‹ Huile de foie de morue et tuberculoseChapitre 8 sur 17 · NES · texte numérisé non relu

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Quelques auteurs, F. Bezançon, Etchegoin, Jacquelin, préconisent une préparation de l’huile à des températures plus basses, 60 degrés et même 50 degrés, le bain-marie et la vapeur d’eau étant susceptibles d’altérer certains produits, les lipoïdes entre autres, qui sont détruits à 56 degrés. Les foies sont recueillis frais et l'huile exsudée filtrée sur bougie; c’est le procédé opothérapique.

Les pêcheurs français de Terre-Neuve fabriquent pour leur usage, par le procédé de l’autolyse, aidée parfois de l’addition d’eau chaude, de petites quantités d'huile. Nous avons eu en mains plusieurs échantillons de cette provenance, l'huile a un bel aspect, une couleur variant du jaune à l’ambre clair, une odeur et une saveur fort acceptables. |

La chimie de l'huile de foie de morue est infiniment complexe. Son analyse difficile ne tente pas trop les chercheurs et nous sommes assez ignorants quant à sa composition exacte. Les études des divers chimistes donnant d’ailleurs des résultats contradictoires.

L'huile de foie de morue contiendrait à l’état de glycérides des acides gras fortement non saturés, de petites quantités de glycérides d'acides gras saturés inférieurs. Des acides et pigments biliaires qui ne passeraient peut-être pas dans les huiles bien préparées.

Tout un insaponifiable : de la cholestérine, des bases volatiles et fixes, des composés organiques bromés et iodés et des quantités de substances inconnues, alcaloïdes, lipochromes, etc., etc.

Les auteurs modernes s'accordent tous à reconnaître l’huile de foie de morue comme un corps riche en vitamine A, le plus riche de tous (Poulsson).

Chaque substance a été à tour de rôle considérée comme le principe actif de l'huile. Tout nouveau corps isolé se voit attribuer momentanément cette qualité. Le principe actif a été jusqu’à présent insaisissable.

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La pharmacologie française donne comme caractéristiques :

huile extraite du foie frais de la morue (Gadus morrhua Lin),

par chauffage modéré à la vapeur.

Couleur jaune pâle, saveur et odeur spéciales, non rances, densité a + 15 degrés variant de 0,925 à 0,931. Ne fige pas à 0 degré, ne rougit que faiblement le papier de tournesol humecté avec de l’alcool.

Réaction d'identité suivante : une goutte d'huile de foie de morue dissoute dans vingt gouttes de sulfure de carbone donne par addition d’une goutte d'acide sulfurique une teinte rouge violacée passant ensuite au brun. Cette réaction ne paraît pas spécifique.

Une goutte d'huile de foie de morue thérapeutiquement active, donne toujours par addition, sur lame de verre, d’une goutte d’acide sulfurique concentré, une belle teinte pourpre.

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HISTOIRE THERAPEUTIQUE DE L’HUILE DE FOIE DE MORUE SON EMPLOI DANS LA TUBERCULOSE

: De temps immémorial, les habitants des régions glacées avoisinant les pôles ont employé comme aliments les huiles de poissons et de cétacés.

Sur le littoral des pays du Nord (Finlande, Norvège, Ecosse, Hollande, Allemagne, etc...), l'empirisme populaire avait de

longue date reconnu quelque efficacité à l’emploi des huiles de

gades dans le traitement de diverses maladies : douleurs névralgiques et rhumatismales, alfections du système osseux et rachitisme en particulier.

En 1790, deux médecins anglais, Percival et Darbey, emploient l’huile de foie de morue dans le traitement du rhumatisme chronique. Vers 1830, quelques médecins allemands et hollandais, observant les bons effets de l'huile, remède populaire du rachitisme, commencent à l’ordonner systématiquement dans cette maladie. Le monde médical de l’époque n’eut pas Connaisance de ces travaux et ces recherches passèrent inaperçues.

En France, Bretonneau, qui ignorait tout des travaux scienlifiques entrepris en Allemagne sur l'huile de foie de morue, fut conduit de la manière suivante à essayer ce remède dans le rachitisme.

« Un négociant hollandais était venu s'établir à Tours, et avait pris M. Bretonneau pour médecin. Un de ses enfants devint rachitique au plus haut degré, et lorsque le savant praticien qui dirigeait la santé de l'enfant eut vainement essayé

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les moyens ordinairement conseillés dans le traitement du rachitis, le père lui dit que l'aîné de ses enfants atteint de la même maladie avait été guéri en Hollande par un remède populaire, l'huile de poisson. M. Bretonneau essaya les mêmes moyens sur son jeune malade et le succès fut si incroyablement rapide qu'il en fut frappé. » (Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique médicale, 1847, p. 281).

Cette guérison détermina Bretonneau à donner de l'huile de foie de morue aux rachitiques. Le succès de cette médication la fit employer par Trousseau, et devant d’heureux résultats la plupart des praticiens l’adoptèrent. Rachitisme et scrofule étaient alors souvent confondus, si bien que l'huile s’adressa — par erreur — aux manifestations tuberculeuses qui $’en trouvèrent améliorées.

La thérapeutique par l'huile fut étendue à une manifestation beaucoup plus grave de la tuberculose : la phtisie, Pereira, de Bordeaux, fut le premier et le plus ardent promoteur de l’emploi de l'huile dans la phtisie. Il lut à l’Académie des Sciences, le 5 juin 1838, un mémoire sur la curabilité de la phtisie pulmonaire, dans lequel il établit que sur 363 cas de phtisie bien confirmée, il sauva de la mort 243 malades. Comme dit Trousseau : « Il rapportait un trop grand nombre de guérisons pour qu’on ne dut pas se tenir en garde contre l'enthousiasme de l’auteur. »

Un engouement momentané, suivi comme toujours d’une phase de découragement, salua la nouvelle thérapeutique. Dans la suite, quelques auteurs, Tauflieb, Barr, Duclos, précisant les indications exactes et établissant une posologie, cherchent à rendre cette médication rationnelle.

L'huile de foie de morue est assez vite devenue un médicament d'usage courant dans la tuberculose pulmonaire. Il faudrait résumer l’histoire de la thérapeutique depuis soixante ans. Jaccoud, Grancher, Daremberg sont bien près de la considérer comme un médicament spécifique de la tuberculose pulmonaire. Pour Jaccoud, c’est le meilleur des médicaments contre la phtisie, la dose utile chez l'adulte est de 50 grammes

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par jour, elle sera portée si possible à 80, 100, 150 grammes et parfois davantage. Pour Fonssagrives les doses n’ont de limite que celle indiquée par la tolérance de l’estomac.

Les auteurs modernes ne reconnaissent plus à l'huile ce rôle bienfaisant particulier et presque spécifique. Les uns, traitant de l'huile dans le chapitre de la diététique, la considèrent surtout comme un aliment gras, utile en raison de son assimilation facile, quand elle est bien tolérée; les autres la font entrer dans la nomenclature des médicaments, pensant que son action est due aux alcaloïdes, lécithines et autres composés phosphorés qu’elle contient. « Les tuberculeux ont un déficit de cholestérine, les lécithines jouent un rôle à peine soupçonné dans les phénomènes d’immunité ». (Justin Roux, Traité de pathologie médicale de Sergent-Ribadeau-Dumas.)

Malgré ces divergences, la plupart sont d’accord pour ne reconnaître d'efficacité qu’à l’emploi de fortes doses comme Jaecoud le préconisa.

La fièvre ne paraît pas être une contre-indication formelle à son emploi. La difficulté de la digérer, le dégoût insurmontable que donne sa saveur pénible, malgré les artifices nombreux pour la masquer, sont peut-être les seules contre-indications.….

« L'huile de foie de morue comme agent d'épargne a une valeur telle que nous n’hésitons pas à la placer au rang des médicaments; son action doit être due surtout aux lipoïdes phosphorés qu’elle contient, elle fait engraisser les malades. relève leur force et leur état général; son seul inconvénient est son goût. Nous dirons que l’huile de foie de morue est indiquée chez tous ceux qui la digèrent. Les doses varient de deux cuillerées à soupe à 150 cc. suivant la tolérance gastrique. » (Castaigne et Paillard.)

« Les beaux effets de ce « médicament aliment » ne deviennent manifestes que si les doses relativement fortes sont bien tolérées, au minimum 50 grammes par jour, si possible 150 et davantage. On obtient avec elle un relèvement manifeste et rapide de la nutrition et des forces. » (Kuss.)

Robin lui reconnaît une action des plus remarquables. Il

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