Historiens de France^ t. X, préface
2 . Odonem virum militarem ac strenuum in basilica sancti. . .
îv Préface.
était fils de Robert et petit-fils de l'étranger Witichind, Germain de nation. Ce témoignage contemporain, qui s'accorde avec celui de Conrad d'Ursperg et d'Aimoin (i) , semble laisser hors de doute l'origine des Capétiens. Voilà donc où nous en sommes aujourd'hui : la souche de la troisième race est connue, c'est le germain Witichind ; on ne remonte pas au delà. Le résultat de cette découverte a été de réduire à néant toutes les fausses généalogies dont les Capétiens pouvaient se passer. Mais tant que le père de Robert le Fort n'était point connu , le champ des hypothèses restait ouvert pour tout le monde. Cette incertitude et cette obscurité offraient à la légende un terrain favorable; elle s'en empara.
On s'avisa un jour d'attribuer à Hugues Capet une origine plébéienne. Pourquoi et comment ? Sur quelle autorité se fonde cette attribution.'^ Serait-ce un fait historique.? Nous n'en trouvons aucuns documents contemporains. Est-ce une tradition? Elle surgit plus de trois siècles après la mort de Hugues Capet. Nous ne connaissons que trois textes principaux qui mentionnent cette prétendue origine :
i^ Notre poëme;
2° Le Purgatoire de Dante;
j*' La chronique de Saint-Bertin;
regem créant. Hic patrem habuit ex equestri ordine Rotbertum ; avum vero paternum , Witichinum, advenam Germanum. {Histoire de Richer^ p. i6 et 17.)
I. Robertum fortem generis saxonici virum. (Lib. II De Miraculis sancîi Benedicti. )
Préface, v
auxquels on peut ajouter :
4^ Une ballade de Villon ;
5° Le traité paradoxal d'Agrippa de Nettesheym : De Incertiîudine et Vanitate omnium scien^ îiarum et arîium ;
6° Les recherches d'Etienne Pasquier.
70 La satyre Menippée.
Laissons de côté le poëme de Hugues Capeî , pour y revenir, et rapportons les six autres textes.
Dante fait parler ainsi Hugues Capet au vingtième chant du Purgatoire :
Chiamatofui di là Ugo Ciapetta :
Di me son nati i Filippi e i Luigi Per cui novellamente e Francia rctîa.
Figliuolfui d'un beccajo di Parigi.
On lit dans la chronique de Saint-Bertin :
Hugonem Capeti quidam vulgares et simpUces credunt fuisse plebeium, qui regnum usurpaverit; quod non est ita : miles enim fuit magn<z nobiliîatis et antiqu£^ comes Parisiensis et Andegavensis^ etc.^ etc. (î).
Dans sa ballade intitulée Ballade de Vappel de Villon j ce méchant garnement de poëte dit :
Se fusse des hoirs Hue Capely Qui fut extraict de boucherie ,
I. Martenne, Thés, anecdot., t. III, col. 565. — Rerum GalUcarum et Francicarum scripîores, t. x, p. 297.
vj Préface.
On ne m'eust , parmy ce drapel , Faict boire à celle escorcherie (i).
Agrippa de Nettesheym (2), dans un livre fort oublié aujourd'hui , fort admiré et fort critiqué au temps où il parut, c'est-à-dire au commencement du XVI^ siècle, s'exprime ainsi au chapitre intitulé De Nobiliîate :
Invadente Francoriim regnum Hugone Capeto , viro gladiaîore et sanguinolenîo, sîrenuo quepagnatore, et qui his artibus apui Parisiensem populum magnus habitus est , alias veto ignobilis , aîque e lanione progeniîus.
Et plus loin :
Ipse sibi diadema imposait et carnificina pro regno commutata, Gallis deinceps cum posteris suis imperaviî. Cujus successio in hune usque diem durât, donec illa rursus in aliquo meretricum libidinis mancipio ruitura sit (3).
Estienne Pasquier, dans les Recherches de la France (4) , prend fort à cœur les passages de Dante, de Villon et d'Agrippa de Nettesheym, et les tance de la belle manière pour leur sotte
1. Œuvres complètes de François Villon, p. 205, éd. P. L. Jacob, Bibl. Elzevirienne.
2. Il avait été médecin de Louise de Savoie, mère de François F^. w mourut en 1 534.
3 . La première édition du livre est de Cologne, sans date de temps. Celle que nous citons est de Leyde, 1643, in- 18, p. 223. ^