‹ Hugues Capet, chanson de geste;Chapitre 8 sur 27 · Voyez, par exemple, Gaydon, p. 26 et · texte numérisé non relu

Voyez, par exemple, Gaydon, p. 26 et

Préface. xxj

dit la reine Blanchefleur dans notre poëme. Il y a grande apparence que ces Vœux du Paon étaient dans leur vogue lorsque Fauteur de Hugues Capet leur emprunta la scène dont il s'agit. Mais comme alors le succès d'une œuvre littéraire était plus durable qu'aujourd'hui, comme il était moins sujet aux caprices de la mode , comme en 1340, après le Restor du Paon, on voyait encore apparaître/^ Parfait du Paon, dont l'auteur parle avec grand éloge de Jacques de Longuyon , et de son poëme que tout le monde connaît :

Vous avés bien oy tous les Vcus du Paon.

Il n'est pas possible de savoir si Hugues Capet suivit de près les Vœux du Paon ou ne fut composé que vingt ans plus tard. Peu importe d'ailleurs; le seul point intéressant, à nos yeux, est de prouver que ce n'est plus une œuvre de l'âge héroïque de notre histoire, et tant s'en faut. On l'eût facilement deviné au langage, aux mœurs, au ton qui caractérise cette composition ; on en sera plus sûr après l'argument, décisif à notre gré, par lequel nous croyons avoir résolu la question.

On se convaincra encore mieux que notre poëme a été composé au XIV^ siècle en le comparant à un autre ouvrage du même temps, dont la date n'est pas douteuse. Nous voulons parler du poëme de Bauduin de Sebourc, lequel, à part la fable, bien entendu, offre les plus grandes analogies avec celui que nous publions.

Et d'abord les deux héros, dont l'un devient

xxij Préface.

roi de France et Pautre roi de Jérusalem, sans pouvoir s'y attendre ni Tunni Tautre, semblent taillés, pour ainsi dire, sur le même patron. Bauduin de Sebourc n'est ni moins beau ni moins séduisant que Hugues Capet :

Tant fu biaus Bauduins et de gente fachon , Leas que dame le voit , désire le baron.

Et fa tant gracieus , en sa douche raison , Qu'il ne parlot à dame, puis qu'elle éust baron , Qu'au revenir ne fuist batue en sa maison (i).

Et de là , les mêmes conséquences , si ce n'est que Bauduin va un peu plus loin que Hugues. Au lieu de dix bâtards, il en a trente :

S'avoit .XXX. bastars^ tous haitiez et vivans Des filiez as villains et à ches païsans ; A filles et à merez estoit il habitans (2).

Quoique noble d'un côté, Hugues Capet passe pour un bourgeois ; Bauduin pour un vilain ; lui-même se croit tel , bien que fils de roi et de reine.

Carfiex sui d' un villain, qui n'ot vaillant riens née{^)j

dit-il à une noble damoiselle aussi sensible à sa beauté que les filles de ches païsans. Mais au XIV^ siècle on commence très-fort à s'estimer

PRÉFAdE. xxiij

ou à estimer les autres d'après le mérite personnel et l'élévation des sentiments autant que d'après l'origine, et Bauduin est de son temps. Il regrette sans doute de n'être pas noble ; mais, ajoute-t-il,

.... Pas ne sui villains de cuer ne de pensée^ Et j'ai bien oï dire, il a mainte journée , Que nulz homs n'est villains, de maise renomma Se de cuer ne li vient; c'est veritez prouvée (i).

C'est aussi le sentiment de Hugues Capet : Bourgois sui de Paris , pour coy en mentiroie ?

Et s'ay bon cuer en my, con povrez que je soie, Aussi bien comme ung rois vestu d'or ou de soie; Et ly cuers fait boin euvre à qui volloirs s'apoie{2).

Bauduin dit encore :

Car il n'est nulz gentis, s'il n'est à bien pensans : Car trestout venons d'Eve; nos pères fu Adans (j).

Pensée qu'on retrouve dans notre poëme et presque dans les mêmes termes :

Car il est biaulz et bons , et s'il n'est de hault lin.

Au vrai considérer, et toutpovre meschin

Sont tout estrait d'Adam, et Bilart et Justin (4).

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