‹ Hugues Aubriot, prévot de Paris sous Charles VChapitre 3 sur 8 · BASTILLE · texte numérisé non relu

BASTILLE

Jusqu'à ce moment, nous avons vu l'officier royal dévoué à

son maître, l'édile plein d'une intelligente sollicitude pour les

intérêts de la ville confiée à son zèle ; il nous reste à étudier le

magistrat jaloux de son autorité, dans sa lutte avec les intérêts ou

les coteries qui prétendaient en limiter l'exercice. Cette œuvre de

restauration fut une des parties les plus difficiles de sa tache. Il

devait, dans l'exécution de pareils projets, rencontrer des obstacles

presque invincibles; il les surmonta cependant; mais lessuscep- «

I. Registres delà chambre dos rompis, Mi-inori;il A , enquAlc de l'année 1411. Voir Pièces justiticalivo*, t.» I

tibilités qu'il froissa, irritables et rancunières à l'excès, lui firent plus tard cruellement expier son triomphe. A l'extrémité orientale de l'île de la Cité, en tète d'un petit pont de bois qui conduisait du quai Saint-Bernard à l'Hôtel Dieu, s'éleva jusqu'en 1782 une forteresse dont la partie inférieure, creusée en voûte, formait une des entrées les plus sinistres de la capitale. La porte que ce bâtiment avait remplacée faisait partie des fortifications antérieures à celles dont Philippe-Auguste avait entouré la ville agrandie. Cette porte, qui avait été reconstruite en 1222, fut emportée, le 20 décembre 1296, par une crue extraordinaire de la Seine. Elle était déjà connue sous le nom de Petit-Châtelet, et ne consistait qu'en tourelles de bois, qui furent rétablies à la bâte après cette inondation. Les monuments historiques de la fin du treizième siècle nous parlent du Petit-Pont et de la porte qui y conduisait comme d'un des endroits les plus fréquentés de Paris ; aussi, dans le registre des métiers rédigé sous saint Louis par Étienne Boileau, le péage du Petit-Pont est-il sévèrement réglé pour toutes les marchandises qui entraient journellement dans la ville de ce côté 4 . Hugues Aubriot trouva que, vu son importance, cette entrée n'était pas suffisamment défendue. D savait en outre que bien souvent, la nuit venue, cette porte était assaillie par les écoliers qui, franchissant l'enceinte toute voisine de l'Université, se répandaient dans les rues tortueuses de la Cité, et s'y livraient à des désordres souvent criminels. Par ses soins la porte et les tourelles en bois du Petit-Pont firent place à une forteresse en pierre, qui servit de bureau de péage, et fut en même temps érigée en succursale des prisons du Grand-Chàtelet. Entre les piliers de pierre qui soutenaient l'édifice et l'élevaient presque de niveau avec le lit de la Seine, Hugues Aubriot fit disposer plusieurs cellules spécialement réservées à la claustration des coupables. On les nomma, à raison de cette destination, rues du Fouarre et du Clos Bruneau 2, deux des endroits

1. Titre H, Del péage de Petit pont, page 280 des Règlements sur les arts el métiers de Paris rédigés au treizième siècle, etc., etc., publiés par Depping, Paris, 1837, in-4°.

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