Dijon, et fait partie en cette qualité des officiers de la maison de Bourgogne. Il fut enlevé à ces fonctions par Charles V, qui le fit venir à Paris dès 13G4 ; trois ans plus tard, en 1367, ce roi lui donna en titre d'office la prévôté et la capitainerie de la ville de Paris.

Il était clerc, versé à fond dans la science du droit féodal, et fort capable par conséquent de se conduire au milieu des difficultés sans nombre qui surgissaient, à chaque pas, d'une multitude de privilèges n'ayant d'autre base que la coutume. Autant qu'on peut en juger par les accusations dont il fut la victime, confrontées avec les faits certains de l'histoire, Hugues Aubriot joignait à une grande vigueur de caractère une indépendance d'esprit qui le mettait au-dessus des préjugés et des superstitions de son temps.

A peine revêtu de ses nouvelles fonctions, il s'occupa d'abord de l'assainissement de la ville de Paris; apportant beaucoup de zèle à réparer les dommages de toute nature causés par les troubles politiques nés des malheurs de la France et de la captivité du roi Jean.

Les travaux accomplis par ses soins durant les quatre premières années de son administration, de 1368 à 1372, prouvent par leur nombre et leur importance une activité prévoyante et bien entendue. En 1368 il fit achever le mur qui défendait le côté sud de la ville, depuis la Bastille Saint-Antoine jusques à celle des Tuileries, et fit creuser au bas de ce mur un fossé de trente pieds de large sur quinze de profondeur, et de deux mille cinq cents toises de développement. Du côté du midi, il perfee-

tionna l'œuvre entreprise à la hâte dix années auparavant, sous la conduite d'Étienne Marcel, et fit creuser un arrière-fossé de trente-six pieds d'ouverture sur seize de profondeur. Les murs d'enceinte qui environnaient le quartier de l'Univenrité furent exhaussés; les portes qui donnaient entrée dans ce quartier furent rétablies 4 .

Après avoir aiusi protégé la ville contre les entreprises des ennemis extérieurs , Hugues Aubriot consacra les deux années suivantes à la prémunir contre les causes intérieures de désordre ou de maladie. Le pavé des principales rues fut entièrement refait; les eaux qui croupissaient sur plusieurs points de la ville et y développaient assez souvent des germes pestilentiels, furent dirigées dans de vastes égouts aboutissant à la Seine, ou aux fossés des remparts. Hugues Aubriot creusa plusieurs ports : le port aux foins, pavé en 1370; le port de Bièvre, celui du petit Pont, le port de la place Maubert, celui du couvent des Augustins. Par ses soins, quatre ponts de bois furent établis ou réparés sur la Seine dans les années 1370 et 1371 : le pont de l'île Notre-Dame, celui de Saint-Bernard, un troisième derrière Notre- Dame, et le dernier en avant du port Saint- Bernard, nommé le pont Saint-Michel a . Il fit encore percer des rues nombreuses dans tous les quartiers de Paris, surtout dans les endroits où les gens de métiers devaient se porter en foule, et dans lesquels la surveillance du magistrat chargé de la police devait être active et de toutes les heures. H n'ignorait pas la grande part que la corporation des bouchers avait prise aux troubles de 1358; il connaissait la force physique, l'exaltation des hommes qui composaient cette corporation. Sous prétexte de dégager les abords du Chàtelet, sa résidence habituelle, il bouleversa la grande boucherie, voisine de ce monument. Je trouve à cet égard les détails suivants dans une enquête du commencement du quinzième siècle.

t. Sauvai, Antiquités de Paris, etc., t. III, p. m.

2. Le moine de Saint-Denis, auteur de la vie de Charles VI , enn-mi de Hugues Aubriot, s'exprime ain*i au sujet de ces travaux : » Il fit établir par d'habiles ourri ers, dans les quartiers peu élevés et la |>arlic basse de la ville, des conduites et des égouts souterrains, destinés à l'écoulement des faux pluviales qui entraînaient les immondices entassées devant les portt s dans les prés d'alentour. 11 fit achever par dïmmenses travaux et des dépenses presque incalculables le nouveau pont dit de Saint-Michel, souteuu Mir des pilier> rt d<s arches de pierre >• (Sauvai. Antiquité*, rte, 1. 1, p. toi )

Hugues Aubriot, prévôt de Paris, lit démolir aux dépens de la communauté une grande maison appelée le four des Métiers, sise près de la grande boucherie ; deux toises et plus furent retranchées des étaux, et une rue dite la rue Neuve fut pratiquée à la place. Pour faire cette rue, on élargit une petite ruelle d'environ cinq pieds, donnant dans la rue Pied-de-Bœuf, qui conduit du Palais à l'église Saint-Jacques- la-Boucherie 1 .

A ces travaux d edilité et d'un intérêt relativement local, 1« prévôt voulut en ajouter un autre d'une portée plus générale. Il se rappelait le danger que Charles V, encore Dauphin, avait couru dans cette fameuse journée du 22 février 1357; il savait que le peuple soulevé avait pu forcer l'entrée du vieux palais et tuer, sous les yeux mêmes du Dauphin, deux des fidèles conseillers qui l'entouraient. Il conçut le projet de mettre la royauté en état de se défendre à l'avenir contre de pareilles éventualités, en complétant du même coup le système de fortifications commencé par lui du côté sud de la ville.

L'ancienne bastille Saint-Antoine souillée du sang de plusieurs citoyens, au pied de laquelle le prévôt des marchands, Étieune Marcel, avait trouvé la mort, n'était plus eu rapport avec l'ensemble des travaux que Hugues Aubriot venait de faire exécuter tout autour ; c'est pourquoi, le 22 avril 1370, il posa la première pierre d'une citadelle plus forte que toutes celles qui entouraient Paris. Des gratifications furent accordées dans cette circonstance à tous les ouvriers chargé* de ce travail. Aussi, eu moins de deux années s'éleva cette forteresse dont les murailles et les huit tours dominèrent et firent trembler Paris jusqu'au 14 juillet 1789. Ce sombre édifice est célèbre dans notre histoire sous le nom de la

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