DIVINA FUERIT
Une grande contestation s'était élevée sur la sagesse du Christ. Arnoul, archidiacre de Séez, soutenait qu'on ne peut, sans faire de périlleuses distinctions, imaginer en Jésus-Christ deux ordres de sagesse, la sagesse divine et la sagesse humaine. Gauthier de Mortagne affirmait, au con-
ç^^ iTiihemmSy De Script. Eccles. -—Bulletin des Comités^ i851, juin, p. 183.
5 Bonaventura, in tertium Sententiarum, dist. 17, quœst. 2.
traire, que cette distinction va d'elle-même, et que, bien plus, elle est nécessaire à la foi, puisque les deux natures s'unissent en Jésus-Christ sans se confondre *. Hugues de Saint- Victor reproduit la thèse d'Arnoul et s'efforce de la justifier.
Personne ne révoque en doute l'authenticité de cet écrit. Vincent de Beauvais, Jean de Saint- Victor, Jean de Tritenheim, les manuscrits et les anciens catalogues l'attribuent unanimement à notre chanoine. On Ht, d'ailleurs, son nom dans le texte même : « Prudenti ac religioso verbi divini inter caeterosetpraecaeteris scrutatori G. Hugo peccator; » et, dans son grand traité sur les Sacrements, Hugues de Saint- Victor parle en ces termes de son opuscule sur la Sagesse ou l'Ame du Christ : « Utrum videlicet sequalem cum » divinitate habuerit scientiam : de qua qusestione in alio » opusculo quod de Anima Christi titulum habet prolixius » disputavi '^. » Forcé d'admettre cette attribution, Oudin fait aux éditeurs une autre querelle : il leur reproche trèsdurement d'avoir omis la préface de cet opuscule, et d'avoir ainsi mutilé un des meilleurs ouvrages de leur confrère ; mais c'est une omission qu'il s'empresse, dit-il, de réparer, en publiant lui-même, pour la première fois, cette belle préface, d'après un manuscrit qu'il a découvert dans une abbaye du Hainaut. Qui ne le croirait sur parole ? Qui ne le féliciterait d'avoir mis tant de soin à compléter un ouvrage aussi digne d'intérêt? Eh bien! voici la vérité. La préface miraculeusement retrouvée par Casimir Oudin existe
* Le traité composé par Gauthier de Mortagne sur cette question a été publié par dom Mathoud, à la suite des OEuvres de Robert Palleyn [Pullus], J655.
^ De Sacram. Lib. ii, pars. 1, c. 6.
dans tous les manuscrits où nous avons recherché le texte principal, et elle ne manque ni dans les éditions anciennes du Victorin, ni dans l'édition de 1 648. Comment donc se rendre compte de l'étourderie commise par Casimir Oudin ?
Le même ouvrage porte souvent, dans les manuscrits, ce titre barbare : De Sapientia Christo et Sapientia Christi, Jean de Saint-Victor l'intitule plus simplement : De Anima Christi '. C'est, comme on l'a vu, le titre donné par Hugues lui-même à son ouvrage.
A la fin de sa lettre contre Gauthier de Mortagne, Arnoul lui faisait cette objection : Si l'on admet entre les deux natures du Christ une égalité parfaite de science et de sagesse, il faudra reconnaître que ces deux natures sont égales en puissance et en volonté. Comme cette objection est amplement discutée dans l'opuscule qui a pour titre De Quatuor voluntatibus in Christo^ les auteurs de VHistoire Littéraire supposent que cet opuscule est adressé à Gauthier de Mortagne et continue le traité Sur la Sagesse du Christ. C'est une supposition que nous ne rejetons pas.