P. 126. — Sans doute Pidée n*est pas neuve, et il y
xxiv Préface.
Voilà, certes, de grands traits de ressemblance et essentiels entre les deux héros que nous comparons, et qui en font bien deux contemporains.
Ajoutons que le théâtre de leurs prouesses amoureuses est le même, qu'ils ont été célébrés tous deux par un poëte du, nord de la France, dans la même langue, dans le même dialecte, avec le même esprit et la même gaité malicieuse. La forme des deux poèmes, sans doute, est encore celle de la chanson de geste, et les souvenirs alors classiques y abondent également ; mais on y sent je ne sais quoi de nouveau dans le récit qui leur donne une physionomie toute particulière et les distingue très-nettement des anciennes compositions du même genre, même de celles duXIII^ siècle.
Cette différence, bien plus facile à sentir qu'à analyser, réside essentiellement dans le ton, dans l'allure du narrateur, dans le tour qu'il donne à ses idées ; elle est visible aussi dans les formes du langage, où l'on peut relever des habitudes toutes nouvelles, des mots qu'on n'a point encore vus, des locutions de date récente.
Nous ne voyons pas , par exemple , au XI 11^ siècle, cette forme qui revient si fréquemment dans le poëme de Hugues Capeî et qui se retrouve dans celui de Bauduin de Sebourc :
Ainsi disoit Huon qui tantfist à prisier (i).
avait longtemps qu'on s'était avisé de cet argument ; mais on ne Tavait pas encore mis, à ce que nous croyons , dans une bouche royale.
Préface. xxv
Ainsi ly connestablez prisoit le baceîler (i).
Ainsi se devisoient cnsamblc ly enfant (2). Etc., etc.
Ensi disoit Ydain que vous oï avés (3). Ensi dist Esmerez^ li notiez et H frans (4). Ensi disoit Wistaces ; mais il ne savoit mie (5).
(Bauduin de Sebourc.)
Nous ne disons pas qu'il serait impossible de trouver cette forme et d'autres dans un poëme du XIII^ siècle (bien hardi qui avance de semblables propositions) ; nous ne signalons ici que l'emploi fréquent, l'usage habituel.
Autant en dirons-nous de cette locution :
Signour, li .m. enfant dont je vous senefie.
(Bauduin de Sebourc, ï, m, et passim,)
Le conte jetta sus dont je vous senejfie.
(Hugues Capet, p. 1 33, ef passim.)
Entre autres mots qui paraissent nouveaux nous citerons : regnatioriy qui se trouve dans notre poëme, qui est fréquent dans celui de Bauduin de Sebourc :
Moult fu ly rois amez en se regnassion,
(Hugues Capet, p. 242.)