XXIII. — LIBELLUS DE FRUCTIBUS GARNIS ET SPIRITUS
Les fruits de la chair, ce sont les vices, et les fruits de l'esprit^ les vertus. L'auteur énumère en peu de mots toutes les vertus et tous les vices, et en dresse deux arbres généalogiques. Ce n'est pas un traité ; c'est un recueil de définitions. Les éditeurs de 1648 l'ont publié, disent-ils, dans les OEuvres de Hugues, parce qu'il porte son nom dans les copies manuscrites ; mais ils déclarent qu'il n'est pas conforme, pour le style, à ses autres écrits. Les Bénédictins leur répondent que le plan même de l'ouvrage excluait cette conformité. Nous ajouterons que les éditeurs ont été bien malheureux dans leur critique. En effet, le principal chapitre de cet opuscule, tel qu'ils Tout publié, est le dix-neuvième et dernier. Or, ce chapitre se retrouve tout entier dans le traité de Desubstantia dilectionis. Ainsi, non-seulement les éditeurs l'ont deux fois imprimé dans le même volume ; mais, tour à tour, ils l'ont admis comme authentique et signalé comme suspect.
Le Lihellus de fimctibiis carnis et spiritus n'est désigné ni par Vincent de Beauvais, ni par Jean de Saint- Victor^ ni par Jean de Tritenheim. Cependant il est vrai qu'il porte le nom de Hugues dans plusieurs volumes d'une antiquité respectable, et nous n'apprenons pas qu'il ait été réclamé pour être inscrit parmi les œuvres de quelque autre docteur. Nous pensons donc, avec YHistoire Littéraire, qu'il faut le laisser dans le recueil du chanoine de Saint- Victor ,
Mais comment les auteurs de la nouvelle édition ont-ils reproduit le texte de l'ancienne, sans remarquer que c'est une œuvre de confusion? Pour corriger ce texte étrangement défectueux, ils auraient dû particulièrement consulter le numéro 250 de Saint-Victor, quia pour titre : Tractatus de diffinitionibus virttitum et vitiorum, et le numéro 372 du Supplément latin de la Bibliothèque Impériale L'exemplaire de Saint-Victor n'est pas lui-même irréprochable, puisque la série des définitions y est intervertie ; mais l'exemplaire du Supplément Latin diffère à chaque ligne du texte imprimé, et le corrige toujours heureusement. Voici les plus importantes de ces rectifications. Les arbres généalogiques placés à la suite du traité dans l'imprimé, font partie, dans le manuscrit, du prologue même de Fouvrage; et c'est la place qui leur convient^ puisqu'on lit dans ce prologue : « Sequentibus itaque vitiorum, sive » virtutum, paucis diffinitiunculis, duas arbusculas homini » rudi et novello aliunde translatas prsemittimus, ex qua- » rum radiée fructuum provectus pateat... ^ » — Au chapitre 3, l'auteur, avant de définir les vices qui procèdent de l'orgueil, les désigne dans cet ordre : la luxurey la gourmandise, V avarice, la tristesse, la colère, l'envie, la vaine gloire, et, dans les chapitres suivants (4-1 0), il traite de ces vices : or, le texte imprimé renverse l'ordre de ces définitions spéciales., et le texte manuscrit le rétablit. — La série des vertus nées de l'humilité n'est pas moins en désordre dans l'imprimé : il faut, selon le manuscrit, en reconstruire ainsi la filiation généalogique : la charité, la foi, r espérance, la prudence, la justice, le courage, la tempé-
1 Nous citons ici le texte manuscrit.
rance. — Enfin, après avoir défini les vices et les vertus, l'auteur résume tout son discours dans un chapitre complémentaire, dont voici les premiers mots : « Cunctarum y> igitîir, ut prœdictum est, virtutum fundamentum humili- » tas... » C'est la conclusion de l'ouvrage ; et^ dans l'imprimé, ce chapitre vient après le prologue : ce qui le rend inintelligible. — Ajoutons qu'on ne rencontre pas dans le manuscrit le fragment extrait delà Substance de V Amour, mais que la place de ce fragment est occupée par un texte qui manque dans l'imprimé, et qui fournirait à de nouveaux éditeurs la matière de plusieurs chapitres, les meilleurs de tout l'ouvrage.
Le numéro 3723 de l'ancien fonds latin de la Bibliothèque Impériale, manuscrit du quatorzième siècle, contient un ouvrage qui, dans le catalogue de cette Bibliothèque, porte ce titre : Hugonis de Sancto -Victor e Tractatus de virtutihus et vitiis, e scriptorihus sacris et profanis coUectus. Ce titre nous a fait rechercher l'ouvrage, comme un autre exemplaire du traité De Fructibus carnis et spiritus. Mais il en diffère beaucoup. C'est une simple compilation. Pour prouver que l'auteur de cette compilation n'est pas Hugues de Saint-Victor, il suffit de nommer saint Bernard parmi les écrivains auxquels il emprunte le plus.