TRES
Les manuscrits offraient aux éditeurs de Tannée 1648 trois opuscules séparés sur l'incarnation. Ils en ont fait un seul ouvrage, en trois chapitres.
Le premier de ces opuscules, qui a pour titre De Tribus Silentiis, ou De Triplici SilentiOy est attribué communément et sans contestation à Hugues de Saint-Victor. « Il » est, nous disent les auteurs de l'ffis/oif^ Littéraire, copié » presque mot à mot des Questions sur VÉpître aux Gaw laies ^ » Nous avons classé les Questions sur les Épîtres de saint Paul au nombre des ouvrages faussement attribués au chanoine de Saint-Victor : allons-nous donc ici nous rétracter? Gela nous coûterait peu : nous savons, en effet, qu'en ces matières l'erreur est trop facile. Mais ce sont les Bénédictins qui se trompent. Qu'on se laisse conduire à la page des Questions où ils retrouvent, disentils, tout le traité sur le Triple Silence, et l'on n'y verra que deux phrases répétées. Encore n'est-il pas certain que ces deux phrases appartiennent soit à l'auteur des Questions, soit à l'auteur du traité sur le Triple Silence : elles paraissent être d'un ancien Père.
i Hist. Littér. T. XII, p. 25.
Les auteurs de VHistoire Littéraire accordent ensuite à Hugues de Saint-Victor le deuxième opuscule, intitulé Quod Verbum Dei caro factum est, etc., et lui refusent le troisième, De Incarnatione Verhi, qui, disent-ils, est « manifestement supposé. » Cet adverbe est énergique; mais nous cherchons en vain où les Bénédictins ont découvert la preuve manifeste, éclatante, de la supposition qu'ils condamnent. Dans tous les manuscrits qui renferment les deux premiers opuscules, nous lisons le troisième * ; et celui-ci ne s'éloigne un peu de ceux-là, que pour se rapprocher davantage des autres écrits du Victorin. Il finit, il estvrai, dans le texte imprimé, par une phrase qu'on ne s'explique guère. Après une citation du Magnificat, on lit : « De quo ante Allegorias in Evangelium Lucse expli- » catio posita est. » Ayant refusé les Allégories à notre chanoine, les Bénédictins auront vu leur critique compromise par ce simple renvoi, et, pour ne rien changer à leurs précédentes conclusions, ils auront préféré contester au même docteur le troisième opuscule sur l'incarnation. Mais la phrase que nous venons de citer ne prouve ni pour, ni contre l'authenticité des Allégories, puisqu'elle est du style des éditeurs. On ne la rencontrera dans aucun manuscrit.
Casimir Oudin nous paraît avoir ici mieux apprécié les vraisemblances que les auteurs de VHistoire Littéraire, C'est ainsi qu'il s'exprime sur les Collaliones : « Habent » omnino eamdem venam ac stylum ac csetera collectanea » Miscellaneorum, ut nullus negabit. » Oui, la véritable place des trois opuscules est dans les Mélanges de notre
1 MSS. 137 de Saint-Victor et 304 de la Sorbonne.
chanoine, et c'est, en effet à cette place que nous les offre le numéro 1 37 de Saint- Victor.
Mais pourquoi les éditeurs de 1853 les ont-ils relégués dans la catégorie des œuvres faussement attribuées au Yictorin? Contre eux se prononcent à la fois les manuscrits, les anciens bibliographes ; et si des critiques modernes ont contesté le premier ou le second opuscule à Hugues de Saint- Victor , aucun ne les a contestés tous les trois.
Jean de Tritenheim parait attribuer à notre chanoine un quatrième traité sur l'Incarnation. Cependant c'est une indication trompeuse, Yincipit donné par Jean de Tritenheim nous renvoyant au livre II des Sacrements, première partie, chapitre 6.
Mentionnons enfin un cinquième traité sur la même matière, indiqué par les Bénédictins ' dans le numéro 579 de Saint-Victor (autrefois 816), où il commence par ces mots : « De Verbi Incarnatione tractaturi, primo videamus » quare solus Filius sit incarnatus. » Mais il n'est pas certain pour nous que cet opuscule soit du chanoine de Saint- Victor, la note qui le lui donne étant une note récente. Nous ferons la même observation sur quelques extraits qui nous sont présentés par le même volume sous ce titre : Quœstiones et expositiones quœdam. Les mêmes questions se retrouvent dans le numéro 485 de Saint-Victor, et, dans ce volume, elles ne portent aucun nom d'auteur.
» Hist.Littér.y T. XII, p. 56.