‹ Hugues de Saint-Victor;Chapitre 2 sur 75 · IV. — ANNOTATIONES ELUCIDATORI^ IN QUOSDAM PSALMOS DAVID · texte numérisé non relu

IV. — ANNOTATIONES ELUCIDATORI^ IN QUOSDAM PSALMOS DAVID

Vincent de Beauvais, Jean de Tritenheim, Sixte de Sienne et d'autres bibliographes s'accordent pour attribuer à Hugues de Saint-Victor des gloses sur quelques versets des Psaumes; et celles qu'ont publiées les éditeurs de l'année 1648 se trouvent sous son nom dans plusieurs manuscrits anciens. Personne, d'ailleurs, ne les lui conteste. Les Bénédictins font simplement observer que notre chanoine se laisse entraîner fort loin, dans ces gloses, par sa passion pour l'allégorie, et qu'il offense plus d'une fois les règles du bon goût. Ces règles ontelles été faites pour les mystiques? Mais nous allons plus loin, et nous déclarons qu'un des passages signalés par les Bénédictins nous est suspect d'hérésie. Il s'agit d'un

entretien familier entre Dieu et le Diable, qui se disputent et finissent par se partager l'empire du monde. C'est le pur manichéisme. La doctrine des deux principes n'est-elle pas au fond de la doctrine chrétienne? Le devoir d'un théologien est, du moins, de le dissimuler. Le choix des termes est donc ici d'une grande importance. Saint Augustin disputant contre Faustus est presque manichéen ; il est presque pélagien dans son ardente polémique contre les sectateurs de Manès. Ce qui le protège contre l'imputation d'hérésie, c'est la prudence de son langage. Cependant hâtons-nous de dire que si l'orthodoxie du chanoine de Saint-Victor est gravement compromise en cette affaire, il faut rejeter le crime sur des éditeurs peu clairvoyants de l'année 1648. Tous les manuscrits ne contiennent pas le dialogue dont nous venons de parler. On le rencontre, il est vrai, dans le numéro 1 37 de Saint-Victor ; mais c'est un volume du quatorzième siècle, et on le cherchera vainement dans l'exemplaire de la glose sur les Psaumes que renferme le numéro 1848 du fonds du Roi, volume antérieur d'un demi-siècle, pour le moins, à celui de Saint-Victor. On paraît, d'ailleurs, avoir depuis longtemps reconnu que ce n'est pas la place de ce dialogue, puisque les plus anciens éditeurs du Victorin Tout trouvé ou bien l'ont rejeté dans les mélanges , recueil indigeste, comme nous le dirons plus loin , de pièces authentiques et de pièces apocryphes *. Il est encore regrettable, sous d'autres rapports, que les éditeurs de 1 648 n'aient pas connu, ou n'aient pas consulté le numéro 1848 du fonds du Roi. Ce n'est pas

* Edition du XV® siècle, in-4o, saiisd.ile et sans nom de lien. Bibliotlièque Impériale : volume provenant des Céleslins de Marcoussis.

un texte complet, puisqu'il finit au psaume 84, et cependant il offre plusieurs gloses inédites.

Le catalogue imprimé des manuscrits latins de la Bibliothèque Impériale désigne, sous le numéro 2522, et sous le nom de Hugues, un commentaire bien plus considérable sur les Psaumes de David. Mais c'est une attribution erronée. Ce commentaire appartient à quelque auteur du treizième siècle, puisqu'il cite, en le nommant, Richard de Saint-Victor.

Nous ferons encore quelques remarques sur le même ouvrage. Les Bénédictins ont rencontré, dans un volume de la Bibliothèque hnpériale, inscrit sous le numéro 3307 de l'ancien fonds latin, un fragment intitulé De Disciplina Dei, et commençant par ces mots : « Est quidam finis » bonus et est quidam finis malus. » Aussitôt ils ont inscrit cet opuscule parmi les œuvres inédites de notre chanoine. Mais ils ont, en cela, commis une double erreur. D'abord, ce n'est pas un opuscule, ce n'est pas un traité séparé, c'est le chapitre 30 de la glose sur les Psaumes : ensuite, ce chapitre n'est pas inédit; si les Bénédictins en avaient mieux recherché le texte dans l'édition de 1648, ils l'auraient pu lire à la page 58 du premier volume.

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