Livre bleu, etc., etc., p
et continuait les rivalités, en faisant naître à chaque instant des ' conflits.
Telle était la position des deux adversaires à l'avènement de Charles V, quand Hugues Aubriot fut appelé à la garde de la prévôté de Paris.
Au mois de juin de Tannée 1366, par exemple, un nouveau recteur fut élu ; le gardien de la prévôté de Paris refusa d'abord de prêter le serment accoutumé , mais il dut céder devant un ordre royal et comparaître avec ses sergents dans l'église Saintr Éloi, où il jura chaque article des privilèges, qui furent lus à haute voix, en latin et en frauçais, par maître Denis Flaton* .
En 1367, quand il fut nommé définitivement prévôt de Paris, il essaya d'éluder le serment , mais il y fut contraint , et, le 10 octobre, il se rendit dans l'église du couvent des Bernardins. Là il jura de faire observer chaque article qui lui fut lu séparément. 11 lit toutefois des réserves à l'égard des deux clauses concernant le serment des bourgeois de Paris à l'égard des écoliers, et le respect pour le domicile où ces derniers seraient arrêtés. Quant à ces deux articles, il jura de les suivre en tant que passible seroit, c'est-à-dire le mieux qu'il pourrait, sans dol et sans fraude 2 .
Cette longue querelle des privilèges contre l'autorité régulière était loin de s'assoupir, on le comprend, sous l'administration de Hugues Aubriot, le vigoureux défenseur du droit commun. Obligé de céder, il ne se rendait pas, et toute occasion lui était bonne pour revendiquer le libre exercice de son pouvoir. Au mois de septembre 1368, les Anglais menaçaient l'Ile de France, et surtout la capitale; Hugues Aubriot déploya la plus grande activité pour organiser dans la ville le guet des métiers et une garde bourgeoise en état de défendre les remparts qu'il faisait construire. Il ne crut pas que les écoliers, les libraires, les écrivains, les enlumineurs, les relieurs et les parcheminiers fussent exempts de concourir à l'œuvre de la défense générale. C'était raison; mais, comme dit le docteur de Rabelais : « De raison ! nous n'en usons point céans ! » Et, preuves en mains, l'Université remontra que non-seulement ses maîtres et ses élèves, mais encore tous ses suppôts devaient être exempts de pareilles char-
!. Do Boulay, Histoire de V Université de Paris, t. IV, p. 3fl.i. 2. /d., 16.. 1. IV, p. 143.
gcs. En conséquence le roi, le 5 novembre 1368, défendit, par lettres patentes, au prévôt de Paris de permettre à ses cinquanteniers et dizainiers d'enrégimenter aucun des enfants de sa trèschère fille l'Université de Paria.
L'Université, triomphante par la protection royale, nourrissait une haine vivace contre Hugues Aubriot, qui la forçait à se défendre. Si le prévôt ne pouvait nuire, il était évident que ce n'était pas l'intention qui lui manquait, et, d'après la logique du temps, aiguisée par la colère, l'intention était réputée pour le fait. La bonne volonté persistante du roi préservait son mandataire et le rendait inattaquable ; mais la mort de Charles Y, survenue en 1381, laissa le magistrat désarmé en butte aux vengeances de ses ennemis.
A peine Charles V avait-il fermé les yeux que la tempête se déchaîna, et du premier choc abattit toute l'autorité du prévôt; du second, c'était le prévôt lui-môme qu'elle devait renverser. Un incident survenu pendant la cérémonie des funérailles du roi défunt, donna lieu aux deux parties de commencer les hostilités. Du château de Beauté, où Charles V avait rendu le dernier soupir, son corps fut apporté à l'abbaye Saint-Antoine, près Paris , d'où il devait être conduit à Notre-Dame et de là à Saint-Denis ; les suppôts de l'Université , maîtres, écoliers, serviteurs, accoururent en foule , et leur grand nombre embarrassa fort la cérémonie. Il y eut une querelle de préséance, dans laquelle ils prirent parti. Le recteur prétendait marcher à côté de l'évéque de Paris ; l'évéque prétendait marcher seul hors des rangs, après sou clergé ; les écoliers soutinrent le recteur et se rangèrent près de lui , ils furent repoussés et malmenés par les archers du prévôt. Les historiens du temps, connus jusqu'à ce jour, ne donnent pas à ce tumulte toute l'importance qu'il parait avoir eue. Des documents nouveaux le racontent avec détail et nous permettent d'en signaler les principaux incidents. On lit d'abord dans la Chronique des Valois, citée déjà plus haut, rédigée évidemment par un ami de l'Université , sinon par un de ses membres, les lignes très-significatives que voici : « L'Université • de Paris, le Recteur et les maistres des quatre facultés voulu- « rent aler devant au plus près du corps du Boy, devant le « chappitre de Wostrc-Damc de Paris, et le chappitre de la
1. Recueil des privilèges de l'Université de Paris, etc., p. 82.
■ Saincle-Chapelle du Palais du Roy . Là sourdi uug grant débat « dont le prévôt de Paris, Hugues Aubriot, ungs homs crueùx, « lui et ses sergens armés , coururent sus aux clercs , et en na- « vrèrent plusieurs , et bien plus de trente-six en mistrent en « prison ; les clercs n'estoient pas armés, si furent pour ce jour « les plus fiebles ' . »
Le second document est inédit et beaucoup plus explicite : c'est une requête adressée à Charles VI contre le prévôt luimême au sujet de ce tumulte; elle est écrite en français. L'auteur expose la conduite et le langage tenus par Hugues Aubriot dans cette affaire, d'une façon très-originale ; en voici l'analyse et quelques extraits :
Le Recteur de l'Université, les maîtres licenciés, les bacheliers et écoliers de YEstude de Paris, exposent contre messire Hugues Aubriot chevalier, à présent prevost de Paris, et conservateur des privilèges de l'Université , qu'il a juré de maintenir, que s'étant rendus, suivant leur coutume , à h cérémonie des funérailles du roi Charles défunt, à grant dévotion et sollennitê, en leurs habiz et chappes de leurs facultés , à T église de Saint- Anthoine lez Paris, le recteur et ceux qui le suivaient voulurent prendre le rang qui leur appartenait, c'est-à-dire à côté de l'évèque de Paris. Mais le prévôt arrêta le recteur en lui demandant où il allait ! le quel recteur respondit que ils aloient au lieu où ils avoient accoustumé à estre autrefois quand Von portoit les corps des roys de France ; après la quelle response le dit prevost, par manière de dérision, demanda au dict Recteur et autres de T Université se Hz vouloient aler avecques les prêtas? A quoi le recteur répondit très-humblement que non , mais qu'il priait le prévôt de faire respecter leurs privilèges comme en étant le défenseur naturel. Mais le prévôt repoussa durement le recteur, et, le prenant par le menton, lui dit qu'il le traiterait encore plus mal : « Et combien, que le dit recteur, li dist « qu'il faisoit mal de lui prendre par le menton, et qu'il le rap- « pelloit en son courage, néantraoins le dit prevost reprint par • le menton icelni recteur, et le bouta moult rudement ; et « aussy plusieurs de ses sergens et autres f râpèrent pluseurs « coups sur le dit recteur, et dit le dit prevost ces paroles : « Tuez, tuez tout! au recteur, au recteur ! et tant fut frappe et