‹ Hugues de Saint-Victor;Chapitre 8 sur 75 · XI. — ANNOTATIONES ET QUiESTIONES IN DIVI PAULI EPISTOLAS · texte numérisé non relu

XI. — ANNOTATIONES ET QUiESTIONES IN DIVI PAULI EPISTOLAS

Les éditeurs de 1 648 ont publié les Notes avant les Questions, Mais les Bénédictins font remarquer que les Ques-

1 Catalogi li'r. Manuscript.,^. 47.

tions sont citées dans les Notes ^ ; il leur semble donc qu'on aurait dû placer les Notes avant les Questions» Nous ajouterons que deux manuscrits, où nous rencontrons les Questions et les Notes, nous les présentent dans' l'ordre à bon droit préféré par les Bénédictins ^.

Ces deux ouvrages étant incontestablement du même auteur, il s'agit de rechercher si cet auteur est bien notre chanoine. Oudin le nie. La méthode employée dans ces deux écrits n'est, dit-il, ni la sienne, lii celle de son temps. Les Questions, comme les Notes, nous offrent, en effet, une série de quœritur, dont l'ordonnance rigoureuse ne paraît pas appartenir à un théologien mort vers 1 i 38. Les Bénédictins nous en signalent, il est vrai, quelques autres exemples : mais ces exemples ne semblent pas très.-heureusement choisis ; en effet, nous voyons plutôt des différences là où ils trouvent une parfaite conformité. Ainsi nous maintenons l'objection de Casimir Oudin. En outre, les questions auxquelles l'auteur se montre le plus soucieux de répondre furent, pour la plupart, agitées quelques années après la mort de notre chanoine. Ajoutons que ce recueil considérable n'est inscrit parmi ses œuvres ni par Vincent de Beauvais, ni par Jean de Saint-Victor, ni par Albéric de Trois-Fontaines, ni par Henri de Gand, nipar Jean de Tritenheim. Enfin, voici deux phrases que ne doit pas avoir écrites Hugues de Saint-Victor. La première appartient aux Notes sur l'épître aux Romains : « Si primi parentes non » peccassent, parvuli eorum haberent justitiam originalem.

* « Hujus quaestionis solutionem melius pertractatam in Quaestionibus nostris super Pauli epistolas invenies. » Annotationes in epist, 1 Pauli ad Corinthios, p. 377.

^ Numéros 64 et 485 de Saint-Victor.

» per quam digni essent vita : cujus justitige privatîo di- » citur originale peccatum, secundum magistrum Acar- » dum \ » La seconde est extraite des Questions sur une des épîtres aux Corinthiens : « Solet quseri an aqua eum » vino mutetur in sanguinem ? Solutio : Dicunt quidam quod » mutatur ; nobis autem videtur quod non mutatur : quod » à magistro Acardo accepimus'^. » Qu'est-ce que ce^maître Acard, ou Achard? Est-ce le directeur des novices de l'abbaye de Clairvaux? Il entrait dans cette abbaye en 1 i 24, et il n'est pas probable qu'il ait obtenu la maîtrise du noviciat avant la mort de notre chanoine. Les phrases que nous venons de citer doivent se rapporter, suivant dom Brial, à maître Achard de Saint- Victor ^ : nous le supposons avec dom Brial : mais, comme Achard le Cistercien, Achard le Victorin, mort évêque d'Avranches en 1171, était bien jeune quand Hugues était déjà bien vieux. Hugues a peut-être été son maître ; il n'a certainement pas été le maître de Hugues. Il est d'ailleurs très-rare, au douzième siècle, qu'on invoque l'autorité d'un contemporain, et il est impossible d'admettre que l'illustre doyen de l'école de Saint- Victor ait fait cet honneur extraordinaire à quelque jeune religieux de son ordre, ou d'un ordre rival î On supposera plus volontiers que les commentaires sur saint Paul sont d'un auteur moins considérable et moins ancien.

Cependant il y a contre cette opinion des arguments qui méritent un examen attentif. Ainsi les auteurs de ï Histoire Littéraire remarquent qu'après avoir discuté diverses questions relatives au mariage, l'auteur renvoie, pour plus de

» Edit. de 1648. T. I, p. 363.

' Ibid., p. 425.

3 Hist. litt.yi. XIll, p. 453.

détails, à ses Sentences, à son Traité des Sacrements, et ils ajoutent que, dans les ouvrages du Victorin qui portent ces deux titres, on rencontre, en effet, les solutions sommairement exposées dans les Annotatio7is sur saint Paul * : ce qui , disent-ils , est décisif. On va l'apprécier. Voici la phrase du texte imprimé, sur laquelle s'établit l'argument des Bénédictins : « Quod hic solvere postponimus » causa brevitatis, cujus vestigia sequimur : in Sacra- » mentis enim et Sententiis majorum haec diligentius » prosequimur ^. » Cela n'est pas clair, et on se demande si véritablement les Bénédictins ont compris de quelque manière ces mots inintelligibles : « In Sacramentis » et Sententiis majorum prosequimur. » Mais les deux manuscrits de Saint-Victor que nous avons ci-dessus désignés, ainsi qu'une ancienne édition, publiée par Nicolas de Boisle-Duc et Pierre d'Arras ^ nous offrent cette variante trèsimportante : « In Sacramentis enim et Sententiis majorum » hgec diligentius prosequuntur. » Ce qui permet de traduire à peu près ainsi la phrase signalée par les Bénédictins : « Si je néglige ici de résoudre ces questions, c'est pour » être bref : on les traite, d'ailleurs, avec le plus grand » soin, dans les Sacrements et les Sentences des anciens. » Un chanoine de Saint- Victor, écrivant vers la fin du douzième siècle, ou le commencement du treizième , devait désigner par ce nom d'ancien le plus illustre docteur de son école, mort depuis cinquante, ou soixante ans. Il n'est donc pas

» Ibid.,t. XII, p. 12.

2 Edit. de 1648. T I, p. 422.

3 Venerabilis patris Hugonis de Sancto-Victore Quœstiones concinnœ et argutœ, quidquid erat in divi Pauli Epistolas obscurum mira brevitate élucidantes, nusquam antehac impressœ. Theodorus Martinus Aldstensis typis excudebat. 10-4", sans date et sans nom de lieu (Louvain).

impossible que les Sacrements et les Sentences auxquels il est fait allusion dans la phrase que nous venons de traduire soient les traités de Hugues qui portent ces titres. C'est ce que nous accorderons aux Bénédictins ; et par cela même, il sera démontré, contre leur sentiment, que les Questions et les Notes sur saint Paul doivent être retranchées du catalogue de ses œuvres.

Page 1